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Michou : Le coup de gâce !

Publié le 5 juin 2020

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Sa collection de plus de 300 pièces inestimables va être vendue aux enchères. Quatre mois après sa mort, c'est comme si on tuait une deuxième fois Michou, le prince bleu de Montmartre…

Ce 26 janvier dernier, Michel Catty, alias Michou, s'est éteint à l'âge de 88 ans des suites d'une embolie pulmonaire, à l'hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne. Il a été inhumé quelques jours plus tard, le 31, au cimetière Saint-Vincent dans cet ancien quartier populaire du nord de la capitale, si cher à son cœur. Cette flamboyante figure des nuits parisiennes nous avait confié six mois plus tôt, en juillet 2019 : « On va tous partir un jour ou l'autre alors, forcément, j'y pense. Mais à bien y réfléchir, je n'y pense pas vraiment, donc je n'en ai pas peur. Tant qu'il y a du monde dans mon cabaret, je reste l'homme le plus heureux du monde ! » Ce Picard, natif d'Amiens, qui jusqu'à la fin ne s'est pas privé de ce qu'il appelait « son élixir de jouvence », à savoir son indispensable coupe de champagne quotidienne, n'imaginait pas qu'après sa mort, rien ne se déroulerait comme il l'avait expressément indiqué dans ses dernières volontés ! Tout à sa bonne humeur coutumière et à sa nature expansive, il ne pouvait évidemment craindre qu'après son décès, on ne le tue une seconde fois.


Tout d'abord, comme nous vous l'avons déjà raconté dans nos pages, il avait souhaité que son cher cabaret situé au 80 de la rue des Martyrs, dans le XVIIIe  arrondissement de Paris, qu'il avait ouvert en 1956, s'éteigne avec lui. Elle aurait dû laisser place au silence et au recueillement, cette salle minuscule où, derrière ses lunettes bleues et sourire perpétuellement accroché aux lèvres, Michou, aux côtés de ses fidèles Michettes, recevait ses amis du show-biz, les habitués du quartier et les touristes venus du monde entier, sans parler des personnes âgées de la Butte auxquelles ce personnage singulier offrait une fois par mois un dîner spectacle.

Une décision peut-être un peu égoïste de sa part, puisqu'elle aurait dû mettre sur le carreau quelque trente-trois employés, artistes, cuisiniers, maître d'hôtel et comptable… Mais c'était sa décision. Pourtant ce souhait exprimé clairement dans nos pages – « Le cabaret ne me survivra pas », martelait-il – a finalement été enterré avec son auteur… En effet, à peine un mois après la disparition de son oncle, Catherine, assistée du directeur artistique de l'établissement, Oscar Loup, avait choisi de le garder ouvert et de maintenir toutes les représentations, arguant que la petite salle affichait complet jusqu'à la fin juillet…

Avec la pandémie de coronavirus qui a totalement immobilisé l'économie française durant près de deux mois, ce projet ne s'est évidemment pas déroulé comme prévu, et les portes de ce lieu mythique, aussi connu à l'étranger que la tour Eiffel, sont finalement restées closes et le resteront jusqu'à nouvel ordre.

Que deviendra la « maison » de celui qui aimait tant la vie, la fête et le monde de la nuit ? Nul ne le sait encore, tant les temps que nous vivons actuellement ne nous permettent pas d'envisager les jours futurs avec certitude… Mais si l'avenir du minuscule cabaret de l'homme amoureux du bleu et celui de ses salariés ne semblent pas bien roses, c'est une nouvelle encore plus sombre que l'on apprend aujourd'hui et qui vient ravager davantage le souvenir de cet homme aussi généreux que hors norme !

Celui qui vivait à quelques pas de son célèbre club de transformistes, dans un appartement où il se targuait de ne passer que peu de temps, était par ailleurs un immense collectionneur. Dans cet intérieur au décor hétéroclite qui lui ressemblait énormément, Michou avait rassemblé au fil des années de nombreux objets, à l'image de sa personnalité si particulière.

Un ensemble de près de 300 pièces, sculptures néoclassiques, mobilier, objets d'art et tableaux modernes, parmi lesquels figuraient des œuvres de ses amis, le peintre Eugène Paul, le peintre et graveur Bernard Lorjou, l'acteur et sculpteur Jean Marais. Présentes également, des pièces du maître verrier Jean-Claude Novaro, artisan de génie moins connu du grand public, décédé en 2014, qui avait inventé une technique permettant au verre d'absorber la lumière et de la restituer dans l'obscurité.

Que vont devenir tous ces souvenirs, ces liens que Michou entretenait avec ces artistes qu'il aimait tant ? Eh bien ! Sachez qu'ils seront bientôt éparpillés aux quatre vents ! Le 10 juillet prochain à la galerie Artcurial à Paris devrait en effet avoir lieu une grande vente aux enchères de cette inestimable collection, et l'âme de leur propriétaire s'envolera alors loin de son village de Montmartre, peut-être au bout du monde, dans la propriété d'un riche magnat du pétrole ou d'une quelconque célébrité du Net. Des acheteurs qui n'y verront sans doute qu'une acquisition de plus, une toile supplémentaire à accrocher dans l'un de leurs salons ou un meuble baroque étonnant mais sans histoire, placé pour raviver le marbre glacé de leur salle de bains aseptisée. Si Michou, entouré de ses souvenirs de bonheur, assistait à ce pillage de son passé, nul doute qu'il en serait bouleversé et, peut-être même, rouge de colère…

Clara MARGAUX

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