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Léa Salamé : Prise dans la spirale infernale du machisme ordinaire...

Publié le 7 mai 2015

Depuis le show de Fabrice Luchini le 28 mars dernier, Léa Salamé est obligée de subir les avances de nombreux invités masculins en quête de "la petite phrase" qui fera mouche. Dernier épisode en date : la remarque graveleuse de Jean-Pierre Mocky. Retour sur l'escalade du machisme médiatique ordinaire.

Léa Salamé est-elle victime de son statut ? L'ancienne journaliste d'I-Télé a débarqué dans l'émission d'On n'est pas couché en remplacement de Natacha Polony, pour la saison 2014-2015. Assez discrète de prime abord, Léa prend de l'assurance au fil des épisodes et un certain engouement accompagne chacune des sorties de la jeune femme. Notamment concernant sa vie privée, qui concentre de nombreux fantasmes.

Le 28 mars dernier, l'émission de France 2 accueillait un invité de marque : Fabrice Luchini. Le comédien, hyperactif et adepte du bon verbe, a fait ce qu'on attendait de lui : un show survitaminé, mâtiné de poésie et d'envolées lyriques dont il a le secret. Sous sa férule, l'émission vire bien volontiers à la farce, sous l'œil mi-amusé, mi-effrayé d'un Laurent Ruquier dépassé par l'évènement. Le lendemain, la prestation de l'histrion étoffe tous les sites internet. Notamment sa longue tirade sur la beauté de Léa Salamé, devenue quasiment culte. « Ne rédui­sons pas Léa Salamé à un maté­riau de désir. Elle est extrê­me­ment belle mais elle est surtout la tota­lité de ce qu’est une femme, c’est à dire qu’elle est douée pour la vie », s'était-il lâché, agrémentant sa harangue enflammée d'une invitation à "venir dans sa loge".

Léa Salamé, matériau de désir

La performance de Fabrice Luchini semble avoir, à son corps défendant, libéré les invités masculins de l'émission. Une semaine plus tard, le sémillant Gérard Hernandez, de son propre aveu sidéré par la prestation de son cadet, glisse une petite allusion à la journaliste. "Si vous voulez, je vous expliquerai d'une façon plus claire, quand vous voudrez, où vous voudrez. Quand vous aurez fini Luchini hein", lance-t-il à une Léa Salamé qui accentue son sourire gêné d'un geste signifiant qu'elle en a ras la casquette (à partir de 15'04").

Le petit jeu semble avoir pris, et il est devenu navrant que le travail de la chroniqueuse soit oublié au profit de ces témoignages de virilité mal placée. Même lorsqu'ils sont sous le signe évident du comique. Car si les invités changent chaque semaine, Léa Salamé, elle, reste. Et doit subir, semaine après semaine, les invitations et allusions de personnalités venus faire leur promotion. Volonté de "buzzer" à la manière de Luchini, ou réelle envie de charmer la Franco-Libanaise ? La dernière hypothèse semble peu probable, puisque la journaliste, très discrète sur sa vie privée, a tout de même avoué à plusieurs reprises avoir un compagnon. Désormais, seuls deux aspects de l'émission semblent avoir émergé : les prises de bec d'Aymeric Caron avec les invités, comme la dernière en date, avec la journaliste Caroline Fourest, et les tentatives maladroites envers Léa Salamé. Le tout souligné par les petites blagues de Laurent Ruquier.

Léa Salamé, elle est baisable

Le 18 avril, Laurent Ruquier accueillait notamment Hervé Falciani parmi les invités, le controversé lanceur d'alerte ayant joué un rôle dans la parution de la liste HSBC des évadés fiscaux. Au cours de l'émission, Léa Salamé souhaite savoir s'il a couché avec Georgina Mikhael, une femme franco-libanaise qui l'accuse de manipulation et de vol de données. Hervé Falciani a toujours nié avoir entretenu une quelconque relation avec cette femme, qui se présente comme son ancienne amante. La journaliste insiste un peu, et l'ancien employé d'HSBC détourne sa diatribe d'une pirouette. "Croyez pas que toutes les libanaises...", lance-t-il, sous-entendant que Léa Salamé, d'origine libanaise, est frivole et facile. L'ingénieur système agrémente sa remarque d'un clin d’œil (à partir de 1'16").

Les différentes émissions d'On n'est pas couché regorgent de ces tentatives et allusions déplacées. Que dire de la dernière émission en date ? Cette fois-ci, c'est Jean-Pierre Mocky qui a fait parler de lui. L'acteur de quatre-vingt-et-un ans comptait parmi les invités de l'émission diffusée le 2 mai dernier. Le visionnage de l'extrait suffit en lui-même : cette fois, ce n'est même par une insinuation que l'invité sévit, ou par une invitation maladroite, mais par un "compliment" indirect, qu'il n'adresse même pas à Léa Salamé, alors que cette dernière est présente à un mètre de lui. "Elle est pas mal, elle est belle, est baisable", jette-t-il, à la cantonade. Léa, une nouvelle fois très embarrassée, ne sait trop quoi répondre, se cachant même du réalisateur. Encouragé par le chauffeur de salle, le public applaudit. Laurent Ruquier, accompagne sa remontrance d'un petit rire. "Jean-Pierre, vous n'avez pas le droit de dire des choses pareilles". La page est tournée.

Léa Salamé, journaliste ou femme-objet ?

Cette escalade dans la démonstration virile et pesante pose problème, puisque aujourd'hui encore, une remarque déplacée peut venir saper les efforts de Léa Salamé de se comporter de manière professionnelle. Comme lorsqu'elle tente de percer la carapace d'Hervé Falciani, et que ce dernier la renvoie dans les cordes en la traitant comme une fille facile. Réduite à son unique statut de femme, la chroniqueuse est décrédibilisée. Il serait donc juste que ces tentatives soient chaudement découragées par Laurent Ruquier et Aymeric Caron. Ce n'est que comme ça que la femme journaliste pourra retrouver une crédibilité et exercer son métier. À l'heure où les témoignages sur le machisme ordinaire se multiplient (voir la tribune des femmes journalistes de divers services politiques parue dans Libération), on ne saurait trop encourager Léa à avoir le courage de se dresser contre celui qui sévit encore, en 2015, sur une chaîne du service public de manière quotidienne. Et qui, de fait, reste encore bien présent dans l'esprit des internautes, en témoignent les termes associés au nom de Léa Salamé sur les recherches Google.

À titre de comparaison : les termes associés aux recherches Google sur son partenaire de l'émission, Aymeric Caron. Petit indice : n'y figurent aucunement les mentions "hot", "nue" ou "décolleté"...

Raphaël Marchal

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