France Dimanche > Actualités > Leonard Nimoy : “J’ai été taxi, livreur de journaux, serveur… Spock m’a sorti de la misère”

Actualités

Leonard Nimoy : “J’ai été taxi, livreur de journaux, serveur… Spock m’a sorti de la misère”

Publié le 17 mars 2015

  Nous avions rencontré le comédien Leonard Nimoy peu de temps avant son� décès  suite à une broncho-pneumonie due à son tabagisme. Il avait 83 ans.Nous avions rencontré le comédien Leonard Nimoy peu de temps avant son� décès  suite à une broncho-pneumonie due à son tabagisme. Il avait 83 ans.Nous avions rencontré le comédien Leonard Nimoy peu de temps avant son� décès  suite à une broncho-pneumonie due à son tabagisme. Il avait 83 ans.

Le célèbre Leonard Nimoy, alias M. Spock dans la saga Star Trek, a succombé à une broncho-pneumopathie obstructive chronique, qu’il attribuait à son tabagisme passé, à l’âge de 83 ans. Des millions de trekkies (fans de la série) pleurent cet extraterrestre aux oreilles pointues, une légende que nous avions récemment eu le plaisir de rencontrer lors d’une de ses rares apparitions publiques.

France Dimanche (F.D.) : Star Trek a marqué des générations de téléspectateurs. Comment expliquez-vous un tel succès ?

Leonard Nimoy (L.N.) : Pour comprendre la réussite de Star Trek, il faut replacer la série dans son contexte historique. Dans les années 60, l’Amérique avait développé un gros complexe d’infériorité vis-à-vis de la Russie. En envoyant en orbite Spoutnik, les « Rouges », comme on les appelait à l’époque, s’appropriaient l’espace. Les Américains ont alors commencé à s’intéresser à ce domaine. C’était une question de fierté qui se doublait d’un enjeu politique réel ! À l’époque de la diffusion des premiers épisodes de la série, nous avions tous en tête le fameux discours, quelques années auparavant, de Kennedy au Congrès : « Nous devons faire atterrir un homme sur la Lune – un Américain – et le ramener sain et sauf sur la Terre avant la fin de la décennie. » Comprenez au début des années 70. La différence entre la série et le programme Apollo, c’est que nous sommes allés plus loin, plus haut et plus vite, et que nous avons rencontré des centaines de races extraterrestres différentes ! Je ne sais pas comment aurait réagi Neil Armstrong s’il avait croisé un Klingon [un des peuples extraterrestres de la série, ndlr] dans son module !

F.D. : Est-il vrai que Gene Roddenberry avait imaginé un Spock tout rouge ?

L.N. : Je vous le confirme ! Mon personnage devait être rouge. Le problème, c’est que nous étions en 1966. La télé était en noir et blanc, et quand Spock apparaissait à l’antenne, on n’avait pas l’impression qu’il était rouge mais noir ! Le rouge est donc passé à l’as et on m’a affublé d’un maquillage jaune pâle ! Vous savez, le genre de teint que vous avez en cas de mal de mer ou de l’espace !

F.D. : Comment avez-vous réagi lorsqu’on vous a demandé de mettre des oreilles pointues ?

L.N. : J’étais ravi d’avoir décroché le job ! Cyrano de Bergerac avait un long nez, Spock a des oreilles qui pointent vers les cieux. Ces deux personnages ont une spécificité anatomique qui constitue un signe distinctif. En tout cas, c’est toujours comme ça que j’ai vu les choses. Au tout début, on a essayé toutes sortes de colles pour faire tenir mes oreilles ! Certaines étaient si fortes que je n’arrivais plus à les enlever. Il fallait que je me les passe à l’eau bouillante ! Nous avons aussi essayé plein de formes et de matières différentes !

F.D. : Sans vos fameuses oreilles, seriez-vous devenu une légende interplanétaire ?

L.N. : Elles ont indéniablement contribué à ma notoriété. Je me souviens que, lors de mes premières conférences de presse, les journalistes étaient très déçus quand ils me voyaient débarquer sans mes oreilles !

F.D. : On raconte que vous étiez fauché quand on vous a fait cette offre très… spatiale ?

L.N. : Avant de percer dans ce milieu, j’ai connu plus de bas que de hauts. Vous savez, j’ai toujours travaillé très dur pour que ma famille ne manque de rien. J’ai été chauffeur de taxi, livreur de journaux, serveur, vendeur d’assurance-vie, etc. Et puis Star Trek a débarqué dans ma vie, et mon banquier m’a soudain regardé d’un œil bienveillant ! Quand la série s’est arrêtée net, j’ai enchaîné avec deux saisons de Mission impossible. Dans cette fiction, il fallait aussi que je me déguise ! J’ai incarné tellement de personnages différents, je me suis tellement grimé que beaucoup de gens ont eu du mal à réaliser que j’étais au générique de Mission impossible ! [Rires.]

Leonard Nimoy M. SpockF.D. : Les fans, ces fameux trekkies qui connaissent les répliques de Spock ou du capitaine Kirk par cœur, ne vous ont-ils jamais fait peur ?

L.N. : Peur ? Non, au contraire, j’ai toujours été flatté. Encore aujourd’hui, je rencontre des pères de famille qui viennent avec leur fils à des conventions. Tous me disent que Star Trek les a poussés à s’intéresser aux sciences. Car n’allez pas croire que les trekkies sont des simplets. C’est même tout le contraire. Un jour, j’ai rencontré un astrophysicien qui m’a avoué que c’est grâce à la série qu’il s’était lancé dans ses longues études. Aujourd’hui, vous avez même des laboratoires qui travaillent sur la téléportation ! C’est très impressionnant. Pour autant, vous aurez toujours des détracteurs qui diront que notre fameux vaisseau, l’USS Enterprise, ressemblait à une râpe à fromage et que nos maquillages étaient tartes !

F.D. : Quel est votre plus grand regret ?

L.N. : Ne pas avoir arrêté de fumer plus tôt ! Quand j’ai compris que le tabac avait causé des dégâts irréversibles en moi, il était, hélas, trop tard ! Spock était un sage capable de contrôler ses émotions. Quelqu’un de rationnel. Moi, je ne suis qu’un humain, avec toutes les tares et les vices que cela comporte !

F.D. : Si vous aviez le pouvoir de vous téléporter, où iriez-vous ?

L.N. : Je remonterais le temps et je ferais en sorte que l’on ne découvre jamais les feuilles de tabac ! Un fléau mondial selon moi !

De notre correspondant à Hollywood Franck Rousseau

À découvrir