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Les Bronzés : 40 ans et pas une ride !

Publié le 9 février 2020

Sortie en 1979, cette comédie de Patrice Leconte est devenue un classique du cinéma français. Petits secrets du tournage délirant de ce film culte.

On a beau le connaître quasiment par cœur depuis quarante ans qu’il est sorti sur nos écrans, on ne se lasse pas de voir et revoir à la télé Les bronzés font du ski ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette comédie déjantée, où Patrice Leconte dirige la troupe du Splendid qui a également coécrit le scénario, n’a rencontré à sa sortie, en 1979, qu’un succès relatif. Avec 1,5 million de spectateurs au lieu des 2,3 millions réunis devant le premier volet un an plus tôt, le long-métrage ne trouvera son public que plus tard, au fil des diffusions à la télévision. Pour fêter cet anniversaire, France Dimanche vous propose d’entrer dans les coulisses épiques de ce chef-d’œuvre du genre, emmené par les jeunes acteurs prometteurs qu’étaient alors Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Gérard Jugnot ou encore Dominique Lavanant qui n’en a pas gardé que de bons souvenirs…

 

“Copain” comme cauchemar !

«Je ne fais pas les bêtes ! » explose, au bord de la crise de nerfs, le docteur Jérôme Tarayre, alias Christian Clavier, à un couple d’agriculteurs venus le chercher pour soigner leur cochon qui fait de l’anémie ! Pour réaliser cette scène hilarante, deux authentiques paysans savoyards ont gentiment prêté Copain, leur porc mâle âgé de 3 ans. « La séquence étant tournée dans un appartement privé, loué à Val d’Isère, nous ne pouvions pas avouer au propriétaire la présence d’un massif cochon de ferme dans ses murs. Il aurait refusé la location », a expliqué le réalisateur. L’animal, un colosse de plus de 100 kilos, est donc endormi, dissimulé dans une grosse malle à costumes en osier pour être discrètement acheminé au troisième étage de l’immeuble par cinq assistants en sueur. Mais le vétérinaire qui l’a envoyé dans les bras de Morphée a injecté une dose d’anesthésiant trop faible qui ne peut agir plus de 52 minutes. Or le tournage de la scène, répété plus de trois fois, s’éternise sur une heure et demie ! Copain, qui s’avérera moins amical que son nom pouvait le laisser présager, sort très agressif de son sommeil. C’est donc un Clavier livide qui se retrouve face à un animal en rage, grognant et menaçant… « Christian hésitait entre la terreur et les fous rires », s’est remémoré, encore amusé, Patrice Leconte. Le pauvre Copain, une fois reconduit dans son élevage, a été boudé par ses congénères, sans doute jaloux de sa célébrité !

La “fougne”, ça vous gagne !

Patrice Leconte lève le voile : « Il s’agissait de mélasse, faite à base de sucre roux mélangée à des petits bouts de biscotte pour lui donner son aspect grumeleux. Quant à la fameuse liqueur d’échalote, c’était de l’eau. On avait introduit un crapaud en plastique à l’intérieur de la bouteille en découpant proprement le cul qu’on avait ensuite recollé. »

Balasko  : “J’y vais, mais j’ai peur !”

Vous n’êtes pas particulièrement à l’aise sur des planches et détestez le ski ? Vous n’êtes pas seul ! Souvenez-vous de cette scène mythique qui ouvre le film, au cours de laquelle le moniteur Popeye (Thierry Lhermitte) invite sur une piste verte tous ses amis, en vue de tester leur niveau de ski : Jean-Claude Dusse (Michel Blanc), Gigi (Marie-Anne Chazel), le couple Morin (Jugnot-Balasko) ainsi que le docteur Jérôme Tarayre (Christian Clavier) sont tous fin prêts, en combinaisons. Or si Lhermitte et Clavier sont tous deux des skieurs émérites, Gérard Jugnot, en revanche, est un autodidacte qui, s’il cherche son style, ne tombe jamais. Marie-Anne Chazel et Michel Blanc s’en sortent aussi très bien. Le maillon faible est Josiane Balasko ! Non seulement l’actrice n’est pas du tout sportive et déteste le ski, mais elle est aussi terrorisée à la seule idée de glisser de quelques mètres. La pauvre se prend donc des gadins mémorables, en hurlant de terreur, chutes que Patrice Leconte se délecte à filmer entre deux fous rires…

Michel Blanc : le prisonnier du télésiège

Cette scène culte où le malheureux Jean-Claude Dusse, coincé en pleine nuit sur un télésiège, chante : « Quand te reverrai-je ? Pays merveilleux, où ceux qui s’aiment, vivent à deux ! » a été tournée après 18 heures, par une température de - 10 °C et sous un vent glacial, sur les hauteurs de Val-d’Isère ! Le scénario prévoyait que Michel Blanc entonne Étoile des neiges, titre des années 50 de Jacques Plante, sur une musique composée en 1930 par Franz Winkler. Mais pour éviter de payer de coûteux droits d’auteur aux héritiers, Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot en ont modifié les paroles et la musique. Et pour la séquence suivante, où Jean-Claude Dusse, transi de froid, se précipite d’une hauteur de cinq mètres dans la neige, Michel Blanc, pas téméraire, a exigé d’être doublé. C’est un moniteur de ski de la station qui s’est jeté dans le vide à sa place…

Lavanant : boudée et mise à l’écart

«Il faisait froid, je ne savais pas skier et l’équipe du Splendid ne voulait pas de moi dans leur hôtel », a expliqué celle qui incarne Christiane, l’esthéticienne. Elle garde un souvenir atroce de ce tournage de deux mois à Val-d’Isère : « Ils m’ont mise à l’écart et j’ai fait une grosse déprime. » Désespérée par cette situation, la comédienne part un soir se saouler à la bière et gober trois douzaines d’huîtres. Patrice Leconte la filme à son insu et garde la séquence au montage. La sortie du film ne mettra pas fin à sa brouille avec les comédiens de la troupe.

Des scènes coupées de cannibalisme

À l’origine, Martin Lamotte devait incarner un night-clubber arrogant, qui se disputait avec Jean-Claude Dusse. Estimant cette scène pas assez drôle, Patrice Leconte l’a coupée au montage, ainsi que 42 minutes de séquences que vous ne verrez jamais. Parmi elles, un extrait délirant où l’équipe, perdue dans la montagne et affamée, envisage le cannibalisme pour survivre…

Zéro impro !

Les comédiens jouent de façon si naturelle qu’ils semblent ne pas se baser sur des dialogues écrits… Eh bien  détrompez-vous ! « Avec mes amis du Splendid, il n’y a jamais d’improvisation, a encore révélé le réalisateur (photo). Les dialogues, le contexte et les intentions sont tous respectés, mais le jeu même des acteurs est évidemment intuitif. »

Planté de bâton et vin chaud

Le skieur chevronné, amateur de vin chaud, qui exhorte Jean-Claude Dusse à travailler son « planté de bâton » est un vrai moniteur savoyard : Fernand Bonnevie, qui exerçait à Val-d’Isère. « Pour que Michel Blanc puisse lui planter son bâton de ski en haut du dos, on lui a fixé au préalable une grosse plaque de polystyrène sous sa combinaison », s’est souvenu le producteur, Yves Rousset-Rouard. À la fin de la séquence, ledit Fernand est parti boire… un vin chaud, hilare, dans un bar de la station, avec son bâton de ski fiché dans le dos.

Clara MARGAUX et Jean-Baptiste DROUET

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