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Les Nuls : Si doués pour le rire !

Publié le 3 janvier 2020

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© BESTIMAGE Les Nuls - Alain Chabat, Dominique Farrugia, Bruno Carette et Chantal Lauby

Il y a trente ans le 8 décembre 1989 disparaissait Bruno Carette, compère de Chantal Lauby, Dominique Farrugia et Alain Chabat. Une occasion de revenir sur les plus grands fous rires de ce quatuor mythique, Les Nuls.

En 1987, quatre personnalités atypiques, à l’humour absurde et irrévérencieux, débarquent sur Canal +… Ce sont Les Nuls ! De la série loufoque Objectif Nul au JTN (Journal Télévisé Nul) dans Nulle part ailleurs, leurs blagues scato, parodies délirantes et fausses pubs vont alors marquer les belles années de la télé.

Assistant de production sur la chaîne cryptée, Dominique Farrugia y rencontre le présentateur météo d’alors qui n’est autre qu’Alain Chabat. Ces deux-là se plaisent immédiatement. Tous deux font ensuite la connaissance de deux comiques, Chantal Lauby et Bruno Carette, qui sévissent déjà sur FR3 Marseille, mais viennent d’être remarqués par le patron des programmes de Canal de l’époque, Alain De Greef. C’est le début d’une belle aventure…

La fine équipe fait ses débuts en 1986 avec Objectif Nul, une série parodique drôlissime, un genre de Star Trek loufoque avec Bruno Carette dans la peau de Zeitoun, un cuisinier de l’espace pied-noir qui a comme spécialité « les moukraines à la glaviouse ». C’est l’histoire de l’équipage du Liberator, genre de vaisseau spatial qui voyage à des « années-burosse » de la Terre, avec Chabat en capitaine Lamar, Lauby qui campe Panty et Farrugia dans le rôle du Pirate de l’espace. Les Nuls reçoivent alors leur premier 7 d’Or en catégorie « émission d’humour ».

L’année suivante apparaît à l’écran Nulle part ailleurs et ses fausses pubs. Souvenez-vous de Dominique Farrugia qui se glisse dans les baskets d’un crétin boutonneux vantant les mérites de la carte Jeunes Cons (« Quand t’es con c’est pour la vie ! »), sans oublier les pubs pour « Lacten », « Slip Fast », « Toniglandyl », ou encore « La Société géniale ».

Toujours dans le JTN, le quatuor s’illustre aussi dans une parodie du JT de 20 heures, dans lequel Farrugia présente, tous les soirs à 19 h 55, des météos un peu particulières dans lesquelles les tracés des zones dépressionnaires évoquent irrésistiblement des sexes masculins. Et l’éphéméride qui conclut son bulletin se compose invariablement d’un « à la… Saint-Hercule, celui qui rit quand on l’en… – Merci Dominique ! » Le 3 mai de cette même année, un JTN en odorama sera même expérimenté !

Suivront ensuite des émissions spéciales (TVN 595) où l’équipe reconstitue une journée de télé ordinaire et La Nuit la plus Nuls qui parodie le péplum. En 1989, l’équipe poursuit son JTN avec ABCD Nuls, mais l’émission s’arrête avec la mort brutale de Bruno Carette le 8 décembre, il y a juste trente ans.

Quelques mois plus tard, les trois complices restants reviennent à l’antenne pour des Histoire(s) de la télévision mais on rit moins… Privés du génie de Bruno Carette, membre cofondateur du groupe, emporté à l’âge de 33 ans des suites du sida, Les Nuls ont quelque peu perdu de leur vista…


Aussi, après avoir dynamité l’humour à la télé avec Les Nuls, l’émission jusqu’en 1992, la bande se sépare. Mais nos trois comiques se retrouvent en 1994 pour tourner le film La Cité de la peur, qu’ils coécrivent et dans lequel ils rendront un hommage appuyé à leur comparse disparu. Cette œuvre devenue culte sur grand écran conte une histoire loufoque sur la promotion d’un film d’horreur « nul » pendant le Festival de Cannes.

La Cité de la peur, qui est ressortie en salle le 5 juin dernier après un petit lifting pour fêter ses 25 ans, a curieusement été un coup unique pour les Nuls. Il a aussi marqué la fin définitive de ce trio d’amuseurs cathodiques. Rappelons que cette comédie prétendument « familiale » a aussi servi de formidable tremplin aux membres de l’équipe, qui ont mené ensuite une carrière solo au cinéma. Avec d’immenses succès pour chacun d’entre eux. Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (14 millions d’entrées) réalisé par Chabat ; Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? avec Lauby, sans oublier le parcours de Farrugia en tant que producteur.

« La Cité de la peur avait suscité une grande attente auprès du public, raconte Charles Gassot, producteur du long-métrage sorti au début de l’année 1994. Les avant-premières ont été complètement folles. On avait loué un minibus avec un bar à l’intérieur, et à l’époque, lorsqu’on débarquait dans une ville, c’était l’émeute. La foule devenait hystérique comme à un concert des Stones ! Je me souviens du jour où j’ai appelé en panique le responsable d’AMLF (le distributeur du film) en lui disant : “On a un gros souci. On est devant un cinéma en province et il y a plus de 2 000 personnes qui attendent d’entrer dans une salle de 400 places !” Je me souviens aussi d’un autre cinéma, à Toulouse, où des étudiants avaient organisé une grande fête en l’honneur des Nuls. Les ados s’étaient tous mis à poil avant la projection. Ils ne portaient sur eux que des masques de plongée avec des tubas et des palmes ! Et quand Alain, Chantal et Dominique ont débarqué sur scène, dans l’ambiance surchauffée de la salle, ils ont balancé des capotes par centaines au public. Démentiel ! » À sa sortie, le film fera 2,2 millions d’entrées.

Depuis La Cité de la peur, les Nuls ont eu l’occasion de se réunir publiquement à plusieurs reprises. En novembre 1994, à l’occasion des dix ans de Canal, ils ont proposé le sketch « 10 ans de censure ». En 1997, le trio a reconstitué un faux JT de L’Édition pour la dernière émission de Philippe Gildas à la tête de Nulle part ailleurs, et la même année, Lauby et Farrugia ont fait une apparition dans Didier, réalisé par Alain Chabat. Ils se sont également réunis dans Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, pour la promotion de L’Intégrule 1, puis de L’Intégrule 2, deux DVD best-of de leurs sketches, et continuent aujourd’hui encore de se retrouver dans Burger Quiz, sur TMC, pour notre plus grande joie.

Dans un livre qui leur était dédié, intitulé L’Histoire de Les Nuls, Chantal Lauby a raconté qu’elle avait été nommée ainsi par ses parents en hommage… à une vache qui s’appelait Cantal !

Alicia COMET

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