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Linda de Suza : “Je vais mourir seule !”

Publié le 30 avril 2020

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© BESTIMAGE Linda de Suza

Hospitalisée d’urgence et craignant de ne pas s’en sortir, Linda de Suza aimerait tant revoir son fils João une dernière fois…

Dans la soirée du mercredi 1er avril, un camion rouge traverse en trombe le paisible hameau de Thierceville, dans l’Eure, et s’arrête, sirènes hurlantes, devant la jolie maison à colombages où Linda de Suza vit seule avec son chien, Tomy. Quelques instants plus tôt, l’artiste de 72 ans a appelé les pompiers dans un état de grande panique. Elle présente en effet tous les symptômes du coronavirus : une fièvre importante, accompagnée de terribles douleurs articulaires et d’une forte toux. Comme beaucoup de patients atteints du Covid-19, la chanteuse aurait peiné à emplir ses poumons d’air. Mais son moral en aurait aussi pris un coup. En effet, sur le brancard où elle était étendue pour être transportée à l’hôpital voisin de Givors, où elle sera aussitôt placée sous respirateur artificiel, elle aurait murmuré cette phrase : « Cela fait trente-trois ans que mon fils m’a abandonnée et je vais mourir seule. »

Avec João, cet enfant unique et chéri, doté comme elle d’un tempérament d’artiste, elle a pourtant fait tant de choses… Quand elle arrive en France, en 1969, avec son petit garçon d’un an, Linda n’a pas un sou. Juste un rêve auquel elle s’accroche. Percer dans la chanson afin de leur offrir à tous deux un avenir meilleur. Elle est concierge, fait des ménages, épargne chaque centime pour enregistrer des maquettes qu’elle présente à des producteurs. L’un d’eux, séduit par son talent et son incroyable détermination, lui offre une chance. Linda met les bouchées doubles et en 1978, perce avec sa chanson Un Portugais. Un succès suivi de nombreux autres. João, qui se destine lui aussi à une carrière musicale, est toujours à son côté. Fin des années 80, mère et fils chantent même en duo sur plusieurs plateaux de télévision. Le temps du bonheur. Que s’est-il passé pour que, brutalement, ces deux-là, unis comme les deux doigts de la main, cessent soudain de s’adresser la parole ? Installé au Portugal, comme s’il voulait mettre des milliers de kilomètres entre eux, João ne voit plus sa mère. Elle ne connaîtrait pas – ou peu – ses deux petits-enfants, Michael, aujourd’hui âgé de 27 ans, et Gabrielle, 32 ans…

L’histoire est complexe. Et si chacun défend sa version des faits, une chose est sûre, pour tous les deux, ce serait un crève-cœur. « On nous a montés l’un contre l’autre pour une sombre histoire de gros sous. En réalité, je crois qu’on s’est tous les deux fait avoir par la mafia… », nous confiait Linda, en 2014. Participant à la croisière Age Tendre et Tête de Bois, qui avait effectué une courte escale à Lisbonne, au Portugal, elle avait profité de l’occasion pour donner rendez-vous à João. Elle avait fait le plus dur : le premier pas. Leurs brèves retrouvailles l’avaient remplie d’espoir.  « Être éloignée ainsi de mon fils, ça m’a détruite. Je me sens enfin en paix dans ma tête », nous expliquait-elle encore.

La paix n’aura hélas pas duré. Car s’il a accepté avec bonheur la main tendue par sa mère, à la seconde où il l’a vue, João se serait senti trahi. Comme il s’en ouvrait dans nos colonnes en 2015, Linda avait en effet omis de lui préciser qu’ils seraient, ce jour-là, entourés de journalistes : « J’ai failli faire demi-tour en apercevant, au loin, tout ce monde qui l’accompagnait. J’ai quand même fait un effort, par respect pour elle, et je le regrette aujourd’hui, car tout était faux. Ses larmes n’étaient pas sincères. Même lorsque nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre, j’ai senti une froideur de sa part. » Sans doute convaincu que la chanteuse s’était servi de lui pour faire parler d’elle dans les médias, il n’a pas donné suite.

Quant à l’origine de leur brouille, elle date, selon lui, du jour où il est tombé amoureux de sa femme, Sonia, qu’il a rencontrée, comble de l’ironie, en assistant à un concert de Linda. Celle-ci le reconnaît, elle a été parfois une mère trop possessive. À Lisbonne, lors de leur rendez-vous manqué, elle s’inquiétait de savoir si ses petits-enfants l’aimaient…


Depuis, chacun est resté campé sur ses positions. Linda a cessé de parler de João, tandis que ce dernier nous confiait : « Je ne me permettrai jamais de juger ma mère. Au fond de moi, je lui dis : “Maman, je t’aime ! Tu me manques !” » 

Il y a quelques semaines, après l’annulation soudaine de son spectacle Carte postale du Portugal, elle affirmait à nos confrères d’Ici Paris être en pleine forme, démentant les rumeurs selon lesquelles son état de santé ne lui permettait pas d’être sur scène : « Ça fait plus de vingt ans que je ne sais même pas ce que c’est qu’une aspirine ou un Doliprane… Le bon Dieu m’a donné une santé de fer. » Elle ne croyait pas si bien dire puisque cette même vitalité lui aura permis de résister au Covid-19 qu’elle a bien contracté.

En effet si, à l’heure où nous écrivons ces lignes, l’auteure de La Valise en carton est encore sous surveillance à l’hôpital, son pronostic vital n’est désormais plus engagé. Elle n’est d’ailleurs plus sous respirateur artificiel.

João a-t-il été prévenu que sa mère a frôlé le pire ? Souhaitons-le, et espérons surtout que cette alerte leur offre à tous deux l’occasion d’enterrer définitivement les rancœurs et les incompréhensions mutuelles qui les ont tenus si longtemps séparés l’un de l’autre…

Lili CHABLIS

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