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Linda de Suza : “Où est passée toute ma fortune ?”

Publié le 11 avril 2014

Après avoir vendu deux millions d’exemplaires de La valise en carton et des millions de disques, la chanteuse vit avec une � retraite � de 1. 300 euros.

« Je n’en reviens pas, nous confiait-elle, début mars. Je me sens enfin en paix dans ma tête. Pour moi, ces retrouvailles, c’est une sorte de renaissance. ». À l’occasion de la dernière croisière Âge tendre et Têtes de bois, Linda de Suza retrouvait, lors d’une escale à Lisbonne, Joao Lança, son fils unique de 45 ans, qu’elle n’avait plus vu depuis une vingtaine d’années.

Un mois plus tard, nous sommes allés la rencontrer, elle, et son fidèle chien Tomy, dans sa modeste demeure, dans l’Eure, avec un bouquet de fleurs de la part des lecteurs de France Dimanche, témoignage de leur indéfectible amour pour la chanteuse de 66 ans depuis notre reportage (voir FD n° 3526). « Linda, on vous aime ! » était-il inscrit sur une carte. Émue, l’interprète de Tiroli tirola n’a cessé alors de vous remercier.

Cover 3528
Pour l’inoubliable artiste d’origine portugaise aux trois disques d’or, auteur inspiré du best-seller La valise en carton, vendu à plus de deux millions d’exemplaires, votre amour, c’est ce qui lui a permis de surmonter l’épreuve endurée depuis trop longtemps. « Être éloignée ainsi de mon fils, ça m’a détruit, nous avait-elle confié, à bord du bateau. Nous n’étions pas fâchés.L

On nous a montés l’un contre l’autre pour une sombre histoire de gros sous. En fait, je crois qu’on s’est tous les deux fait avoir par la « mafia »… Oui, je dis bien la « mafia » ! Intrigués et inquiets, nous avons voulu en savoir un peu plus…

France Dimanche (F.D.) : Vous avez été citée ces derniers jours dans différents médias. Comment l’avez-vous vécu ?

Linda de Suza (L.S.) : Les médias m’indiffèrent, l’essentiel, c’est l’amour de mon public. Je ne garde aucune photo, aucune brochure de presse chez moi. Même mes disques d’or, je les ai donnés… Je tiens d’ailleurs à préciser que, contrairement à ce que certains ont pu penser, je n’ai jamais souhaité faire pleurer dans les chaumières. J’ai juste hâte de remonter sur scène. Ce qui va être bientôt le cas, grâce notamment à Michel Algay et son futur spectacle « Rendez-vous avec les stars ».

F.D. : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour chanter à nouveau devant votre public ?

L.S. : Ces treize années sans monter sur scène, c’était très dur. Mais ne plus voir ni mon fils ni mes deux petits-enfants, ça m’a littéralement laissée sans voix. Charles Dumont disait de Piaf qu’elle ne chantait bien que quand elle était amoureuse. Comment vouliez-vous que je chante alors que j’avais perdu tout contact avec mon fils, le plus grand amour de ma vie ?

F.D. : Comment vous en sortiez-vous financièrement au quotidien ?

L.S. : J’ai la chance de n’avoir jamais connu la faim. J’ai un toit, une vieille Mercedes qui continue de rouler, et mon chien Tomy [un bâtard de 9 ans, ndlr] qui mange lui aussi à sa faim, donc je ne suis vraiment pas à plaindre. Beaucoup de gens souhaiteraient vivre comme moi, avec une retraite de 1.300 euros par mois. Mais trouvez-vous normal qu’après avoir vendu des millions de livres et de disques, je ne touche « que » ça ?

F.D. : Comment l’expliquez-vous ?

L.S. : J’ai mis du temps à comprendre que j’avais été bernée depuis le début de ma carrière. J’ai mené mon enquête et le constat n’est pas joyeux. Des personnes très mal intentionnées avaient profité de moi. J’ai ainsi vu que tous mes droits d’auteur avaient atterri sur des comptes bancaires auxquels je n’ai pas accès. La série en six épisodes adaptée de mon livre et diffusée à l’époque sur Antenne 2 ne m’a rien rapporté. Même sur les compilations sorties à la fin des années 90, je n’ai rien touché ! Je faisais près de deux cents galas par an. Or, rien ne semble avoir été déclaré. Sur quelle base ont alors été fixés les 1.300 euros que je touche de la caisse de retraite des artistes ? Certainement pas sur ce que je gagnais en étant femme de chambre pendant neuf ans ! Toutes les dates dans les administrations ont été falsifiées. D’après mon dossier aux Renseignements généraux, je serais rentrée en France en 1979. Comment aurais-je pu alors toucher un premier cachet cinq ans plus tôt comme le stipule mon assurance retraite ?

F.D. : Avez-vous des indices ?

L.S. : J’ai découvert que plusieurs sociétés avaient été créées à mon nom un peu partout en France et à l’étranger sans mon consentement. Et tout ce que j’avais gagné de la Sacem [Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, ndlr] est parti sur un compte auquel je n’ai pas accès. Je sais me servir d’un micro ou d’un aspirateur, mais je n’ai jamais appris à gérer de telles sommes d’argent ! Mon entourage avait profité de ma naïveté. Mon concubin de l’époque (de 1981 à 1993, ndlr) était aussi, je pense, dans le coup. Bref, on a usurpé mon identité. Aujourd’hui, je devrais être multimillionnaire, et c’est très loin d’être le cas.

F.D. : Jusqu’où vous a déjà menée votre enquête ?

L.S. : Très loin ! Je n’ai pas peur d’aller me plaindre auprès des gens qui nous gouvernent ! Mais je pense que les politiques ont d’autres chats à fouetter. J’ai déjà été reçu, l’année dernière dans le bureau de Laurent Fabius, et ça n’a rien donné. Sa secrétaire m’a dit elle-même que j’étais victime d’une spoliation bien organisée. J’aimerais maintenant rencontrer Manuel Valls, notre nouveau Premier ministre pour en discuter avec lui. En tant qu’ancien immigré, comme moi, il devrait être sensible à ma situation, non ? Lui, ça fait trente-deux ans qu’il a la nationalité française. Moi, ça fait quarante-quatre ans que je vis dans ce pays, et j’ai bien rempli les caisses de l’État. Pourtant, je n’existe pas, selon certaines administrations. Si Valls n’a pas le temps, j’irai frapper à la porte d’autres ministres.

F.D. : À combien estimez-vous votre capital spolié ?

L.S. : Si je ne parle que des gains de mon livre, ça s’élève facilement à une centaine de millions de francs ! À cela, on peut rajouter tout ce que m’ont rapporté mes chansons. Une somme colossale. On peut parler de plusieurs centaines de millions de francs dont il ne me reste quasiment plus rien. Si je suis aussi motivée, ce n’est pas pour moi. Je veux pouvoir transmettre cet héritage à mon fils et mes petits-enfants [Gabriella, 26 ans, et Michaël, 21 ans]. Alors croyez-moi, je ne lâcherai rien ! Columbo, à côté de moi, c’est de la gnognote !

Philippe Callewaert

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