France Dimanche > Actualités > Linda De Suza : Son incroyable retour !

Actualités

Linda De Suza : Son incroyable retour !

Publié le 23 mai 2019

Toujours pétulante à 71 ans, voici Linda De Suza sur le devant de la scène avec un duo et une tournée.

Le 25 avril 1974, la révolution des œillets mettait fin à un demi-siècle de dictature au Portugal. Pour Linda De Suza, la plus célèbre Portugaise de France, cette journée anniversaire du 25 avril 2019 prend une dimension encore plus symbolique. Ce n’est pas un hasard si son compatriote, le chanteur Pedro Alves, a choisi cette date pour convier la diva de Tiroli-Tirola à le rejoindre à l’Audioscope studio dans le XVe arrondissement de Paris afin d’enregistrer un duo fort en émotion. Très touchée, la chanteuse a déserté sa maison de l’Eure pour rejoindre le « petit » comme elle dit, ce qui signifie en langage De Suza que Pedro, devenu son protégé, a tout pour prendre la relève. C’est la chanson Comme vous, composée par Pascal Auriat, qu’ils ont choisie d’un commun accord. Un tube sorti en 1983, mais chargé d’histoire… Souvenir du temps, où Linda, fraîchement débarquée de son pays natal, travaillait comme femme de chambre dans les hôtels et n’attendait que les week-ends pour donner de la voix chez Louisette, une buvette aux Puces de Saint-Ouen. Là, dans ce café populaire, elle reprenait entre deux rengaines fado des chansons de Dalida, qu’elle admirait plus que tout et qui cartonnait à l’époque avec Il venait d’avoir 18 ans, signé par Pascal Sevran et… Pascal Auriat justement.


Pour l’occasion, une poignée de fans de la première heure avaient eu la chance d’assister à l’événement et, ultime privilège, de s’improviser choristes derrière leur idole. Pour Maria, 57 ans, c’est l’aboutissement d’une longue relation amicale avec la chanteuse. « Je suis Linda depuis ses débuts, raconte-elle. Quarante et un ans, donc, que je lui suis fidèle ! Comme elle, je suis arrivée en France sans un sou. Je me suis toujours identifiée à elle. Son parcours fait partie de ma vie. »

Même sons de cloche chez Marie-Josée, Christine et Bernadette. Pour ces ferventes admiratrices, être là aujourd’hui, c’est une grande fierté : « Pour nous, Linda, c’est bien plus qu’une chanteuse. Avec le temps, on a tissé des liens très forts. Elle nous téléphone même de temps à autre pour prendre de nos nouvelles. » Francis, le seul fan masculin de la bande, avait carrément choisi de revêtir le costume traditionnel portugais – écharpe rouge nouée à la taille et chapeau noir –, les bras chargés d’une gerbe d’œillets destinée à « sa Linda ».

C’est dans cette ambiance très folklorique que l’intéressée s’est mise au travail. Casque sur les oreilles, très concentrée, elle donne tout à chaque prise, Pedro Alves, très impressionné, ne cache pas son admiration : « Linda est une chanteuse exceptionnelle, habitée par un feu intérieur. » À vérifier lors de la tournée du spectacle Carte postale du Portugal, qui débutera en septembre prochain.

Imaginé et produit par Pedro, ce show où Linda tiendra la vedette rendra hommage aux traditions et à la culture portugaises. En attendant, entre deux prises, la chanteuse aux millions de disques vendus reprend son souffle derrière la table de mixage. Elle en profite même pour faire quelques étirements et après m’avoir demandé tout de go mon âge – la petite cinquantaine, merci ! –, elle tient à me montrer qu’elle parvient sans problème à se plier littéralement en deux, apposant ses mains au sol, la tête collée à ses genoux. Un exercice que je suis bien incapable de reproduire, mon dos se bloquant immanquablement à mi-parcours. Je ne peux donc que la complimenter sur son incroyable souplesse.

Il faut dire qu’à 71 ans, elle affiche une insolente silhouette de jeune fille, magnifiée par un jean délavé et un haut noir pailleté. Un look juvénile qui lui va à ravir. « J’ai de la chance, je n’ai pas un gros appétit », précise-t-elle en m’offrant la moitié de son sandwich de pain de mie au jambon. Ni une, ni deux, je profite de ce répit pour lui poser quelques questions sur le chemin inattendu que prend sa carrière. Car, pour couronner le tout, Linda s’envolera en juillet prochain destination Beyrouth au Liban, pour y recevoir le Murex d’or du meilleur artiste international de l’année. Une récompense qu’avait obtenue Sheila, en 2016…

France Dimanche  : Quel effet cela fait-il d’enregistrer Comme vous en duo, plus de trente-six ans après sa sortie ?
Linda De Suza : C’est très émouvant, forcément. Et puis, cette chanson qui s’adresse directement au public, dit tant de choses très fortes. Même si je suis devenue une artiste reconnue, je reste « comme vous », comme le disent les paroles. À chaque fois, que je l’interprète, je tiens à faire passer ce message à ceux qui me suivent depuis si longtemps. Le petit [Pedro], il a une jolie voix, mais je le surveillais quand même, comme une maman surveille son enfant. Pas de souci, il a très bien chanté [rires].

FD : Vous devez être enchantée à l’idée de repartir en tournée ?
LDS : Oui. En plus, avec ce spectacle, c’est comme si je passais la relève. Il y aura Pedro à mes côtés, mais aussi Mara Pedro, qui, à 19 ans, est considérée comme la princesse du fado. Les chansons, il faut qu’elles continuent à vivre de génération en génération.

FD : Vous revenez à vos racines avec ce spectacle Carte postale du Portugal ?
LDS : Dans mon cœur, je n’ai jamais quitté mon pays. On ne peut pas effacer d’où l’on vient. Un beau jour, un enfant va quitter sa maman pour se marier mais ça ne voudra pas dire qu’il ne l’aime plus ! Moi, j’ai quitté la terre de mes ancêtres très jeune, mais je n’ai jamais cessé de la chérir. Je n’oublierai jamais que c’est la France qui m’a donné ma chance.

FD : De tous les titres de votre répertoire, quelle est votre chanson préférée ?
LDS : Difficile à dire. Une maman, elle peut avoir deux, trois ou cinq enfants, peu importe, elle les aime tous, mais elle ne peut pas tous les porter en même temps ! Pour les chansons, c’est exactement la même chose. On les apprécie toutes, mais on ne peut pas les chanter toutes d’un coup…

FD : À vos débuts, vous disiez que votre valise en carton vous portait bonheur. Votre bonne étoile ne semble pas vous avoir lâchée...
LDS : Il faut croire que oui ! Quoi qu’il arrive, je ne cesserai jamais de croire en la vie et en l’être humain. C’est ce qui me porte, même si, au final, c’est le public qui décide. C’est pour cela que je suis toujours pleine d’amour sur scène. C’est ma façon à moi de dire merci aux gens qui viennent m’écouter.

FD : Vous êtes extrêmement mince… Quels sont vos secrets pour garder la ligne ?
LDS : Je n’ai pas de mérite, je suis faite comme ça ! Je mange juste ce qu’il faut, sans excès. De toute façon, je n’ai pas un grand appétit. Je n’ai pas les yeux plus gros que le ventre, comme on dit !

FD : Comment gardez-vous la forme ?
LDS : Je fais attention à mes jambes, à mes genoux, à mes articulations, à mes os, en rendant visite régulièrement à mon ostéopathe. J’ai aussi un bon médecin qui me donne de précieux conseils, comme de faire des étirements tous les matins. Je prends exemple sur les militaires. Dès qu’ils se lèvent, ils font leurs exercices ! [Rires.]

FD : C’est quand même une sacrée discipline que vous vous imposez là…
LDS : Non, pas du tout. C’est juste une question de respect de soi-même. Si vous n’avez pas de respect pour vous-même, pour votre corps, comment voulez-vous que les autres vous respectent. C’est une question de principe !

Véronique DUBOIS

À découvrir