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Line Renaud : Sa déchirante relation avec son père !

Publié le 10 novembre 2018

Line Renaud revient sur ses rendez-vous manqués avec le premier homme de sa vie.

On ne lui connaît que deux amours. Le premier, Loulou Gasté, son manager qui devient son mari en 1950. Entre eux régnera une osmose artistique qui ne se démentira jamais. Le 8 janvier 1995, alors que son homme agonise, Line lui susurre ces chansons italiennes qu’il aimait tant. 

Le second, Nathan Jacobson, dit Nate, était un entrepreneur américain si charismatique que la demoiselle d’Armentières ne lui résista pas longtemps. En juillet 1964, à Las Vegas où elle mène sa revue Casino de Paris, la chanteuse déprime. Son mari est rentré en France, sa famille lui manque et Jackpot, le merle des Indes qui sait siffler La Marseillaise, ne suffit pas à la consoler. La rencontre avec cet homme bouleverse sa vie à plus d’un titre. Nate lui propose en effet de s’impliquer dans la construction d’un casino pas comme les autres, le Cæsars Palace. Elle se prend au jeu. Parce que l’idée lui plaît et que son concepteur ne la laisse pas indifférente. Et leur premier baiser est une révélation. Avec cet Américain décomplexé, Line découvre les plaisirs de l’amour physique. L’épisode initial de cette longue liaison dure cinq ans [leur relation reprendra vingt ans plus tard, ndlr], avant que la chanteuse, sommée par Loulou de choisir entre lui et Nate, ne décide de rentrer à Paris.

Mais, avant ces deux êtres qui ont tant compté pour l’artiste, il y a eu un autre homme, comme le dévoile l’émission Une vie, un destin consacrée à Line et diffusée sur France 2 le 30 septembre. Cet homme, elle l’a aimé de toutes ses forces, lui aussi, et pour cause : c’est son père. Pourtant leur relation n’a été qu’une succession de rendez-vous manqués…


Routier sympathique, Edmond Enté semble former avec Simone, sa femme, un couple uni. Mari aimant, il est en adoration devant Jacqueline, leur fille unique. Blagueur, bon vivant, apprécié de tous, il dirige la fanfare de Pont-de-Nieppe. Ce bonheur bascule en 1940, lorsqu’appelé au front, il quitte les siens pour défendre la patrie. Pendant de s mois, il ne donne pas de nouvelles, au grand désespoir de son épouse. Marguerite, la grand-mère de Jacqueline, fait ce qu’elle peut pour réconforter sa fille, en vain. Les semaines passent, Simone dépérit. À court d’arguments, Marguerite décide de tenter le tout pour le tout, révélant à Simone que son mari la trompait.

Ce jour-là, rentrant de l’école, Jacqueline, 12 ans, entend les hurlements de douleur de sa mère dans tout le village. Simone apprendra par la suite qu’Edmond avait non seulement une maîtresse, mais aussi un fils caché. Elle ne lui pardonnera jamais.

Des lettres du soldat arrivent d’Allemagne où il est prisonnier. Mais Simone a pris sa décision : même si elle continue de lui envoyer des colis, entre eux, c’est fini.

Jacqueline ne veut pas croire à cette rupture. Comme elle le confie : « J’assistai à leur séparation. Mon père pleurait, je suppliais ma mère de ne pas le quitter, de lui pardonner. Ça n’a pas marché. »

Simone se remarie. Mais sa fille ne supporte pas son beau-père, avec qui elle ne cesse de se disputer, et n’aspire plus qu’à une chose : monter à Paris.

Devenue une star avec Ma cabane au Canada, Jacqueline Enté – rebaptisée Line Renaud – enchaîne les tournées. Les années sombres sont terminées, elle fait ce qu’elle aime, est aimée de son mari et des Français, et quand elle n’est pas sur scène, savoure le confort de La Jonchère, sublime maison sur les hauteurs de Rueil-Malmaison, où elle s’est installée avec Loulou.

Durant l’été 1954, elle s’apprête à y recevoir son père pour quelques jours de vacances. Même s’ils ne se voient pas souvent, tous deux tiennent très fort l’un à l’autre. Edmond, reconverti en cafetier, est fier du succès de sa fille. En témoignent les photos recouvrant les murs de son établissement.

C’est au volant d’une superbe décapotable que Line vient le chercher à la gare. Il est impressionné par cette voiture qui sent le cuir et roule si vite. Il y a comme un fossé entre eux, qui s’élargit lorsqu’ils arrivent à la Jonchère. Edmond est dépassé. La fillette aux nattes blondes qu’il faisait sauter sur ses genoux est une vedette avec qui il ne se sent plus grand-chose en commun. Ce luxe, cet espace, ces gens qui ne sont pas de son monde et s’agitent autour d’eux lui font peur. Lorsque Line veut lui montrer la chambre qu’elle lui a réservée, il refuse. « Ramène-moi à la gare », lui dit-il. Si la chanteuse est blessée, elle comprend, et c’est sans un mot qu’elle dépose Edmond sur le quai. Ils n’ont pas passé plus de deux heures ensemble… « À mon chagrin, se mêlait un sentiment de honte. Où m’étais-je trompée ? » écrira-t-elle dans sa biographie Et mes secrets aussi (éd. Robert Laffont). 

1955 : Line Renaud décroche son premier grand rôle au cinéma, dans La Madelon, de Jean Boyer. Le film connaît un immense succès. La France se presse dans les salles, dont Edmond, qui n’aurait raté cet événement pour rien au monde. Le couac de Rueil est du passé, d’ailleurs sa petite chérie n’y est pour rien. En revenant de la séance, au Rex d’Armentières, sa Mobylette heurte un camion mal garé. Le malheureux est tué sur le coup. Il avait 49 ans. 

De ce drame, survenu trois jours après la sortie du film, Line ne se remettra jamais tout à fait. Même si au fond de son cœur elle sait que la dernière pensée de son père aura été pour elle.

Lili CHABLIS

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