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Lino Ventura : Par amour, il a failli être fusillé !

Publié le 15 mai 2021

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© BESTIMAGE Lino Ventura et sa femme Odette - 1980

Dans “Attendez-moi mon amour”, on découvre une autre facette de Lino Ventura, celle d'un homme romantique prêt à tous les dangers pour Odette, la femme de sa vie…

Il reste, malgré sa disparition il y a déjà trente-trois ans, l'un des acteurs les plus aimés, les plus admirés des Français… Lino Ventura, avec son jeu si naturel et sa remarquable présence dans les 75 films qu'il a tournés, a marqué près de quatre décennies de cinéma, jusqu'en 1987, triste année où une crise cardiaque l'a emporté à l'âge de 68 ans.


Une icône des films noirs dont l'apparence bourrue et dure cachait en réalité des tonnes de tendresse et de douceur. Un homme capable de tout par amour et même de risquer le peloton d'exécution ! C'est sa fille, Clélia et son petit-fils Léon qui révèlent, dans Attends-moi mon amour, publié aux éditions Flammarion, l'incroyable décision prise par leur père et grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui aurait pu lui coûter la vie… Un recueil bouleversant de 300 lettres écrites par le comédien à son épouse adorée, Odette, alors qu'il était enrôlé dans l'armée italienne en 1942.

Ces missives nous dévoilent une facette totalement inconnue du comédien. Celle d'un amoureux fou, fragile et brisé par la séparation forcée d'avec l'amour de sa vie, un ange dans un corps de sportif. Après avoir pratiqué la lutte, il deviendra même champion d'Europe de catch en 1950 sous le nom de scène « la Fusée italienne » !

Lorsque le jeune Lino est appelé à rejoindre l'armée de son pays d'origine, cela ne fait que trois mois qu'il a épousé cette jeune fille de la moyenne bourgeoisie française qu'il fréquente assidûment depuis l'adolescence. Le 19 avril 1942, c'est de la caserne militaire de Gorizia, près de la frontière slovène que, terrassé par la souffrance d'avoir dû laisser dans la capitale française celle qu'il aime, Angiolino lui écrit cette lettre désespérée : « Mon amour, si tu savais comme je souffre d'être loin de toi, je t'assure ma Mouke, par moments je me prends la tête à deux mains et je crois devenir fou, mais vraiment ce n'est pas possible que je puisse vivre avec l'âme tourmentée de cette façon ! »

Durant les quatorze mois que va durer cet épouvantable calvaire, le jeune homme de 22 ans va presque quotidiennement raconter ce qu'il vit à celle qu'il nomme avec affection sa Mouke. Sa vie de soldat au sein du 24e  régiment d'infanterie, ses joies, ses rapports avec ses camarades, ses routines, ses angoisses, son antimilitarisme que cet exil contraint ne fait que renforcer. Tout s'exprime dans ces courriers qui ne sont autres qu'une bouée de sauvetage, un refuge, un fil ténu qui lui permettent de tenir bon et d'entrevoir le retour vers la lumière. Son désespoir noircira des pages et des pages de papier et ses lettres, qui mettront parfois plus d'un mois à parvenir à leur destinataire, l'aideront à supporter le cruel éloignement et la dureté de sa situation. « Je fais tout mon possible pour ne pas me laisser aller, jure-t-il à Odette. Mais par moments, c'est impossible. Peut-être suis-je dans une de ces crises de cafard qui, quand elles me tiennent, me démoralisent complètement. »

Parfois, ce grand pudique se laisse malgré tout aller à quelques confidences coquines, des évocations jamais grossières, pleines de délicatesse et de discrétion, comme lorsqu'il raconte à sa dulcinée : « Cette nuit, j'ai encore rêvé de nous deux, je ne peux pas te l'expliquer ici car même le papier en rougirait ! C'est le plus beau rêve que j'ai fait depuis que je t'ai quittée. »

Mais bien vite, la douleur de l'absence reprend ses droits. Le 15 décembre 1942, après une demande de permission qu'on vient de lui refuser, le jeune homme au cœur d'enfant dévasté écrit : « Je souffre chérie, et je voudrais tellement pleurer, je voudrais que maman soit là et pleurer dans ses bras. » Un aveu si poignant qu'on peut se demander ce qu'a ressenti la pauvre Odette en lisant les mots désespérés de son homme à des centaines de kilomètres de là ! Hélas, les réponses de madame Ventura n'ont jamais été retrouvées par sa fille, Clélia, ni par le fils de cette dernière.

Après les longs mois de cet effroyable supplice à se morfondre loin de sa tendre Odette, le « Rital » s'effondre encore davantage, cette fois, il supplie les dieux de le laisser revenir à Paris où elle l'attend : « Mon seul désir est de rentrer, mais vite, le plus vite possible et pour toujours, et c'est aussi ma seule prière », lui avoue-t-il.

Son vœu le plus cher, le soldat Ventura va pourtant bientôt pouvoir le réaliser. En forçant un peu le destin et en prenant un risque fou… Le militaire enrôlé sous les ordres des troupes de Mussolini va commencer par se battre des mois durant avant d'obtenir enfin une permission pour rejoindre à Paris sa bien-aimée.

Finalement, le 11 mai 1943, Lino est de retour dans les bras de Mouke ! C'est alors qu'il prend sa décision, la plus dangereuse mais la plus irrévocable de toutes : il ne retournera pas à la caserne, la future star de cinéma va déserter au risque de se faire arrêter et fusiller ! Pour rien au monde, le jeune homme éperdu d'amour ne quittera une deuxième fois sa femme adorée.

Il se fait alors fabriquer de faux papiers et devient pour l'état civil un certain Lucien Vernot, originaire de Lorient, en Bretagne. Tandis que Lino-Lucien part se cacher quelque temps à Baracé, en Anjou – dans une maison qu'il rachètera en 1960 –, Odette est convoquée par la Gestapo. Mutique face aux Allemands qui la menacent, la jeune femme ne craque pas et assure qu'elle ignore où se trouve son mari, elle jure même qu'il a disparu.

Comme vous le savez, le déserteur ne sera jamais arrêté ni même fusillé. Mieux encore, Lino Ventura recevra, bien des années plus tard, la Légion d'honneur italienne !

Clara MARGAUX

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