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Lino Ventura : Un homme déchiré entre deux femmes !

Publié le 11 août 2019

Lino Ventura a vécu dix ans de passion avec Yanou Collart. Un amour impossible que l’attachée de presse des stars évoque dans son livre “Les étoiles de ma vie”…

Né à Parme, en Italie, le 14 juillet 1919, il était très attaché à ses racines… Ce qui n’a pas empêché Lino Ventura de devenir l’un des acteurs les plus populaires de notre pays ! Un succès amorcé dans les années 50 et qu’il saura préserver longtemps, alternant savamment les genres et en imposant sa présence massive et son air revêche dans des films aussi différents que Les tontons flingueurs, L’emmerdeur ou Garde à vue. Mais cet homme au tempérament timide, pudique, ténébreux, à la droiture incomparable, n’a, malgré tout, pas pu résister au coup de foudre qui lui a fait vivre, dix années durant, une palpitante et vertigineuse double vie…

C’est ce que révèle Yanou Collart, célèbre attachée de presse et amie des stars, de Johnny Hallyday à Jack Nicholson, en passant par Paul McCartney et le sculpteur César, dans Les étoiles de ma vie, son autobiographie publiée aux éditions de l’Archipel. Celle qui a fréquenté la jet-set du monde entier dès les années 60, a été la maîtresse de l’ombre de cet immense comédien de 1972 à 1982. Et, au fil des pages de cet ouvrage qui laisse éclater au grand jour sa relation amoureuse avec celui qui était déjà marié à Odette et père de quatre enfants, l’on découvre une facette de Lino Ventura que l’on ne connaissait pas. Cet homme indéfectiblement attaché à sa famille et tout autant capable d’un romantisme sauvage était violemment partagé entre son devoir envers les siens et sa passion secrète. Un homme littéralement coupé en deux…

Pourtant, lorsqu’elle le rencontre, en 1972, sur le tournage de Cosa Nostra, de Terence Young, l’acteur ne séduit pas vraiment la jeune femme, bien au contraire ! « Avant de l’adorer, et de l’aimer comme je l’ai aimé, je l’ai d’abord détesté parce que je l’ai trouvé très désagréable : un ours mal léché ! », a-t-elle en effet récemment confié dans l’émission C’est au programme, sur France 5. Mais cette attitude revêche que lui oppose Lino n’est rien d’autre qu’un leurre, un réflexe de défense censé le protéger de l’attirance indescriptible qu’il ressent immédiatement pour cette ravissante créature. Très vite, le masque tombe et l’ancien lutteur professionnel de déposer les armes aux pieds de celle qui a déjà, d’un seul regard, ravi son cœur : « Ce type, j’ignore pourquoi, me déstabilise, écrit Yanou. Sans mot dire, avec un sourire tellement irrésistible qu’il me fait presque peur, il me tend la fleur jaune comme un soleil qu’il tient entre les doigts et que j’ai gardée précieusement. »

Commence alors entre eux une relation passionnée, charnelle, insatiable, faite de rendez-vous secrets, de rencontres furtives entre deux avions, d’obligations professionnelles pour l’un comme pour l’autre, et de moments volés au temps qui passe… Il l’aime de toute son âme et elle est folle de lui, mais ils ne peuvent hélas pas jouir ensemble d’un bonheur simple et sans entrave. Un drame cornélien pour l’acteur éperdu de tendresse qui écrit un jour à sa belle : « Je t’aime Yan, comme je n’ai jamais aimé personne. Tu occupes mes pensées jour et nuit et je fais ce rêve fou de vivre avec toi. Mais je suis le père d’une petite fille pas comme les autres. C’est une croix, un poids, une responsabilité que personne ne peut imaginer ou même comprendre. Il n’y a pas de palaces pour eux et je me bats pour assurer à Linda et aux autres enfants comme elle un cadre de vie chaleureux. C’est pourquoi j’ai créé Perce-Neige. à cause de cette situation, je ne pourrai jamais me conduire avec toi comme je le voudrais. […] Depuis que tu as fait irruption dans ma vie, je vis un conte de fées. Avec toi j’ai découvert ce qu’aimer signifie. […] Je t’aime mais je ne suis pas libre et ne pourrai jamais l’être. Si tu me dis que tu veux en rester là, je le comprendrai et disparaîtrai de ta vie. »


Cruelle décision que la jeune femme ne prendra évidemment pas, elle qui est désormais prise au piège de sa passion pour celui qu’elle nomme tout au long du livre « l’homme de ma vie »… « En écrivant ces lignes, je comprends que, par amour pour Lino, je me suis à chaque fois sacrifiée, nous confie-t-elle en effet dans Les étoiles de ma vie. Je me demande aujourd’hui si je n’ai pas commis une erreur en agissant ainsi. »

Le destin de ces deux amants cachés aurait pu en effet prendre un tout autre tour ce jour où, d’ordinaires très prudents en public, les deux tourtereaux se font surprendre par des paparazzis à la sortie d’un restaurant. Leur intimité saute aux yeux des photographes et ces derniers mitraillent le couple. Mais Yanou, jouant de ses relations, parvient in extremis à empêcher la diffusion des clichés dans la presse. « Si ces articles avaient été publiés, écrit-elle, Lino aurait peut-être pris la décision de faire accepter mon existence à son épouse qui, depuis longtemps, était au courant de notre liaison. C’était un secret de Polichinelle. Il est évident que sans leur fille handicapée, Linda, dont sa femme se servait pour le culpabiliser, son attitude aurait été différente. »

Comment cet homme sensible qui s’était donné pour mission de soutenir sa famille, quoi qu’il lui en coûte, vivait-il cette inextricable situation ? Comment parvenait-il à supporter le poids de cette double vie qui devait le plonger dans d’épouvantables tourbillons d’angoisse, de remords et de frustration ? On peut sans peine imaginer à quel point l’inoubliable interprète de La gifle, de Claude Pinoteau devait souffrir le martyre ! Pour preuve, ce soir où l’acteur trouvera, sous l’essuie-glace de sa voiture, garée devant chez Yanou, un mot désespéré d’Odette. « Elle le menaçait de se suicider avec l’adolescente, rapporte l’auteur de ce bouleversant ouvrage. Hors de lui, il a déchiré le billet et déclaré que c’était du harcèlement malsain. »

Hélas, rien, ni les menaces de son épouse en détresse ni les pleurs et les coups de griffe que donne par à-coups la malheureuse Yanou ne réussiront à convaincre Lino Ventura de choisir l’une ou l’autre de ses attaches. Et pendant ces dix années, les deux femmes devront se satisfaire de ce que l’idole du cinéma français est capable de leur donner… « J’ai vécu auprès de cet homme exceptionnel des bonheurs que je souhaite à tous de connaître, écrit encore son amante. Il n’y a pas de mots assez forts, assez d’images pour décrire ce que j’éprouvais, ce que je ressentais dès que son regard se posait sur moi, dès que sa bouche prenait la mienne, dès que sa main frôlait ma joue, dès qu’il murmurait mon nom. Son sourire me faisait chavirer, sa voix me bouleversait et anéantissait toute velléité de résistance. Mais ces moments de bonheur total, Dieu que je les payais cher. »

Si cher qu’un jour de 1982, Yanou Collart, la mort dans l’âme, parvient à tracer le mot fin de son indescriptible calvaire amoureux. Ses sentiments n’ont pas changé, son amour est aussi fort qu’au premier jour mais, épuisée par l’attente inutile de l’avoir enfin pour elle toute seule, cette femme de l’ombre trouve enfin la force de disparaître pour toujours de sa vie…

Cinq ans plus tard à 68 ans, Lino succombait à une double attaque cardiaque, sans avoir pu caresser une dernière fois le doux visage de « Yan » qu’il avait maintes fois tenté de recontacter depuis leur séparation.

« Le 22 octobre 1987, je me suis écroulée, écrit l’ex-attachée de presse, âgée aujourd’hui de 80 ans. […] Je n’ai jamais fait le deuil de l’homme que j’aime. Trois décennies se sont écoulées depuis sa disparition, et il ne se passe pas un jour sans que je pense à lui, sans que je regarde nos photos, sans que je relise ses lettres. » Et de conclure : « Lino était toute ma vie. »

Clara MARGAUX

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