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Lola Dewaere : Elle accuse son père !

Publié le 27 juillet 2016

Trente-quatre ans après le suicide de l’acteur, Lola Dewaere, elle-même devenue comédienne, souffre toujours de ce qu’elle considère comme un � abandon���.

Peut-on souffrir de l’absence d’une personne que l’on n’a pas connue ? Et même, continuer à lui en vouloir, alors que plusieurs décennies ont passé ? La réponse est : oui. Surtout si le nom de cette personne est encore sur toutes les lèvres ; si l’on a décidé de suivre ses traces et de la prendre pour modèle ; surtout, enfin, si cette personne est votre propre père.

Le 11 juillet, Lola Dewaere était sur le plateau de la chaîne LCI. L’actrice de 36 ans était venue dans l’émission Culture soir pour y parler d’Une folie, la pièce de Sacha Guitry mise en scène par Francis Huster, qu’elle joue au théâtre Rive Gauche, aux côtés d’Olivier Lejeune et de Manuel Gélin. Vu la date de l’entretien, ses interlocuteurs n’ont pu s’empêcher de revenir sur la mort tragique de son père, Patrick, survenue le 16 juillet 1982.

Lola, le visage grave, a commencé par rappeler qu’elle n’avait que deux ans et demi lorsque son célèbre père a mis fin à ses jours, chez lui, dans sa maison du XIVe arrondissement de Paris : « Je ne peux rien vous dire sur lui, précisait-elle, je ne l’ai pas du tout connu. »

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Désespoir

C’est alors qu’après une seconde d’hésitation, elle a ajouté ces mots lourds de sens : « Toutes les personnes qui vivent une tragédie comme celle-ci… Le suicide, c’est toujours l’impression d’un abandon. […] Je me suis dit très longtemps qu’il ne m’avait pas assez aimée pour ne pas vouloir rester parmi nous. »

Au-delà de la maladresse de l’expression, on comprend que Lola souffre toujours de cet « abandon », et c’est bien sûr une souffrance que l’on doit respecter. Mais, si elle se trompait ? Si, au contraire de ce qu’elle pense, son père s’était suicidé non parce qu’il n’aimait pas assez, mais parce qu’il aimait trop, justement ? Parce que ce passionné de la vie s’était trop souvent et trop profondément laissé blesser par elle ?

Elle n'avait que 2 ans 1/2 quand son père a mis fin à ses jours
Elle n'avait que 2 ans 1/2 quand son père a mis fin à ses jours

« Patrick Dewaere était un écorché vif, imprévisible, doté d’un sacré caractère, confiait il y a quelques mois le cinéaste Yves Boisset à notre collaborateur Jean-Baptiste Drouet. Je l’aimais beaucoup, parce qu’il était à vif, fort en gueule, mais si généreux et vraiment gentil. Il pouvait être odieux, certes, mais aussi formidable. Impulsif, comme lorsqu’il frappe le journaliste Patrice de Nussac qui a révélé son mariage. Alors que le journaliste en question avait juré à Patrick de ne rien dire dans son journal… Toute la presse l’a mis au ban après cet incident. Il reste pourtant l’un des comédiens que, personnellement, j’ai le plus aimé dans ma carrière de réalisateur. Indépendamment de ses immenses qualités d’acteur, il n’a jamais trahi personne. Jamais. Il était incapable de mensonge et profondément sincère. Il ne trichait pas. »

Le malheur, avec les gens qui ne trichent pas avec la vie, c’est qu’ils sont souvent blessés par elle. Ils le sont davantage que ceux qui savent se protéger, se « blinder ». Alors, pour tenter de moins souffrir des coups qu’il prenait, il s’était réfugié dans la drogue, cet illusoire Paradis pour tous, pour reprendre le titre tristement prémonitoire de son dernier film. Cette drogue dont lui et sa dernière compagne, Elsa, cherchaient en vain à se débarrasser.

Dépendance

Pensaient-ils qu’il serait plus facile d’y parvenir sous le soleil des Tropiques ? Toujours est-il que, quelques mois avant le fatidique 16 juillet, Patrick et Elsa partent rejoindre leur copain Coluche en Guadeloupe, où l’humoriste, empêtré lui aussi dans ses problèmes de drogue, s’est réfugié.

Rendons la parole à Yves Boisset : « À cause du décalage horaire, Patrick se réveille vers trois heures et demie du matin : il ne voit plus Elsa dans le lit ! Il est inquiet, car sa compagne, qui souffre d’une dépendance à la drogue, n’est pas bien du tout. En pleine nuit, il la cherche dans cette vaste demeure qu’il ne connaît pas. Une à une, il visite les nombreuses chambres. Et soudain, il découvre Elsa endormie au côté de Coluche. De toute évidence, elle avait pris de ces substances prohibées auxquelles elle lui avait promis de ne plus toucher ! Sans un mot, il retourne dans sa chambre et prend son sac, descend sur la route et fait du stop à quatre heures du matin. À l’aéroport, il prend le premier avion qui décolle de Pointe-à-Pitre, le vol de six heures du matin. Patrick est ainsi : il ne se plaint pas, ne fait pas de scandale et s’en va sans dire le moindre mot. Son vol fait escale à Miami. Et de là, il me téléphone pour que je vienne le chercher à Orly : “Je te raconterai… c’est terrible”, lâche-t-il d’une voix blanche. Je vais le chercher à Orly et je le ramène 25, impasse du Moulin-Vert, chez lui, dans le XIVe arrondissement de Paris. Il est à ramasser à la petite cuillère : il n’a pas dormi depuis deux jours et semble désespéré. »

Ce désespoir, aggravé par de gros ennuis avec le fisc et des doutes lancinants sur sa carrière, ne quittera plus Patrick Dewaere. Jusqu’à ce 16 juillet 1982 où il se tire une balle dans la bouche, avec le fusil que lui avait offert son ami… Coluche.

En accomplissant ce geste, l’acteur a-t-il « abandonné » sa petite Lola Dewaere ? En un sens, oui, on ne peut pas le nier. Mais la femme épanouie qu’elle est devenue aujourd’hui lui en veut-elle vraiment ? On peut en douter, dans la mesure où elle a décidé de finalement embrasser la même carrière que lui. Et de le faire sous le nom qu’il s’était choisi : Dewaere.

Jean-Louis Vinteuil

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