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Louis de Funès : Entre Jean Marais et lui, c’était la guerre !

Publié le 31 juillet 2015

Sur les plateaux de la série des “Fantômas”, qui repassent cet été à la télévision, une ambiance à couper au� couteau� régnait entre les deux acteurs, Louis de Funès et Jean Marais, chacun soupçonnant l’autre de vouloir lui faire de l’ombre.

« On peut être tout à la fois le plus drôle et le plus pénible des hommes. » Eh bien, oui, c’est comme ça ! Aujourd’hui, je fais le contraire de ce bon La Fontaine : je vous délivre la morale en premier et la fable ensuite !

Le héros de ma fable, c’est Louis de Funès, que l’été remet à l’honneur sur nos petits écrans, comme à peu près chaque année : cette fois, pour notre plus grand plaisir, nous avons droit aux Fantômas, films dans lesquels notre héros grimaçant partage la vedette avec Jean Marais.

Et c’est là que le bât blesse. Car s’il est une chose que de Funès n’a jamais bien supportée, c’est de partager la vedette. Passe encore quand il s’agissait de comédiens moins célèbres que lui, qui ne risquaient pas trop de lui faire de l’ombre. Mais, Jean Marais, c’était une tout autre pointure !

Du coup, dès le premier jour de tournage, la cohabitation sur les plateaux a viré à la guerre de tranchées entre les deux stars ; une ambiance que confirmait, il y a quelques jours, sur lefigaro.fr, Mylène Demongeot, qui incarnait Hélène Gurn, la belle photographe.

« Jean Marais n’aimait pas le personnage que Louis avait créé, celui du petit Français râleur, désagréable, obséquieux, hypocrite, se souvient-elle. Et puis, il y avait une incompatibilité de jeu entre les deux. De Funès, c’était du vif-argent, il était bon aux premières prises. Marais, il lui en fallait plusieurs. »

Désaccord professionnel auquel s’ajoute l’incompatibilité des caractères : pas étonnant que la guerre se soit déclarée et ait pris comme un feu de broussailles ! Une ambiance à couper au couteau que Mylène décrit aujourd’hui avec diplomatie : « Chacun faisait son truc. Ils ne débordaient pas de sympathie l’un pour l’autre. »

Louis de Funès avec Jean Marais dans
Louis de Funès avec Jean Marais dans "Fantômas"

Pénible

En fait, la seule chose qui les a empêchés d’aller au clash, c’est qu’ils étaient tous les deux très bien élevés. Mais, en ce qui concerne Louis de Funès, cette cuirasse du gentleman avait tendance à se lézarder dès qu’il avait l’impression d’une concurrence professionnelle un peu trop vive.

On a beau se dire que sa façon de tirer la couverture à lui venait de ce qu’il était un acteur profondément angoissé, sur le moment, ça devait tout de même être pénible pour ceux qui devaient jouer à ses côtés. Pénible, ce le fut pour Jean Gabin, aussi bien dans Le tatoué que, quelques années plus tôt, dans La traversée de Paris.

Agacé par son partenaire, qui ne cessait de demander des modifications du scénario afin d’étoffer son propre rôle, Gabin ne l’a jamais appelé autrement que « Le p’tit clown »… Mais le cas était particulier, dans la mesure où Gabin était une vedette encore plus importante que de Funès et que ce dernier, au fond de lui-même, l’admettait. Si bien qu’il finissait par faire « profil bas ».

Il en allait tout autrement lorsque Louis se retrouvait face à un comédien moins connu que lui, voire un débutant, en qui il décelait un talent exceptionnel risquant de lui faire de l’ombre. Jean Lefebvre en a fait l’amère expérience…

Lors de la première du film Le gendarme se marie, en octobre 1968, il constate que les scènes qu’il a tournées avec Geneviève Grad, alias Nicole Cruchot, ont été supprimées au montage. Il est furieux et le fait savoir ! Car, pour lui, aucun doute : c’est de Funès, jaloux de sa popularité, qui a fait « sucrer » les scènes en question !

Ce côté « vampire » était connu dans le milieu du cinéma. C’est ainsi que, se doutant qu’il allait être réduit au rôle de faire-valoir, Pierre Richard, en 1976, a préféré refuser le rôle du fils de Louis de Funès dans L’aile ou la cuisse. Il sera remplacé par un jeune comique de scène dont le pseudonyme est Coluche.

Ça démarre mal : la star, qui ne connaît que quelques sketches du nouveau venu, ne veut pas entendre parler de lui. D’autant moins que son épouse le trouve « vulgaire ». C’est son fils, Olivier, qui le fera changer d’avis. Cela n’empêche pas Louis, lors de leur première scène ensemble, d’éclater de rire au beau milieu ; comme ça, juste pour voir s’il peut déstabiliser ce jeune « blanc-bec »…

Eh bien, non, il n’y arrive pas ! Coluche encaisse, rebondit, se hisse au niveau de son terrible partenaire. Si bien que, rapidement, Louis est conquis : il a compris qu’ils sont de la même trempe. Et, quelque temps avant sa sortie, il exige du producteur, Christian Fechner, que Coluche ait son nom au haut de l’affiche, et en aussi grosses lettres que le sien !

Alors, homme pénible, Louis de Funès ? Oui, c’est indéniable, et plus souvent qu’à son tour ! Mais il pouvait aussi être le plus généreux des hommes.

Pierre-Marie Elstir

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