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Louis de Funès : Son “panthéon” fait un carton

Publié le 13 avril 2020

Depuis cet été, Saint-Raphaël rend hommage à Louis de Funès. L’un des comédiens les plus drôles du 7e art et propose une plongée aussi passionnante que divertissante dans son univers.

Avec son sourire et ses yeux pétillants, son portrait étalé sur la façade de son nouveau musée situé en face de la gare semble regarder le passant. Depuis son ouverture à Saint-Raphaël, le 31 juillet 2019, date à laquelle il aurait fêté ses 105 ans, ce nouveau lieu de la culture populaire a la cote : 56 000 visiteurs en ont déjà poussé les portes ! Un chiffre qui confirme l’intuition de Julia de Funès, la petite-fille de l’acteur, et de Frédéric Masquelier, le maire de la ville méditerranéenne, qu’il s’agissait de l’endroit idéal pour célébrer l’artiste aux 140 films. Depuis la ­fermeture du musée du Cellier, près de Nantes en 2016, la collection familiale était restée sagement à attendre chez Olivier de Funès une nouvelle destination. Finalement, le choix est apparu comme une évidence : à quelques mètres de là, Louis de Funès avait tourné une scène du Corniaud puis Le Gendarme et les Gendarmettes, sorti en 1982, peu avant son décès des suites d’un infarctus le 27 janvier 1983. L’acteur était un peu un enfant du pays.

Avec son équipe, la commissaire Clémentine Deroudille a tout fait pour que chacun passe un bon moment quel que soit son niveau de familiarité avec l’acteur, y compris les enfants. Plus de 350 documents sont présentés : des photographies de famille, de tournage et de films, des dessins de Louis de Funès lui-même, des lettres – dont une de Jean Anouilh –, mais aussi des extraits de longs-métrages, dont certains inconnus, et des archives de l’INA. « On y retrouve véritablement l’état d’esprit de mon grand-père, ça ne pouvait pas être mieux », a affirmé Julia de Funès lors de l’inauguration.

Musée Louis de Funès

À l’intérieur, l’espace se veut intime et feutré. Dès l’entrée le salon familial est reproduit. Avec un film super-huit et de vieilles photos de Louis, jeune, et de ses parents. Dont le papa a disparu tragiquement. Quelle émotion d’ailleurs de relire les lettres de l’orphelin à sa maman. La scénographie reprend les grandes étapes de la vie de l’acteur à commencer par son enfance. Lui, qui a grandi dans une famille d’immigrés espagnols fut d’abord fourreur, comptable, étalagiste et décorateur avant de s’intéresser à la comédie.

Il s’inscrit au cours Simon en 1942 mais n’y tient que quelques mois. Daniel Gélin, un ancien camarade de promo, qu’il retrouve par hasard dans le métro, lui propose un rôle dans une pièce. Louis de Funès découvre les planches. Il ne voudra plus les quitter ! De cabarets en pianos-bars, il se fait connaître aussi par son talent de pianiste. Il rencontre sa future femme, Jeanne, secrétaire du lieu où il prend des cours de perfectionnement de son nouveau métier d’acteur. Ensemble ils auront deux fils : Patrick, né en 1944, et Olivier, en 1949. Des photos montrent d’ailleurs à quel point l’artiste aimait les siens.


La visite se poursuit par une plongée dans les années 50 pendant lesquelles il tourna près d’une centaine de films. « Je ne cherchais pas le succès, je cherchais à bien faire », racontait-il. Il côtoie alors Sacha Guitry, avec lequel il travaille pour le cinéma et le théâtre, mais surtout il se lie d’amitié avec Colette Brosset et Robert Dhéry, créateurs de la troupe des Branquignols. Leur fantaisie et leur audace vont aider Louis à trouver sa voie. Et en 1957, à 43 ans, il obtient ses premiers rôles au cinéma (Taxi, roulotte et corrida, Comme un cheveu sur la soupe et Ni vu, ni connu). Dix ans plus tard, il est au sommet de la gloire.

Le musée met en avant cette période qui commence par trois immenses succès : Le Corniaud, Fantômas et Le Gendarme de Saint-Tropez. Son débit accéléré, ses mimiques, son art du burlesque et du grotesque font mouche. Dorénavant, les films se montent sur son seul nom et telle une star, il choisit ses techniciens et ses partenaires : Claude Gensac jouera sa femme dans une dizaine de films, son fils Olivier, Paul Préboist, Grosso et Modo et Michel Galabru le suivent très souvent à l’écran. Fidèle à ses réalisateurs fétiches, il tournera pour Gérard Oury dans quatre films, Le Corniaud, La Grande Vadrouille, La Folie des grandeurs et Les Aventures de Rabbi Jacob, avec André Hunebelle pour les trois Fantômas. La palme revient à Jean Girault qui lui offrira de jouer dans 17 films !

Sous un plafond de roses, on découvre un Louis de Funès passionné par l’écologie et le jardinage. Il aimait bêcher en récitant ses textes et en imaginant ses rôles. Après ses premiers accidents cardiaques (en 1975), il prit le temps de se ressourcer dans le parc du château de Cellier dans lequel sa femme avait grandi et qu’il avait racheté dans les années 60. « Si c’était à refaire, je ferais des études d’horticulture », répond-il à un journaliste venu lui rendre visite à cette période. « La seule chose qui vaille la peine, c’est la nature : c’est pour elle qu’il faut défiler dans la rue », répétait-il souvent. Ces derniers films reprennent d’ailleurs des thèmes qui lui sont chers : la malbouffe et l’industrialisation à excès avec L’Aile ou la Cuisse (1976) où il apparaît au côté de Coluche, la défense de la nature dans La Zizanie, avec Annie Girardot.

Tout au long du parcours, d’antiques téléphones permettent d’entendre la voix de l’acteur. Au creux de l’oreille du visiteur, il raconte des anecdotes de tournage, sa vision du métier et des confessions sur sa vie. Ça et là, son écriture capte le regard, elle apparaît notamment sur des scénarios et des carnets de travail qu’on prend plaisir à déchiffrer. Les derniers objets présentés font remonter les souvenirs : le chapeau de Rabbi Jacob, la bourse de L’Avare, le clap de La Grande Vadrouille et sa perruque de chef d’orchestre jusqu’au César d’honneur qu’il reçut des mains de Jerry Lewis en 1980.

Pour finir en beauté, des extraits de films sont présentés sur des télévisions d’époque. Quel plaisir de le voir encore une fois s’agiter sous nos yeux, faisant le pitre dans Le Corniaud, La Folie des grandeurs ou Rabbi Jacob ! Les scènes mythiques se succèdent, tout comme les répliques cultes. On sort du musée un brin nostalgique, avec l’envie irrépressible de faire durer le plaisir et de regarder encore une fois un de ses chefs-d’œuvre.
 

Carnet pratique

30 avril : du mardi au samedi de 10 h à 17 h, et le dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
Les horaires sont ensuite élargis aux beaux jours.

Entrée Plein tarif : 6 €, tarif groupe : 4 € par personne (minimum 10), gratuit pour les moins de 18 ans, les étudiants âgés de moins de 26 ans, les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires des minima sociaux.

Louis de Funès en chiffres

  • Plus de 140 films.
  • Plus de 270 millions de personnes en salles.
  • Plus de 400 millions de téléspectateurs en France.

Quand un gendarme rit !

Si vous êtes en balade dans la région, allez aussi faire un tour au musée de la gendarmerie et du cinéma de
Saint-Tropez ! Vous serez accueilli par le maréchal des logis-chef Cruchot et pourrez admirer la reconstitution des célèbres bureaux occupés par Michel Galabru, Jean Lefebvre et toute la bande.
Ne manquez pas non plus le scénario original du 7e opus du Gendarme qui n’a jamais vu le jour, Louis de Funès étant disparu trop tôt.

•Plein tarif : 4 €, horaires de 10 h à 17 h jusqu’au 31 mars, puis jusqu’à 18 h, www.saint-tropez.fr.

Julie BOUCHER

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