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Madame Claude : Qui était-elle vraiment ?

Publié le 18 avril 2021

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Disparue en 2015, Madame Claude, la célèbre mère maquerelle, revient dans un film qui relate sa vie. L'occasion de mettre en lumière l'incroyable destin de cette femme de l'ombre…

Madame Claude, Fernande Grudet de son vrai nom, avait banni de son vocabulaire le mot « prostitution », terme bien trop vulgaire. Elle préférait parler d'« échanges de bons services ». « Je prenais une commission comme une agence de mannequins. Je faisais mon travail – très bien – et elles le leur – souvent bien », déclarait-elle.


L'illustre proxénète s'était éteinte à 92 ans dans un hôpital de Nice en 2015 dans le plus complet anonymat. Plus de vingt ans après la fin de ses déboires judiciaires, la vieille dame vivait recluse sur la Côte d'Azur. Elle n'aura jamais revu sa fille avec qui elle s'était fâchée à mort. Après son incarcération pendant six mois, en 1992, à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), depuis sa libération, elle n'aspirait plus qu'à la tranquillité dans un minuscule appartement qu'elle louait grâce à sa modeste retraite.

Ah ! qu'il semblait loin le temps où, de son hôtel particulier du XVIe arrondissement débordant de tableaux et d'objets d'art, Madame Claude régnait sur l'un des plus importants réseaux de prostitution de luxe de la planète !

Jusqu'à la fin des années 70, Fernande aura réussi à glisser de jolies jeunes femmes dans les draps des grands de ce monde en s'attirant la bienveillance de la Brigade mondaine et des services de renseignement en échange de quelques tuyaux. Très coopérative, elle leur fournissait ce qu'on appelait à ce moment-là dans le jargon un « oreiller ». Comprenez une professionnelle du sexe assez maligne pour faire parler à l'horizontal l'homme puissant qui monnayait ses services. Dans son fichier de clients : le shah d'Iran, John Kennedy, Kadhafi, Aristote Onassis, Gianni Agnelli… « Mon métier consiste à rendre le vice joli », affirmait cette sulfureuse personnalité.

Tombée en disgrâce en 1976 alors que le juge Bruguière démantelait le réseau, perdant les faveurs et la protection des plus hautes autorités de l'État, Madame Claude se réfugie alors à Los Angeles où elle épouse un barman homosexuel pour obtenir la carte verte. Dénoncée aux services de l'immigration, elle rentre en France en 1985. Poursuivie par le fisc, elle se voit infliger quatre mois de prison, puis, après avoir remonté un réseau de prostitution, elle est de nouveau condamnée en 1992 pour proxénétisme aggravé, ce qui lui vaut six mois ferme d'incarcération.

Avec son allure de grande bourgeoise apprêtée, hautaine et distante, cette créature très chabrolienne était un peu le feu sous la glace. La prostitution, elle s'y était attelée dans sa jeunesse, mais elle avait abandonné car elle n'aimait pas « coucher » préférant de loin les affaires. Lorsqu'elle recrutait une « petite », tout commençait par un relooking. Claude la métamorphosait en une fille belle et raffinée jusqu'au bout des ongles, quitte à la faire passer entre les mains d'un chirurgien esthétique. « Tout est arrangeable, le nez, les yeux, les dents, les seins. Non, vraiment, le physique ce n'est pas grave si la base est bonne », concédait-elle. Mais elle se montrait intransigeante avec l'intelligence et la bonne éducation : « Pour meubler toute une soirée ou tout un week-end, pouvoir parler de la femme de Louis XV ou du désert de Gobi, ça sert ! » D'ailleurs, ses protégées étaient souvent des filles de très bonne famille. « Une fois par semaine, je leur faisais “réciter leur leçon” », racontait-elle.

Dans ses mémoires « Allô, oui, » ou les mémoires de Madame Claude, paru en 1975, elle s'était inventée des origines bourgeoises. En réalité, son enfance aurait pu inspirer un roman à Émile Zola. Née en 1923, elle est la fille de tenanciers de bistrot à Angers. Son père vend des sandwiches à la gare pour arrondir les fins de mois. Inscrite dans des écoles catholiques, elle est élève à l'institution Jeanne-d'Arc, puis à l'Immaculée-Conception d'Angers. À 18 ans, Fernande perd sa sœur d'un an son aînée et, quelques années plus tard, en 1941, elle enterrera son papa qui a succombé à un cancer du larynx à 58 ans. Ne lui reste plus que sa mère qui se débat avec de gros soucis d'argent…

Fernande, qui a accouché d'une petite fille dont le père s'est envolé, s'installe à Paris. Très vite, la jeune femme s'affranchit et fréquente les milieux du banditisme. Après avoir monnayé ses charmes, elle monte à la fin des années 50 son entreprise de prostitution de luxe qu'elle anime par téléphone depuis son appartement de la rue Marignan, dans le VIIIe arrondissement, d'où le terme call-girl. Ces prestations de haut vol sont réservées aux hommes qui ont les moyens de payer ses filles qui travaillent dans une maison close située au 32 rue de Boulainvilliers dans le XVIe . Pendant vingt ans, elle va régner sur cinq cents escorts.

Elle louera des appartements dans la capitale où défilent ses call-girls habillées chez les grands couturiers. « Claude réglait toutes les factures, Dior, Vuitton, les coiffeurs, les médecins ; et les filles devaient ensuite travailler pour la rembourser », expliquait Françoise Fabian qui avait incarné Fernande Grudet en 1977 dans le film Madame Claude de Just Jaeckin, long-métrage érotico-chic qui sera suivi d'un second volet en 1981 avec Alexandra Stewart dans le rôle de la proxénète.

Toujours à la recherche de nouvelles recrues, il lui arrivait de « caster » des man-nequins ou des actrices en devenir. On mur-mure que Mireille Darc aurait travaillé pour elle… La comédienne n'a d'ailleurs jamais clairement démenti.

Le biopic consacré à la proxénète, réalisé par Sylvie Verheyde, débarque ce 2 avril sur Netflix avec, dans le rôle de la « maquerelle de la République », l'actrice Karole Rocher. Un film de gangsters dans lequel l'illustre tenancière fait figure de femme sans scrupules. Cette vraie méchante cachait de nombreuses fêlures que la compagne de l'humoriste Thomas Ngijol a eu un plaisir fou à jouer, comme elle vient de le confier à Paris Match : « J'avais très envie d'incarner ce gangster au féminin. Elle a raté sa vie de mère, sa vie sentimentale… Ce manque d'amour a contribué, je pense, à forger sa personnalité dysfonctionnelle. Des fêlures passionnantes pour une comédienne… »

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Valérie EDMOND

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