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Mambo : Le miraculé !

Publié le 10 juin 2018

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Victime d’un acte barbare en 2009, Mambo aurait dû mourir des suites de ses blessures. Nous lui avons rendu visite chez lui, dans les Pyrénées-Orientales…

En apparence, Espira-de-l’Agly a tout du village idéal : de jolies maisons, des ruelles où il fait bon flâner, le tout sous un soleil présent une grande partie de l’année.

Qui pourrait croire que cette commune des Pyrénées-Orientales, située non loin de Perpignan, a été le théâtre d’un acte barbare d’une cruauté inouïe ?

La victime de cet effroyable fait divers survenu dans la soirée du 10 août 2009, n’est autre qu’un petit croisé pinscher qui a eu le malheur de trouver sur sa route une bande de jeunes désœuvrés.

Parmi eux, un adolescent de 17 ans, bien connu des habitants, toujours à la recherche d’un mauvais coup.

Ivre et sous l’emprise de produits stupéfiants, il décide dans son délire de s’en prendre à ce chien errant.

Aussi horrible que cela puisse paraître, il asperge sa victime d’essence pendant que sa complice, une femme de 22 ans, maintient fermement l’animal pour l’empêcher de s’échapper.

Et le bourreau met le feu au supplicié.

Un jeune homme qui passait par là assiste à la scène et prévient aussitôt sa maman.

Celle-ci alerte ensuite Dany Goizé, connue dans la commune pour son engagement auprès de la SPA.

Et l’infirmière part sur-le-champ à la recherche de l’animal.

Poulet rôti

Une quête qu’elle n’oubliera jamais. Près de neuf ans après, l’émotion est encore vive, et c’est au bord des larmes qu’elle raconte cette nuit cauchemardesque : « Avec René, mon mari, nous l’avons cherché pendant des heures. À un moment, il est passé tout près de nous, il fumait littéralement, c’était atroce. J’ai aperçu sa peau en lambeaux, mais, malheureusement, nous n’avons pas pu l’attraper. Nous sommes rentrés chez nous désespérés. Inutile de vous dire que nous n’avons pas du tout dormi. On est restés prostrés sur le canapé en attendant que le jour se lève pour filer à la SPA, où j’étais à ce moment-là enquêtrice, pour leur demander de l’aide. »

Heureusement, le lendemain matin, le chien est retrouvé par des habitants du village, dans un piteux état mais encore vivant.

Dany le conduit immédiatement chez un vétérinaire de ses connaissances, Christian Sournia, qui le prend aussitôt en charge.

Elle précise : « Au téléphone, je l’avais prévenu : “C’est un poulet rôti que tu vas récupérer !” Lui avait déjà tout prévu pour l’euthanasier… »

Soins intensifs

Mais c’est lorsque le chien arrive au dispensaire que le miracle se produit.

En croisant le regard du pinscher, le vétérinaire discerne au fond de lui la volonté de s’en sortir.

Non, il en est sûr, ce chien n’est pas encore prêt à mourir.

Ses yeux implorants semblent lui dire : « Non, je ne veux pas partir. »

Brûlé à 70 %, il est alors anesthésié et placé sous morphine.

La pauvre bête restera six mois en soins intensifs au dispensaire.

Sa bienfaitrice s’en souvient comme si c’était hier : « Nous allions le voir tous les jours, nous lui parlions, et lui remuait le bout de queue qu’il lui restait. Il s’est créé entre nous un lien extraordinaire. »

En dépit des graves blessures du chien, Dany souhaite l’adopter, car, malgré toutes les annonces passées dans les journaux locaux et les affichettes collées ici et là, personne ne le réclame.

« J’ai dit au vétérinaire : “S’il s’en sort, je le prends.” Mais je ne me doutais pas qu’il allait si bien se remettre ! Je pensais qu’il resterait handicapé. J’avais prévu tout un attirail pour le promener, comme une poussette d’enfant… »

Il faut au miraculé un nom. Ce sera Mambo, car cette amie du genre animal, également chanteuse dans un orchestre, a la danse dans la peau.

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, le chien, véritable force de la nature, va, non seulement survivre, mais aussi retrouver toute la vitalité d’un toutou de son âge.

Au fil du temps, il va récupérer toutes ses facultés jusqu’à devenir ce compagnon à quatre pattes plein d’entrain, sociable et dynamique, jamais le dernier pour jouer avec Boogie, l’autre chien de la maisonnée, un labrit croisé bichon, récupéré dans un refuge.

Choyé par cette ancienne infirmière à l’hôpital de Perpignan, il ne garde que peu de séquelles physiques du drame qu’il a traversé, si ce n’est une zone dépourvue de poils entre ses deux pattes arrière, qui saigne de temps à autre.

Dans ces cas-là, Dany, attentive au moindre problème, s’occupe de tout.

Un peu de pommade cicatrisante et Mambo peut repartir, comme tous les matins, crapahuter dans les vignes avec René.

Il faut dire que cette femme de caractère a tout de suite pris les choses en main dès que le miraculé est sorti de l’hôpital.

Durant un mois, elle a paré au plus pressé, effectuant avec amour ses nombreux pansements avant qu’il ne reparte dans une clinique vétérinaire à Perpignan pour être greffé, notamment entre les pattes arrière, là où, aujourd’hui, son épiderme peine à se reconstituer.

Puis, après ce long parcours du combattant, il s’est installé chez ses nouveaux maîtres qui avaient tout préparé pour l’accueillir. Peluches, panier, coussins, couette, c’est dans ce nid douillet que le grand brûlé va tranquillement récupérer.

Maintenant, dans cette maison du bonheur, assortie d’un vaste jardin, Mambo est un peu devenu le roi.

« Je le dorlote comme un bébé, confie sa bonne fée. Heureusement, son bourreau a déménagé. »

Mineur à l’époque des faits, il a écopé d’une peine d’un an de prison dont deux mois ferme. Sa complice, elle, a été condamnée à six mois de détention ferme.

À l’intérieur de la coquette maison, s’entassent les classeurs qui compilent les articles consacrés à Mambo.

Car le miraculé est devenu un symbole de la maltraitance faite aux animaux.

Une icône !

En découvrant dans la presse cette terrible histoire, des célébrités se sont même manifestées.

Dave, Dany Saval, Amel Bent, Alain Chamfort et même Alain Delon ont tenu à lui témoigner leur soutien.

En grand amoureux des chiens, le Samouraï ne rate jamais une occasion de venir prendre Mambo dans ses bras.

Une immense fierté pour Dany, qui a affiché sur les murs des photos de cette étreinte inoubliable.

Depuis, le couple Goizé a même écrit à quatre mains un livre pour relater leur aventure et dénoncer la cruauté que certains êtres pervers infligent aux animaux : Mambo, chien martyr. De l’enfer au paradis.

Appel aux dons

Ils consacrent désormais toute leur énergie à se battre pour que cessent de telles atrocités.

L’infirmière dévouée et son époux, ancien inspecteur de police, tous deux à la retraite, ont, en 2016, voulu créer une structure capable de débusquer les cas de cruauté envers les animaux.

Appelée l’Asema, l’Association service enquête maltraitance animale tourne depuis à plein régime.

Grâce à ses 35 bénévoles, dont une avocate, et avec l’aide précieuse de leurs deux enfants, Isabelle, 45 ans, agent de sécurité, et Christophe, 49 ans, technicien et guide de haute montagne, cette « brigade » traque sans relâche les auteurs de telles ignominies pour les faire traduire devant les tribunaux.

Se basant sur les déclarations de témoins qui les contactent via leur site internet ou par téléphone, ils se rendent aussitôt sur place pour constater l’ampleur des dégâts et tenter d’y remédier.

Ils ont ainsi sauvé une trentaine de lévriers squelettiques, retrouvés affamés dans une propriété à Fitou, dans l’Aude.

Et cet âne qui ne pouvait même plus marcher, ses sabots n’ayant pas été rabotés depuis des années.

« Ses sabots démesurés se recourbaient vers le ciel, lui causant des douleurs extrêmes. C’était inimaginable », précisent les Goizé.

Les bêtes maltraitées sont rapidement placées en sécurité dans des refuges et leurs maîtres interpellés par les gendarmes.

« Mais nous manquons de moyens, précise Dany. Par exemple, on aimerait bien récupérer gratuitement un véhicule utilitaire qui nous permettrait de transporter les animaux correctement, avec des cages, des couvertures… Pour le moment, je me débrouille avec ma voiture qui est, à chaque fois, envahie par les puces et les tiques, car ces bêtes en détresse ne sont en général pas traitées. Je lance de fait un appel aux dons aux lecteurs de France Dimanche ! »

Chaque mission réussie est une petite victoire pour Dany qui, à 67 ans, ne manque pas d’énergie pour venir en aide à ces victimes de la barbarie humaine.

Cette femme de cœur et de dévouement serait digne d’être décorée de l’ordre national du Mérite…

Pas moins !

Sophie MARION

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