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Manuel Valls : Sa sœur, sa douleur

Publié le 7 juin 2013

Seulement seize mois les séparent mais leurs vies ne se ressemblent en rien. Accro à l’héroïne, Giovanna a connu la prison et la séropositivité…

C’est l’histoire de deux trajectoires. Celle d’une ascension fantastique, intimement liée à une chute vertigineuse. Celle d’un frère et d’une sœur qui s’aiment profondément, mais qui se retrouvent aux antipodes l’un de l’autre. L’histoire de Manuel Valls, actuel ministre de l’Intérieur, et de sa petite sœur Giovanna, rescapée d’une descente aux enfers qui aurait pu lui coûter la vie.

Dans leur livre Manuel Valls, les secrets d’un destin, publié aux Éditions du Moment, Jacques Hennen et Gilles Verdez lèvent le voile sur la plus grande blessure du premier flic de France. En rencontrant les protagonistes de cette saga familiale, les deux journalistes sont parvenus à dresser un portrait unique de l’ancien maire d’Évry (2001-2012).

Démons

De ses débuts en politique, à seulement 17 ans, en passant par ses premiers mandats, jusqu’à ses rêves présidentiels, cet ouvrage décrypte l’histoire du fils de Xavier Valls, célèbre peintre catalan disparu en 2006. Selon ses auteurs, ce serait le drame de sa sœur, cette « douleur indicible », qui aurait façonné certains aspects de la personnalité de Manuel. S’il se livre peu, cette blessure y est pour beaucoup. Car pendant qu’il poursuivait sa carrière politique qui allait le conduire vers les sommets de l’État, Giovanna, de seize mois sa cadette, plongeait dans les abîmes de la drogue, de la maladie et même de la prison…

Depuis la maison familiale où elle vit, à Horta, en Espagne, elle a accepté de témoigner pour la première fois. « J’avais 20 ans quand un homme m’a fait du mal. Et j’ai eu la malchance en 1984 de me retrouver devant une ligne d’héroïne aussi longue qu’un serpent. C’était la première drogue que j’ingérais. L’héroïne a accroché mes neurones. ça a duré neuf mois. J’ai eu envie de vivre, alors j’ai quitté Paris en août 1985 pour me désintoxiquer. Je devais m’éloigner de ce qui me tuait petit à petit », confie-t-elle aux auteurs. Mais lorsqu’elle s’installe à Barcelone, ses démons continuent de la hanter…

Son frère, qui était alors attaché parlementaire du député de l’Ardèche, n’a rien oublié de cette sombre période : « On a cru que ça allait bien se passer […] En fait, non. Cela a été très difficile avec des périodes de rémission, mais le corps ne suivait pas. Elle sombrait. » À force de soins, de courage et de volonté, Giovanna finit néanmoins par décrocher. Jusqu’à un nouvel échec sentimental qui la fait à nouveau craquer.

Alors âgée de 35 ans, elle vit avec un alcoolique qui n’a de cesse de la battre et de l’humilier. En désespoir de cause, la malheureuse va dans un « supermarché » de la drogue où l’un des dealers lui fait un shoot dans le bras. Une soirée en enfer qui aurait pu être sa dernière : victime d’une overdose, elle finit sa nuit à l’hôpital.

« Je suis devenue junkie, marginale, un fantôme », se souvient la sœur du ministre. Pour survivre, elle vole des vêtements avant de les revendre. Interpellée par la police, et incapable de payer les amendes qui lui sont réclamées, elle fait plusieurs séjours en prison : cinq mois au total. Et comme si la dépendance à la drogue et l’incarcération ne suffisaient pas à son malheur, le verdict de ses analyses sanguines lui porte le coup de grâce… « J’ai reçu les résultats, ma mère était là. J’ai compris que j’étais infectée par le sida et l’hépatite C. J’ai pris cela froidement », ajoute-t-elle.

Mais, à l’image de son frère, Giovanna reste une battante, capable de se transcender pour atteindre son objectif. Et, en 2004, après vingt-cinq années de souffrances, elle décide de reprendre cette vie que la drogue lui a volée. « Il n’y a que moi qui pouvais décider de vivre ou de mourir […] J’ai décidé de vivre. Pour ma mère, pour mon père. Pour Manuel, qui est alors venu me voir avec Nathalie [sa première épouse, ndlr], pour ses quatre enfants […] Leur visite m’a transmis la force que j’ai alors trouvée en moi-même. Manuel a tenu ma main et m’a dit : “Fais quelque chose” ».

Ces quelques mots l’aident à retrouver la force de se battre. Car malgré leurs itinéraires si différents, Manuel et Giovanna n’ont jamais coupé les ponts. À Noël, à Pâques, lors des fêtes familiales et dès qu’ils le peuvent, ils se rejoignent toujours.

Renaissance

Un lien inaltérable qui ne surprend pas Luisa, leur maman, pour qui il existe peu de différences entre eux, même si leurs chemins se sont séparés à l’adolescence, mais qui constate cependant que Manuel a beaucoup souffert de la situation de Giovanna. Reste que depuis huit ans, cette dernière est guérie. Elle a jeté ses seringues, soigne sa maladie au quotidien et a même retrouvé l’amour… Et en 2006, lorsque la jeune femme n’était encore qu’au début de sa renaissance, elle a trouvé les ressources nécessaires pour assister un être cher dans ses derniers instants.

Un épisode que Manuel Valls évoque avec émotion : « Le plus beau, c’est que Giovanna s’est occupée de mon père alors qu’il était en train de partir. Son cancer est allé très vite. Elle a été merveilleuse avec lui. J’ai vu mon père une semaine avant sa mort et il m’a dit : “Tu as vu comment ta sœur a été formidable avec moi ?” »

On comprend donc mieux pourquoi le ministre a fait du combat contre la drogue son cheval de bataille. Et il sait qu’aucune de ses victoires politiques, ne sera aussi belle que le combat remporté par Giovanna…

Propos recueilli par Florian Anselme

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