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Manuel Wackenheim : “Mimie Mathy, le drame de ma vie"

Publié le 28 février 2014

Pour une fois, la croisade de Joséphine aura détruit la vie d’une personne. Celle de Manu, “Mister Skyman”, aujourd’hui au RSA après la campagne de l’actrice contre le � lancer de nain�.

En ce jour de février, il pleut des cordes à Sarreguemines… Réputée dans le monde entier pour ses faïences, cette cité lorraine, située à la frontière franco-allemande, s’est aussi fait connaître dans les années 90 grâce à une personnalité pour le moins atypique : Manuel Wackenheim, le seul nain d’Europe à s’être fait… lancer !

Intrigués par cette étrange pratique, interdite en France depuis 1995, nous sommes allés à la rencontre de celui qui se faisait appeler « Mister Skyman » au temps de ce qu’il faut bien appeler son âge d’or ! Rendez-vous a été fixé dans l’artère piétonne du centre-ville, au Central café, son repaire. Cigarette roulée à la bouche, il nous attend devant l’entrée du bar, à l’abri de la pluie, en compagnie de Karim, un ami de très longue date.

À l’intérieur, l’ambiance est bon enfant. Les autres clients ont l’habitude de voir défiler les journalistes. Après avoir salué les uns et les autres d’un sourire ou d’une tape amicale, Manu commande une tournée de bières, avant de déclarer : « Je n’ai que des bons souvenirs de cette période “lancer de nain”. N’en déplaise à certains, j’ai vécu deux années de véritable bonheur. »

Son aventure a commencé par hasard, au début des années 90, lorsque le jeune homme a rencontré Jean-Pierre Speidel, organisateur de spectacles qui fut notamment manager de Lolo Ferrari. Ce dernier était à la recherche d’une personne de petite taille pour un show unique en Europe. Sans emploi, Manuel, 1,18 m, saute sur l’occasion. Le voilà embarqué, à 24 ans, dans une tournée qui lui permet de mener la grande vie.

« C’était génial, raconte-t-il avec nostalgie. On faisait trois spectacles par semaine, je voyageais sans cesse. Ça m’a permis d’aller dans des coins de France où je n’aurai certainement plus jamais la chance de me rendre. J’avais aussi un pied-à-terre de 200 m2, place Masséna, à Nice. Je gagnais très bien ma vie. C’était ma période de gloire. »

À 47 ans, l’homme regrette amèrement cette époque. Son spectacle faisait fureur dans les boîtes de nuit, et même parfois sur la plage de Saint-Tropez. Casqué et équipé d’un harnais, il encourageait ceux qui le souhaitaient à le jeter à bout de bras le plus loin possible. Après un vol plané de quelques secondes, « Skyman » atterrissait sur un matelas de 80 cm d’épaisseur. Jamais il n’oubliera son record de 3,92 m, à Carpentras.

Galère

De sa toute dernière représentation, à Lille, il garde également un souvenir ému : « Avec une foule en délire, des filles qui scandaient mon nom, une habilleuse, un présentateur et un chauffeur à ma disposition… J’étais vraiment l’homme le plus heureux du monde ! » Mais, dès 1991, le bonheur de Manu commence à s’assombrir à cause d’un arrêté municipal contre la pratique du lancer de nain de la mairie de Morsang-sur-Orge (91), considérant le respect de la dignité de la personne humaine comme composante de l’ordre public.

Malgré l’aide d’un avocat, Manu a dû se résoudre à ranger définitivement son costume au placard. Vingt-trois ans plus tard, l’ex-héros des discothèques en veut encore à ceux qui ont appliqué ce décret, aux associations de personnes de petite taille, mais aussi et surtout à une certaine Mimie Mathy !

« Quand je la vois à la télévision, je zappe aussitôt ! C’est quand même en grande partie à cause d’elle que je suis en galère aujourd’hui. Peut-être voulait-elle être la seule naine célèbre de France… Toujours est-il qu’elle a osé en remettre récemment une couche dans les médias. Ça me rend dingue ! »

Selon la comédienne, cette pratique, qui existe pourtant encore dans certains États d’Amérique du Nord et en Australie, aurait forcément conduit à une dérive : « À ce compte-là, il n’y a plus de limites, vient-elle de déclarer dans L’Est républicain. On peut s’amuser à lancer des non-voyants sur des bouts de verre, à lancer des handicapés… Pour moi, il y a en tout cas d’autres solutions pour s’en sortir que d’être ridicule et dans une situation dégradante. »

Rejeté

Des propos qui mettent Manuel hors de lui : « Est-ce que, moi, je me permets de dire que Joséphine, ange gardien, c’est nul ? Ça ne m’empêche toutefois pas de le penser… Pour moi, ce qui est dégradant et humiliant, c’est plutôt de ne pas avoir de travail. Cette femme m’a enfoncé comme un clou. Elle m’a véritablement cassé, bouffé, ruiné. Tandis qu’elle gagne des millions d’euros par an, moi je ne touche que le RSA… Elle m’a empêché d’exister.

En fait, je pense qu’elle doit avoir peur qu’on lui vole la vedette. Je sais qu’en déclarant tout ça je risque de m’attirer des ennuis, mais peu importe ! J’ai trop souffert à cause d’elle. Aujourd’hui, ça me fait du bien de pouvoir dire ce que j’aurais dû sortir à l’époque, lorsqu’on s’était croisés dans une émission de Christophe Dechavanne. Je me souviens qu’elle était montée sur ses grands chevaux. J’avais beau lui expliquer que j’étais très content de mon sort, elle ne voulait rien entendre. C’est regrettable. »

Karim, son ami, renchérit : « Mimie Mathy a mis en l’air la vie de mon pote. Ça ne se fait pas, d’enlever le pain de la bouche de quelqu’un, comme ça. Je comprends pas pourquoi on lui a fait ça alors qu’on laisse bien un Passe-Partout vivre de sa petite taille. S’est-elle seulement demandé comment il prenait la chose ? A-t-elle cherché à le voir pour en discuter ? Je peux vous garantir que Manu est quelqu’un de très épanoui, qui pratiquait tout simplement un sport au même titre qu’un cascadeur ou qu’un catcheur… Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le L’équipe magazine s’est intéressé à son cas. »

Désormais, après s’être essayé à la comédie et avoir ouvert un bar qui a fermé au bout de quatre ans, Manu survit plus qu’il ne vit. Trop souvent rejeté à cause de sa petite taille, il a dû se résoudre à retourner vivre chez sa mère, ancienne femme de ménage âgée de 80 ans. Mais il peut néanmoins compter sur quelques amis fidèles, comme Karim, qui conclut : « Manu était notre star à Sarreguemines. C’est bien triste, ce qui s’est passé. Mais quoi qu’il arrive, il restera à nos yeux un grand bonhomme ! »

Philippe Callewaert

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