France Dimanche > Actualités > Marcel Amont : “Tant que j’aurai de l’énergie, je continuerai !”

Actualités

Marcel Amont : “Tant que j’aurai de l’énergie, je continuerai !”

Publié le 17 novembre 2019

.photos:bestimage
© BESTIMAGE Marcel Amont

À 90 ans, Marcel Amont sort un nouveau livre écrit à quatre mains avec son fils. Le plus Mexicain des Pyrénéens nous raconte une vie de passion.

Confortablement installé dans le canapé de la maison qui a vu grandir ses enfants, cet artiste de renom nous reçoit le sourire aux lèvres. Autour de lui, les photos d’une vie, faite de musique, de fantaisie et d’amour constellent les murs. D’aussi loin qu’il se souvienne, cet enfant des Pyrénées a toujours aimé se donner en spectacle. À l’aube de sa neuvième décennie, cette passion brûlante, devenue à la fois son métier et sa vie, continue de l’animer. Après être revenu sur le devant de la scène pour célébrer au détour d’une tournée événement ses soixante-dix ans de carrière, Marcel Amont, auteur prolifique qui ne se revendique pas comme tel, se conte et se raconte dans son dixième livre, Les coulisses de ma vie. Une œuvre qui signe un renouveau puisqu’il s’agit du premier ouvrage coécrit avec son benjamin, Mathias, qui fût le témoin privilégié de la vocation de son père.

France Dimanche : Comment allez-vous, Marcel Amont ?
Marcel Amont : Depuis un an et demi, je n’arrête pas ! Il y a eu le disque de duo avec Maxime Le Forestier, Charles Aznavour, mon fils et tant d’autres, ma tournée de spectacles Marcel raconte Amont… Je ne remplis plus le Zénith ou l’Olympia mais des salles convenables. Si j’ai encore beaucoup d’énergie, je n’ai, par contre, jamais eu beaucoup de santé ! Depuis mon séjour d’un an dans un sanatorium à cause d’un joli trou dans le poumon, quand j’avais 25 ans, je fais très attention. Si j’avais mangé, bu ou m’étais gaspillé à l’excès, je ne pense pas que je serai encore-là. Certaines de mes chansons comme La carriole espagnole ou Le Marathon sont d’ailleurs devenues trop difficiles à interpréter. Je ne peux plus courir huit minutes en chantant sur scène… mais tant qu’il me restera un peu d’énergie, je continuerai !

FD : Qu’est-ce qui vous pousse à vous raconter une nouvelle fois ?
MA : Dans ce métier, le pire peut arriver. Le meilleur aussi. Je fais un métier merveilleux. Dieu merci. Cela fait soixante-dix ans que j’ai abandonné mes études d’enseignant pour devenir artiste ! Une fois arrivé au sommet pourtant, il y a toujours des pièges dans lesquels on peut tomber. J’ai quelques traversées du désert à mon actif. Du haut de mon grand âge, je cherche à raconter l’expérience que j’ai tirée de cette carrière imprévue qui a été la mienne. Comme j’ai encore le nez dans le guidon, j’ai souhaité que mon fils, Mathias, m’aide à prendre du recul et il a accepté. Le mot de la fin lui appartient par exemple. Il raconte l’histoire de Marcelou qui rêve de devenir artiste et qui rencontre, une nuit, le Marcel Amont d’aujourd’hui. À partir de ce moment-là, le petit garçon est sûr que les contes de fées existent.


France Dimanche : Vous n’étiez, en effet, pas destiné à devenir un artiste !
MA : Avant de s’installer à Bordeaux, mes parents étaient des petits paysans de la vallée d’Aspe, dans les Pyrénées. Malgré leur précarité, ces gens merveilleux ont voulu me donner tout ce qu’ils n’avaient pas eu. Ils souhaitaient que je devienne professeur. Une fois le bac en poche, je me suis inscrit en cachette au conservatoire d’art dramatique, au lieu de rentrer à l’école normale. Pourtant, j’ai dû rapidement cracher le morceau… Mon père m’avait dit à l’époque : « Et tu te figures qu’on va te payer pour chanter des conneries ! ». Ma mère, plus intuitive, lui avait répondu : « Oh, si, c’est sa vocation… ». Je suis arrivé à Paris en 1951, et j’ai enregistré mon premier album en 1956. Au passage, j’ai payé le prix de ma précarité en passant un an dans un centre de santé. J’ai donc considérablement ramé. Mais plus tard, j’ai eu le bonheur que mes parents me voient en tête d’affiche. J’ai pu leur prouver que leur fils n’était ni un imbécile ni un faignant. De cela, ils en étaient persuadés.

France Dimanche : Fils d’une aide soignante et d’un ouvrier, d’où vous vient cette passion pour le spectacle ?
MA : Je peux le dire sans rougir : j’ai toujours aimé faire l’andouille. Dans la famille, il y a toujours un bout en train. Et bien, c’était moi. Mais cela ne se cantonnait pas aux repas de famille. À l’école aussi, je faisais le pitre et j’avais un certain succès. Il faut dire que de 10 à 15 ans, j’ai subi les bombardements… Bordeaux était une ville occupée. La base allemande était là. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de remarquer que l’une des manières de désamorcer l’angoisse était de faire l’imbécile. Rire sous les bombes, faute de mieux, nous aidait à apaiser les peurs. En plus de ma nature, je pense que c’est l’un des éléments qui m’a poussé sur cette voie.

France Dimanche : En plus de la passion pour votre métier, vous vivez une histoire d’amour qui dure depuis quarante-trois ans !
MA : À partir du moment où j’ai rencontré Marlène, j’ai commencé à réussir ma vie personnelle, en plus de ma carrière artistique. À l’époque, j’avais 47 ans et j’avais déjà deux grands enfants. J’avais été invité à la Fédération nationale du bâtiment où elle travaillait en tant que chef de produit. Là j’ai louché sur cette jolie jeune femme de 17 ans ma cadette. Je lui ai fait une cour assidue ! Pour lui prouver mon sérieux, je lui ai proposé de l’épouser à la Mairie. Pour moi, elle a dû quitter à contrecœur son métier. J’avais une lourde charge sur les épaules ! Au bout de vingt ans d’union, je lui ai dit : « Notre mariage a été un peu expédié. Je ne suis pas pratiquant mais si tu veux je t’épouse à l’Église. » Ça a été la grande fête au village ! 

France Dimanche : Cela fait maintenant un an que votre ami Charles Aznavour est décédé… Comment avez-vous vécu sa disparition ?
MA : Quand je suis arrivé à Paris, nous sommes très vite devenus copains… Il m’a donné Le Mexicain qui est devenu l’un de mes plus gros tubes. Le dernier enregistrement qu’il a fait, c’était d’ailleurs un duo avec moi sur cette chanson pour mon album [Par-dessus l’épaule, sorti en 2018, ndlr.]. J’ai pris sa disparition en pleine gueule. Étant donné qu’il continuait à se produire aux quatre coins de la planète, je ne pouvais pas m’imaginer que c’était la dernière fois que je le voyais… Le 1er octobre, à l’anniversaire de sa mort, j’ai eu bien plus qu’une pensée pour lui. Alors que je vois tous mes amis qui disparaissent les uns après les autres, je m’émerveille d’être encore-là, de voir ma famille grandir et de continuer à vivre des moments inespérés. Travailler avec l’un de mes enfants, par exemple, je ne l’avais jamais fait. Ça a été une joie sans égale.

Julia NEUVILLE

À découvrir