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Marcel Azzola : L’accordéon pleure sa légende !

Publié le 4 février 2019

De Piaf à Barbara, en passant par Brel, Marcel Azzolaa accompagné les plus grands de la chanson française…

Avec son accordéon magique, il était aux côtés des géants de la chanson française, tels que Piaf, Brel, Barbara, Montand, Mouloudji… Le 21 janvier, à l’âge de 91 ans, Marcel Azzola les a rejoints au firmament des artistes. C’est sa compagne, la pianiste et violoniste Lina Bossatti, avec qui il se produisait en duo, qui a annoncé la triste nouvelle, expliquant : « Son cœur a lâché ».

Avec lui, c’est tout un monde qui disparaît. Mais ce grand musicien aura vraiment laissé une belle empreinte sur terre. Grâce à son incroyable talent, son doigté de rêve, Marcel a fait passer l’accordéon de « piano du pauvre » à un instrument à part entière, noble et riche.

Il faut dire qu’il a vraiment tout donné pour son art. Fils d’émigrés italiens – son père, maçon, est musicien amateur –, il commence par apprendre le violon, réputé pour sa grande difficulté. Marcel passe très vite à l’accordéon avec, pour professeur, Attilio Bonhommi, et découvre, avec son maître Médard Ferrero, les arcanes de la musique classique. Il remporte de nombreux prix. En 1939, il accompagne la chanteuse Fréhel. Sa carrière est lancée ! Après la guerre, il se met au jazz et joue avec le violoniste Stéphane Grappelli, avant d’accompagner les plus grandes voix françaises, notamment Piaf dans Sous le ciel de Paris, en 1949.

Mais si ses doigts de fée ont dansé sur les touches de son instrument pour Gréco, Bécaud, Jean Sablon ou Boris Vian, il est une anecdote qui lui est restée collée à la peau et a même fait naître une expression devenue courante. Une histoire qui le lie à tout jamais à Jacques Brel.

Vous connaissez forcément le titre Vesoul, enregistré en 1968. Les notes qui volent tout le long de la chanson sont signées Azzola. Le fameux « Chauffe Marcel, chauffe ! » que Brel lance soudain, alors que l’accordéon de son musicien semble s’emballer, lui est bien sûr adressé ! Marcel avait d’ailleurs expliqué, en octobre dernier, ce qui avait poussé la star à réagir ainsi : « Il faut comprendre que même lors des enregistrements, Jacques, comme sur scène, jouait à fond l’histoire de sa chanson. Vesoul, c’est un crescendo. Et c’est l’accélération du débit et l’accordéon qui produit cet effet. Quand Brel me demande de chauffer, il se dit à lui-même qu’il va chauffer. C’est un travail de chef d’orchestre. » En réalité, Brel était bluffé par les prouesses de son musicien, il n’a pu retenir ce cri du cœur, très ironique au regard des paroles de cette même chanson : « D’ailleurs, j’ai horreur de tous les flonflons, de la valse musette et de l’accordéon… »

Mais le grand Marcel n’avait pas « chauffé » qu’avec des chanteurs. Il avait aussi enregistré une centaine de musiques de film : Mon oncle, Playtime, de Jacques Tati, Vincent, François, Paul et les autres, de Claude Sautet, Les uns et les autres, de Claude Lelouch, entre autres.

Passionné par son instrument, il s’était longtemps battu, avec certains de ses confrères, pour lui donner ses lettres de noblesse. Un combat qu’il a gagné puisque, depuis 2002, il existe une classe d’accordéon au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

Hélas, l’artiste était atteint de la maladie de Dupuytren. Ses doigts se recroquevillaient vers la paume, de façon définitive. De plus, souffrant de diabète et dialysé trois fois par semaine, il avait dû interrompre les concerts qu’il donnait avec Lina Bossatti. Mais l’énergique Marcel ne rêvait que d’une chose : remonter sur scène ! La veille de sa mort, il lui avait encore dit, plein d’enthousiasme : « Il faut qu’on s’y remette ! »

Aujourd’hui, le monde de toutes les musiques est en deuil. Celui du musette, de la musique classique, du jazz, de la variété… Il a perdu un repère et pleure à l’unisson la disparition d’un immense artiste.

Laurence PARIS

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