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Marcel Campion : Adjugé, Vendu !

Publié le 4 mai 2018

Tous les trésors du roi des forains, Marcel Campion, ont fait le bonheur de collectionneurs venus du monde entier.

Marcel Campion s’est séparé de son exceptionnelle collection d’art forain, le jeudi 26 avril, lors de la vente aux enchères organisée par la maison Cornette de Saint Cyr.

Dans une salle comble, en présence de nombreux collectionneurs français et étrangers, ces quelque 400 objets, dont certains datant du xixe siècle, ont été dispersés pour plus d’un million d’euros.

Avec ses manèges, décors, machines à sous, roulottes et autres limonaires, d’un autre temps, le « roi des forains » espérait créer un musée d’État, mais aucun ministre de la Culture n’a retenu son projet.

Anecdotes

En revanche, certains manèges ont été ouverts au public lors de l’exposition organisée par Philippe Douste-Blazy, du 18 septembre 1995 au 14 janvier 1996, au parc et à la grande halle de La Villette : Il était une fois la fête foraine.

L’homme d’affaires m’a confié ses anecdotes sur quelques-uns de ses trésors : « J’ai commencé cette collection en 1963. Au départ, c’était beaucoup d’échanges, et je pouvais récupérer ou acheter des stands à des forains qui arrêtaient le métier.

Depuis que j’ai sorti de leur remise tous ces objets, ils ne m’appartiennent plus.

J’ai souvent prêté mes manèges à Claude Lelouch, et pour servir de décors à l’émission Sacrée soirée, animée par Jean-Pierre Foucault, dont je connais le producteur, Gérard Louvin, depuis ses 14 ans.

Ce bon copain sait tout de ma vie, et j’ai suivi tout son parcours.

Il m’appelait quand il avait besoin de mes services. Il y a vingt-cinq ou trente ans, j’avais aussi prêté une grande partie de ma collection à Frédéric Mitterrand, pour une émission sur l’art et les gens du voyage.

J’ai prévu de refaire une vente dans une dizaine d’années, il me reste encore tellement de matériel… »

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Au Galop 443 000  €

Ce carrousel galopant Belle Époque, du début du xxe siècle, avec son exceptionnelle cavalerie de 24 chevaux de bois sculpté, ses 4 gondoles à 8 places, et doté d’un orgue à cartons perforés Limonaire Frères, était à l’exposition Il était une fois la fête foraine. Très jeune, je l’ai vu installé à Anvers, en Suisse et en Italie, et je le trouvais très beau. Dans les années 1970, il a été vendu à un forain du Nord qui n’a pas pu l’exploiter et me l’a revendu en 1972 ou 1973.

Piège à sous 5 460 €

Les gosses des forains aimaient ces machines à sous. On avait une astuce dans les baraques de jeux. Les gens avaient toujours une grosse poignée de pièces dans la main, et il arrivait qu’elles tombent. Alors, on écartait les lames de plancher en laissant une petite fente, et le soir à la fermeture, on ramassait une trentaine de pièces !

A l’italienne 2 080 €

Ce chariot à glaces est assez décoratif. Dans les années 50, on adorait ces glaces italiennes, qui n’existent plus. Elles étaient composées d’une gaufrette sur laquelle était étalée une couche de glace, ensuite recouverte d’une autre gaufrette.

Chef-d’œuvre 9 750 €

Le professeur Kheudj’Shi est une pièce très rare et d’une qualité exceptionnelle. C’est un automate distributeur d’horoscopes en cire et bois peint, qui a été racheté par l’État, pour le Mucem de Marseille. Ils le cherchaient depuis longtemps pour compléter un ensemble d’objets destinés à un musée de la voyance. C’est le directeur scientifique des collections du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, Zeev Gourarier, qui s’est déplacé spécialement pour l’acquérir.

La tête d’Anne Hidalgo 7 150 €

Ces six bouffe balles datent des années 1970 à 1989. Il y aura une petite surprise à la fête des Tuileries cet été, sur un jeu de massacre. Je vais sûrement en faire un ou deux nouveaux… avec la tête d’Anne Hidalgo !

Ça balance pas mal 7 410 €

Ce manège de cinq bateaux balançoires, qui venait d’Allemagne, appartenait à des forains de la région parisienne qui m’en ont fait cadeau. Ils ont abandonné ce métier quand j’ai commencé à organiser des fêtes, dans les années 1960. À cette époque charnière, les vieux forains avaient des manèges anciens qui ne plaisaient plus au public. Soit ils abandonnaient, soit ils achetaient du nouveau matériel. Je pouvais aussi échanger un emplacement ou deux contre une baraque ou un vieux truc.

Made in USA 1 560 €

Je n’ai pas connu ces jeux de force, ce marteau automatique est trop ancien pour que j’en aie vu sur les fêtes. Il a été construit en 1930 aux États-Unis.

Attrapez la queue 39 000 €

L’Escadrille Rouilly, ce premier manège pêle-mêle français avec des avions, fabriqué en 1948-1950, avait une particularité qui n’existe plus depuis longtemps. Il possédait un Mickey près de la caisse. Les enfants devaient attraper sa queue pour gagner un tour gratuit. Parfois, les parents se chamaillaient : « C’est mon gamin qui l’a touché en premier. – Non, c’est le mien… » Ce système, très attractif, m’a toujours étonné. Et puis c’était si drôle !

Comme BB 1 560 €

Ces deux pin-up datent des années 1960, quand il existait des stands de danse. Elles attiraient l’œil parce qu’elles ressemblaient à Brigitte Bardot. C’était le style de l’époque !

Je dormais en dessous 32 500 €

Sainte Sarah est la patronne des gens du voyage. C’est pourquoi beaucoup de roulottes s’appellent Sarah. Celle-ci a été fabriquée par des artisans des Saintes-Maries-de-la-Mer, où la mémoire de la sainte est toujours célébrée. Quand j’étais gosse et que je travaillais chez les forains, je dormais en dessous avec les enfants. On mettait de la paille et une toile tout autour. Il n’y avait pas de place pour tout le monde dans la caravane. J’habite une maison depuis des années, mais j’ai toujours un camping-car installé sur les fêtes où je travaille. J’ai la clef, mais je n’y vais jamais.

Et il fonctionne 41 600 €

Cet orgue, je l’ai fait to urner dans plein de trucs. Il a été exposé à La Villette et utilisé dan s plusieurs films. Je l’ai souvent prêté à monsieur Jean-Paul Fa vand, propriétaire du Musée privé des arts forains. Il a commencé par des expositions itinérantes en Europe, et n’en avait pas. J’igno re si c’est lui qui l’a racheté.

Oh la vache 3 120 €

Je connaissais bien le sculpteur de cette girafe. Mathieu était un spécialiste des sujets en bois, un véritable artiste. Il est parti à la retraite en 1975, et j’ai demandé à son fils, qui avait repris l’affaire, de me sculpter une très jolie vache. Il est décédé depuis, et plus personne ne fabrique ces sublimes sujets de manège.

Choisi par Tati 20 800 €

Cette chenille pour enfants, avec sa caisse de contrôle, en tôle et bois polychrome, est équipée de 4 voitures d’origine à 4 places et de 4 avions à trois places. Fabriquée vers 1930, elle apparaît dans le film Mon oncle, réalisé par Jacques Tati, dont le tournage a eu lieu en 1956 et 1957.

Anita BUTTEZ

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