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Marcel Campion : “On ne peut plus rien dire aujourd’hui !”

Publié le 9 décembre 2018

Très remonté contre Anne Hidalgo, la maire de Paris, Marcel Campion le roi des forains se présente désormais aux municipales de 2020.

C’est la guerre froide entre lui et Anne Hidalgo, la maire de Paris. Alors que les fêtes de fin d’année approchent à grands pas, les Champs-Élysées n’accueillent pas ces jours-ci le célèbre marché de Noël qui faisait le bonheur des touristes. Après de houleux débats, la ville a en effet décidé de ne plus autoriser le roi des forains à installer ses chalets. Par conséquent, Marcel Campion a eu l’idée de régler ses comptes dans un livre, Chamboule-tout (coécrit avec David d’Equainville), récemment publié aux éditions du Rocher, mais aussi dans les colonnes de France Dimanche.

France Dimanche : Vous avez perdu la grande roue de la Concorde et le marché de Noël sur les Champs-Élysées. Prenez-vous ça comme un échec ?
Marcel Campion : C’est surtout un échec pour la ville de Paris. J’ai appris que, selon un sondage Opinionway, 86 % des touristes souhaitaient que la grande roue reste. Selon une autre enquête, 75 % des Parisiens ne voulaient pas voir partir cette attraction. Quel dommage ! Mais je ne désespère pas de la faire revenir un jour.

FD : Pourquoi vous veut-on tant de mal ?
MC : Je représente une profession qui a des soucis, et c’est toujours moi qui monte au créneau pour la défendre. Les pouvoirs publics oublient que, quand les forains sont virés, c’est un peu comme si on mettait dehors tous les salariés d’une usine. Je mène ce même combat depuis une soixantaine d’années, et ceux qui me veulent du mal ne me font pas peur. Je me suis battu toute ma vie dans la rue avec des mecs qui voulaient me casser la gueule. J’ai eu le nez cassé, les oreilles arrachées, j’ai reçu deux coups de couteau dans le ventre, et je m’en suis toujours sorti. À force, ça endurcit. 

FD : Vous avez été accusé d’avoir tenu des propos jugés homophobes. Le regrettez-vous ?
MC : Mais comment peut-on me taxer d’homophobie ? On a tendance à oublier que j’ai été le premier à faire une levée de fonds au niveau national en 1994. J’ai donné un chèque de 30 millions de centimes à Mme Line Renaud et M. Pierre Bergé, fondateurs du Sidaction. Et déjà, à l’époque, j’ai entendu dire que c’était bizarre qu’un forain défende les homos.

FD : On vous reproche surtout des mots déplacés…
MC : Comment peut-on encenser les textes de Michel Audiard et m’attaquer pour mes propos ? Lui aussi, il lui est arrivé d’employer le mot « lope ». Que penser également de Coluche – qui parlait aussi des homosexuels en des termes peu catholiques. Je remarque qu’on ne peut plus rien dire aujourd’hui.

FD : Vous vous présentez aux municipales de 2020. Quel sera votre programme ?
MC : J’ai l’intention de rouvrir les berges de Seine durant la semaine. Et comme la mode est aux véhicules propres, favorisons au maximum la voiture électrique ! J’ai aussi l’intention d’ouvrir des parkings autour de Paris. Et, pourquoi pas, créer un périphérique payant sous celui déjà existant ?

FD : Pourquoi ne vous êtes-vous pas engagé en politique plus tôt ?
MC : La politique, ce n’est pas mon métier. Si je m’y mets à mon âge, c’est surtout par provocation. J’ai toutefois toujours été très impliqué. J’ai notamment déjà été dans les comités de soutien de Chirac, Tiberi… et Hidalgo.

FD : Vous aurez 80 ans au moment des municipales. N’avez-vous pas plutôt envie de lever le pied ?
MC : C’est vrai que je n’étais jusqu’à présent pas très chaud pour me lancer là-dedans. J’ai effectivement l’âge de me reposer, mais ce n’est décidément pas mon truc !

FD : Dans votre livre, vous racontez avoir bien connu Johnny…
MC : Je l’ai côtoyé il y a longtemps, quand il n’était plus très fréquentable. Je me souviens l’avoir récupéré plusieurs fois ivre mort dans le port de Saint-Tropez. J’avais installé là-bas un support pour faire du saut à l’élastique. Et tous les soirs, Johnny se jetait de tout en haut, rond comme un ballon. Et quand j’ai vu débarquer Læticia dans sa vie en 1995, j’ai tout de suite remarqué qu’elle était en train de le sauver.

FD : Vous avez prévu de verser les droits d’auteur de ce livre à l’association d’intérêt général Vaincre le cancer.
MC : J’ai appris que l’hôpital Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne), manquait de fonds pour acheter un appareil coûtant 320 000 euros, qui est en mesure de sauver des vies. J’ai donc voulu contribuer du mieux possible à cet achat. Mais des dons comme celui-là, j’en fais depuis plus de trente ans, quand mon fils a été touché par cette maladie. Il en est d’ailleurs mort en 2010.

Philippe CALLEWAERT

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