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Marcel Campion : Ses révélations sur Johnny

Publié le 9 mai 2018

Lors de l’inauguration de la Foire du Trône, nous avons rencontré le célèbre forain, Marcel Campion qui était un ami de longue date du rocker.

Depuis le 30 mars et jusqu’au 27 mai, la foire du Trône est à nouveau installée sur la pelouse de Reuilly, à Paris.

Son organisateur, Marcel Campion, connaissait bien Johnny. Le rocker devait même être le parrain de cette nouvelle édition de la fête foraine !

C’est dans cette optique que, le 12 juillet 2017, il avait enregistré un message poignant pour récolter des fonds destinés aux malades du cancer.

Et ce, alors qu’il se battait lui-même comme un fou contre la maladie :
« Venez nombreux car tous les bénéfices de cette soirée permettront de financer l’Institut Rafaël et une future maison du cancer et de l’après-cancer. Pour plus d’excellence et d’humanité dans la prise en charge des malades. […]. Je compte sur vous. »

Quelques mois après la disparition de son ami, le Roi des forains a tenu à célébrer sa mémoire.

C’est à cette occasion que nous l’avons rencontré. Émotions et révélations sont au programme…

France Dimanche : Vous connaissiez Johnny depuis longtemps ?
Marcel Campion
 : Notre rencontre date de 1970 ou 1971… Il faisait la tournée Europe 1, avec Carlos. J’avais monté un Luna Park à Cabourg, et comme ils ne trouvaient pas d’emplacement pour s’installer, j’avais accepté qu’ils montent leur podium sur notre terrain. Pendant deux ans, on a fait plusieurs fiestas ensemble !

FD : Il devait être le parrain de la foire du Trône cette année ?
MC
 : Oui, c’est ce qui avait été prévu avec lui il y a plusieurs mois. Malheureusement, il nous a quittés, mais nous avons maintenu cette soirée en son hommage. Ma fille Singrid, qui a sorti un album, chantera avec Richy, le sosie que Johnny aimait bien.

FD : Cette vidéo si émouvante de Johnny, pour encourager les gens à venir à l’inauguration, était-ce votre idée ?
MC
 : Oui. Confronté très tôt à la maladie de mon fils aîné, Philippe, qui a disparu en 2010, à 47 ans, j’avais déjà compris que les médecins avaient trop peu de moyens financiers. Alors, il y a trente ans, j’ai commencé à mobiliser les forains. Ce n’était pas facile au début. Mais depuis, tous les ans, la foire du Trône donne entre 100 000 et 150 000 € à différentes associations ! Cette année, comme Johnny le voulait, l’intégralité de la recette de l’inauguration sera remise à l’Institut Rafaël. Il avait enregistré la séquence en juillet dernier. Ce sont les dernières images officielles qu’on a de lui… On l’avait filmé dans le jardin de sa maison, à Marnes-la-Coquette. Il était bien à l’époque, on n’avait pas l’impression qu’il allait disparaître si vite…

FD : Comment était Johnny quand vous l’avez connu ?
MC
 : Aujourd’hui, on parle de richesse et de patrimoine, mais à l’époque il n’avait pas une thune ! Il m’est arrivé de lui prêter des sous… On se voyait beaucoup à Saint-Tropez, où j’avais créé le Luna Park. Johnny, lui, résidait à quelques kilomètres, dans sa maison de Ramatuelle, la Lorada… Ses créanciers venaient le voir tous les jours, parce qu’il n’avait rien payé de la construction… Très souvent, quand il recevait des invités, il me téléphonait pour que je lui fasse livrer les repas que préparait le cuisinier de ma brasserie. Le Johnny que j’ai connu n’était pas très bavard, c’était un taiseux : « Tu bois un coup ? Tu prends quoi ? On fait un bras de fer ? » Un peu dans la provocation, il voulait toujours gagner. Une fois, à Saint-Tropez, face à Pascal Obispo, qui était assez bagarreur, ce jeu a failli très mal finir… Ici, en 1987, nous avons partagé un très beau souvenir. Il m’avait dit : « Je n’ai pas la moto, mais j’aimerais faire une virée à Paris en Harley-Davidson. » On a appelé un « harleytiste », et on a descendu les Champs-Élysées jusqu’à la foire du Trône, avec 500 motos ! Il est resté toute la journée, et a chanté juste pour nous. Qu’est-ce qu’il se mettait dans le lampion, à l’époque ! Il se détruisait. La drogue, c’était le soir, car Johnny ne dormait pas. J’ignore ce qu’il prenait, mais il devait s’assommer pour s’endormir. Il n’avait que deux ou trois bons copains, tous les autres profitaient de lui.

FD : Quand vous a-t-il présenté Læticia ?
MC
 : Je l’ai vue arriver à Saint-Tropez en 1995, tout comme son père, André Boudou. À l’époque, on trouvait drôle qu’elle écarte tout le monde de Johnny… C’est vrai que jusque-là, il se promenait toujours avec une sacrée troupe autour de lui. Et d’un seul coup, il n’y avait plus personne ! Mais comme il était rond comme une boule tous les soirs, les gens ont fini par se lasser. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il avait un réel intérêt pour Læticia. Et cette gamine l’a materné. Il était engagé dans une telle mécanique que, sans elle, il n’aurait pas tenu vingt ans ! Je considère que Læticia l’a apaisé. La dernière fois que j’ai vu Johnny, il y a deux ou trois ans, il avait passé la soirée au Grand Palais avec nous et m’avait dit : « Je suis bien avec elle, on est vraiment heureux. » Une chose qu’il ne m’avait jamais dite avant.

FD : Même quand il était avec Sylvie Vartan ou Nathalie Baye ?
MC
 : Avec toutes leurs ruptures, il n’est pas resté longtemps avec Sylvie. Il était à moitié fou à l’époque. C’était pareil avec Nathalie. Il était bien au début de ses histoires d’amour mais, après, il retournait se déglinguer… Je ne lui ai pas connu beaucoup de copines, il avait surtout des potes de boisson… Dans les années 1990, on avait installé un saut à l’élastique au Luna Park. Presque tous les soirs, bourré, il se faisait attacher par les pieds et sautait dans le vide ! Le pauvre ne voyait plus rien. Parfois, il s’endormait dans le parc. On me prévenait, et on l’installait dans une semi-remorque pour qu’il y finisse sa nuit… Ça ne choquait plus personne. Je trouve qu’il avait une existence épouvantable ! Je le garantis, Læticia lui a sauvé la vie.

FD : Avez-vous rencontré ses enfants David et Laura ?
MC
 : Non, jamais. À l’époque où je fréquentais son père, Laura était trop jeune. J’aurais pu croiser David, mais je ne l’ai jamais vu l’accompagner. Ils n’étaient pas proches du tout. Johnny n’en parlait pas. On n’a commencé à entendre parler de lui que quand il a écrit l’album Sang pour sang, pour son père.

FD : Et ses filles Jade et Joy ?
MC
 : Il était toujours avec les petites, il ne les lâchait plus. Il est venu me voir avec elles quatre ou cinq fois, et leur disait : « Embrasse papi ». C’était un vrai papa gâteau avec ses gamines, alors qu’il n’a pas élevé ses deux premiers enfants…

FD : Vous qui êtes père, que pensez-vous de son testament ?
MC
 : Je ne veux pas entrer là-dedans. S’il a décidé comme ça… On ne doit pas juger le choix de quelqu’un. Je n’ai aucun doute sur cette décision, qui ne m’étonne pas. Attention, tout en étant déglingué, il faisait ce qu’il voulait ! Il fallait toujours que son équipe suive, et pas l’inverse. Si, après, il a suivi la petite. Je crois qu’il était amoureux.

FD : Après la suppression du marché de Noël des Champs-Élysées, que devient votre grande roue, située place de la Concorde ?
MC
 : À la suite de ma demande de référé, je suis allé au tribunal administratif le 27 mars. La grande roue gênerait les plans piétons et vélos ! Les rois de la pédale n’auront pas le roi des forains [rires] ! Je pense qu’on veut nous virer. En 2016, la Mairie de Paris a donné un terrain public de 20 hectares (contre 9 hectares pour la pelouse de Reuilly), à Bernard Arnault, au Jardin d’acclimatation. Ce parc d’attractions ouvrira le 1er mai, et concurrencera Disney et Astérix. Pour sa construction, des arbres centenaires du bois de Boulogne ont été coupés cet hiver, mais personne n’en parle. Avec les syndicats forains, nous avons écrit au président de la République car nous pensons que la loi a été bafouée. Ce terrain appartient aux Parisiens. Monsieur LVMH l’a récupéré dans une faillite, pour un euro symbolique. Et, depuis, je suis dans une spirale infernale. En octobre 2016, à cause d’une rumeur et d’un article dans Le canard enchaîné, j’ai vu arriver à mon domicile 80 policiers armés et encagoulés, pour une perquisition de 6 à 18 heures ! Ils ont tout cassé, pris tous mes papiers, mais n’ont rien trouvé. Je viens de publier un tract, « Paris libéré », dans lequel j’accuse la maire de la capitale, Mme Hidalgo, de lâcheté et de mensonge. J’espère qu’on m’attaquera, ça me donnera une tribune pour leur répondre. La grande roue sera donc démontée fin mai. Après, j’attendrai les décisions de justice.

FD : Est-il vrai que vous vendez votre collection, commencée en 1965 ?
MC
 : Oui, le 26 avril sera organisée la vente aux enchères de 400 lots d’art forain : manèges centenaires, automates en bois… La collection de toute une vie ! C’est le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint-Cyr qui s’en occupe. Mon rêve était de créer un musée d’art forain avec l’État. Mais, après des dizaines de démarches, je me suis rendu compte que les ministres de la Culture n’aimaient pas l’art populaire…

FD : Vous qui êtes en pleine forme, pensez-vous à la retraite ?
MC
 : Je suis là depuis 1963. Notre métier est de savoir distraire toutes les catégories sociales. Je n’arrêterai pas de travailler avant 100 ans. Il m’en reste vingt-deux pour maintenir nos traditions, et faire suer ceux qui ne nous aiment pas !

Anita BUTTEZ

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