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Maria Pacôme : C’était la reine du théâtre de boulevard !

Publié le 7 décembre 2018

Son exubérance hors du commun était à la mesure des violences familiales que Maria Pacôme avait endurées durant son enfance.

Elle a toujours aimé « foutre le camp ». Fuguer. Échapper à des liens qui l’empêchaient d’aller de l’avant. Maria Pacôme a foutu le camp pour de bon le 1er décembre, succombant à une longue maladie dans sa maison de Ballainvilliers, dans l’Essonne. Croyez-le ou non, elle avait 95 ans, un âge raisonnable, que personne ne pouvait lui donner.

Car Maria était la vie même. Une vie de liberté. « Je ne suis pas une femme fidèle, je ne crois sincèrement pas que l’on puisse vivre toute sa vie avec la même personne », disait-elle il y a dix ans. On se souvient sans doute de sa fameuse réplique, comme écrite sur mesure, dans le film La crise, sorti en 1992, où elle incarnait la mère de Vincent Lindon, alias Victor. « Tes problèmes, je m’en fous ! », lui lançait l’actrice, faisant très clairement comprendre qu’il était hors de question pour elle de faire semblant et de jouer les mères poules.

Dans la vraie vie, elle ne pratiquait pas davantage la langue de bois. Parlant de son fils, François, qu’elle avait eu avec le comédien Serge Bourrier, Maria avouait : « Évidemment, je ne l’accompagnais pas le matin à l’école, m’étant couchée tard après le théâtre. »

Mais si elle ne partageait pas l’idée que certains se font d’une bonne mère, ça ne l’empêchait pas de monter l’embrasser tous les soirs en rentrant et de l’aimer de tout son cœur. Ce fils adoré a d’ailleurs laissé sur les réseaux sociaux une magnifique photo de lui et de sa mère, avec ce message : « Maria s’est fait la paire, moins d’un an après mon père. Ça y est, je suis orphelin. C’était long, douloureux et pas chic. Une chose à partager : il faut une vraie réflexion sur la fin de vie assistée, parce que là, on est très loin de la dignité et de l’humanité. En attendant, buvons une coupe de champagne à sa mémoire, elle aimait bien ça. »

Oui, elle aimait ça. Et les derniers mois de cette comédienne extraordinaire, de cette femme formidable, ont sans doute été très pénibles pour celle qui était si attachée à son apparence, si coquette, si soucieuse du regard des autres. « Même les jours où je suis seule chez moi, avec mon chien ou mon chat, j’ai toujours les cheveux brillants et je me fais les yeux. Il faut avoir de la tenue », avait-elle encore confié.

Et elle en avait, de la tenue, quand nous l’avions rencontrée, il y a deux ans. Ensemble, nous avions un peu visité son existence, passionnante ! Tout d’abord, si elle a longtemps joué les grandes bourgeoises, rôle dont elle s’est lassée, la belle Maria, qui s’appelait en vérité Simone Maria, était la fille d’un chauffeur mécanicien et d’une couturière. Elle adore son petit frère, Robert. Mais leur père boit, et les coups n’épargnent pas le jeune homme. « La boisson, c’est l’horreur. Elle transforme un type bien en un parfait salaud », avait-elle écrit dans son autobiographie, Maria sans Pacôme, parue en 2007 aux éditions du Cherche Midi.

Quand la guerre éclate, elle a 16 ans. Deux drames viendront la marquer à jamais : pendant l’Occupation, son père, communiste, est déporté à Buchenwald. Il en reviendra très abîmé. Et Robert, qui fait de la résistance, est fusillé à 19 ans ! Cette mort atroce marquera leur père. Et l’ambiance familiale deviendra un enfer dont Maria veut s’échapper au plus vite : « On s’est retrouvées dans la rue avec maman, poursuivies par ce fou avec un couteau. Maman, je l’ai forcée à le quitter. Elle travaillait au ministère des Anciens combattants. J’allais la chercher presque tous les jours. Papa restait là, dans un coin, à l’attendre. Je ne voulais pas qu’elle cède, je ne voulais pas. Lui, il voulait se tuer, il se frappait la tête contre les murs. Alors elle a cédé. »

Cette jeunesse blessée, Maria ne s’en remettra jamais. Et son rire magnifique, qui laisse voir ses dents du bonheur, son humour mordant seront sa façon de masquer cette douleur.

Le rire et, pour le porter, la comédie. Maria « fait » le cours Simon, à Paris. Elle y rencontre Michèle Morgan et le si beau Maurice Ronet – souvenez-vous de Plein soleil ! Plus sexy, il n’y a pas. Ils se marient en 1950 et vivent six ans de passion, avant de divorcer. En grande amoureuse, Maria a toujours privilégié l’émoi à l’ennui.


Sa carrière débute après son divorce, en 1958. Cette année-là, elle brûle les planches au théâtre avec Oscar, aux côtés de Pierre Mondy et Jean-Paul Belmondo. Et sa carrière théâtrale sera brillante : N’écoutez pas Mesdames, de Sacha Guitry, en 1962, Les grosses têtes, de Jean Poiret et Michel Serrault, en 1969. Joyeuses Pâques, de Jean Poiret, en 1980, entre autres. Maria Pacôme devient la reine du théâtre de boulevard et l’une des stars d’Au théâtre ce soir. 

Puis, lassée de jouer systématiquement les bourgeoises hystériques, elle avait pris la plume, s’écrivant des pièces sur mesure. Comme Apprends-moi Céline, Le jardin d’éponine, On m’appelle Émilie, avec Patrick Bruel, Les seins de Lola et L’éloge de ma paresse, qui avait reçu une nomination au Molière du one-man-show.

On la voit moins au cinéma, même si ses rôles sont à chaque fois marquants : dans Le gendarme de Saint-Tropez, de Jean Girault, en 1964. Les tribulations d’un Chinois en Chine, de Philippe de Broca, en 1965, avec Jean-Paul Belmondo. On la retrouve encore avec lui dans Tendre  voyou, de Jean Becker, en 1966. Puis avec Pierre Richard dans Le distrait, en 1970. Elle fait un triomphe en directrice de boîte à bac sous la direction de Claude Zidi, dans Les sous-doués, en 1970. Et bien sûr, dans La crise, en 1992, de Coline Serreau.

Mais elle connaissait la raison pour laquelle elle n’avait pas connu au cinéma la même réussite que sur les planches : « Je ne suis pas photogénique. Dans une piscine, quand j’ai la tête mouillée, j’ai l’air d’un rat saucé dans l’huile », avait-elle raconté, avec son humour décapant.

« Drôle de carrière : tout le monde me connaît et personne ne parle de moi ! », avait dit la comédienne, en forçant le trait. Aujourd’hui hélas, on parle d’elle. De sa dernière fugue, qui laissent ses nombreux admirateurs – dont nous sommes – très tristes. Adieu Maria ! Nous espérons qu’il y a du champagne au paradis.

Laurence PARIS

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