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Maria Pacôme : J'avais pourtant juré de ne jamais remonter sur scène

Publié le 9 mai 2008

Maria Pacôme remplace au pied levé Danielle Darrieux dans "La Maison du lac" au côté de Jean Piat

Après avoir annoncé sa retraite il y a à peine quelques mois, Maria Pacôme fait son retour sur les planches...

La comédienne est depuis le 6 mai sur la scène du Théâtre de Paris dans "La Maison du lac", comédie d'Ernest Thompson, au côté de Jean Piat. À cette occasion, elle a accepté de se confier à France Dimanche.

->Voir aussi - Maria Pacôme : Son sourire masque ses blessures...

France Dimanche (F. D.) : Au moment de la sortie de votre livre Maria sans Pacôme, vous aviez dit en avoir fini avec le théâtre. Et vous voilà de nouveau sur les planches...

Maria Pacôme (M. P.) : C'est vrai que j'avais juré de ne jamais remonter sur scène. Et je suis très embêtée d'avoir l'air d'une girouette, mais je n'ai pas pu faire autrement ! Je vous jure que cela me crucifie de devoir retourner chaque soir au théâtre. Mais voilà, l'amitié, un sentiment qu'habituellement je ne ressens pas trop, m'a subitement saisie et, après avoir d'abord dit fermement « non », j'ai fini par craquer.

F. D. : L'amitié pour qui ?

M. P. : D'abord pour Stéphane Hillel, le directeur de la salle et metteur en scène de la pièce. J'adore ce garçon loyal, honnête, fidèle. Des qualités rares dans ce métier. Et il s'est vraiment retrouvé dans une mouise pas possible quand Danielle Darrieux s'est fracturé le tibia à trois jours de la première. Et puis, je n'ai pas pu dire non à Danielle. Toutes les deux, on s'est toujours bien entendues. Alors, tout d'un coup, cette fameuse famille du théâtre, dont le concept me faisait plutôt rire, j'ai eu le sentiment d'y appartenir et je ne pouvais plus me défiler. Me revoilà donc...

F. D. : Vous avez téléphoné à Danielle Darrieux ?

M. P. : Évidemment ! Elle comme moi, on n'a pas d'ego et pas mal de distance. Un peu comme les acteurs anglais, on ne se « remplace » pas, on s'entraide. Je l'ai d'ailleurs prévenue : « Sitôt que t'es sur pattes, je me casse !» D'ailleurs, Danielle aurait été victime d'une grave maladie, j'aurais refusé de créer la pièce à sa place. Mais là, pour une histoire d'os, j'ai dit « ok ». Et puis, je crois qu'elle est vraiment contente que ce soit moi.

F. D. : Vous avez dû apprendre le rôle en un temps record. Pas de soucis ?

M. P. : Je me lève avec mon texte, je mange avec mon texte, je me couche avec mon texte et, entre-temps, je répète mon texte au théâtre... Mais bon, cela me rappelle aussi que, finalement, je suis une vraie comédienne !

F. D. : Qu'en dit votre fils, qui fut lui aussi comédien ?

M. P. : Il vit maintenant à Nice. Quand j'ai d'abord décidé de refuser, je l'ai appelé et il m'a dit : « Fais-le maman, c'est super !» Cela a dû compter dans ma décision même si, au fond, il s'est peut-être dit : « Me voilà débarrassé d'elle pendant quelque temps !»

F. D. : Et Nice... vous y allez souvent ?

M. P. : J'espère en tout cas que je réussirai à y aller le 26 mai. Ce jour-là, je vais devenir grand-mère !

F. D. : Grand événement !

M. P. : Bien sûr, mais je vais avoir 85 ans en juillet, et il arrive un peu tard ! Et puis, je ne suis pas trop du genre à faire des mamours à gogo.

F. D. : Parmi toutes les grandes rencontres que vous avez faites dans votre carrière, quelles sont celles qui ont le plus compté ?

M. P. : Jean Poiret. Quel bonheur d'avoir joué Joyeuses Pâques à ses côtés ! Edwige Feuillère, qui voulait que je la tutoie et qui m'a demandé un jour si j'avais quelque chose contre elle parce que je n'y parvenais pas. Micheline Luccioni, que j'ai beaucoup aimée et que j'ai accompagnée jusqu'au bout de sa maladie. Irène Jacob, ma fille d'adoption, avec qui l'on entretient une amitié extraordinaire. Et puis bien sûr, Louis de Funès, même si je le trouvais beaucoup trop obséquieux avec les gens de pouvoir. Une fois, nous avons joué Oscar à l'Élysée pour le président Pompidou. À un moment donné, une clé s'est accrochée à ma robe, et je me suis retrouvée en culotte. Louis a failli s'évanouir, mais le président a déclaré que j'avais de « fort jolies jambes » !

F. D. : La mort, vous y pensez parfois ?

M. P. : Plus que parfois. Je me demande souvent comment je vais mourir. Je ne veux pas que ce soit dans la décrépitude ni bien sûr dans d'horribles souffrances. L'idéal, ce serait d'être surprise en bon état. Avoir juste le temps de se donner un coup de peigne et enfiler une culotte propre pour que la mort, cette pute, ne me trouve pas négligée !

F. D. : Tout cela vous angoisse, non ?

M. P. : J'ai un peu peur de l'hiver et je ne raffole pas des chrysanthèmes mais, en ce qui concerne ma quantité de vie, je me dis que c'est suffisant. Plein de gens me disent qu'une belle agonie laisse le temps de gérer le futur et de parler aux siens. Mais dans ces moments-là, les derniers ! je trouve que le gros risque, c'est de leur dire des conneries !

F. D. : Des « conneries », vous avez le sentiment d'en avoir fait beaucoup ?

M. P. : Sûrement... Mais je ne les ai jamais regrettées. Au fond, le passé ne m'intéresse pas beaucoup.

F. D. : Qu'est-ce qui intéresse Maria Pacôme ?

M. P. : L'instant, l'imprévu, le moment d'émotion, la soirée spontanée, en famille ou entre amis, qui passe comme ça et où l'on se sent bien. Voilà ce qui m'intéresse !

Alain Morel

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