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Maria Pacôme : “La mort, même celle des animaux, est la plus grande des injustices”

Publié le 26 septembre 2016

Nous avons joint Maria Pacôme, l’actrice aux pieds nus, reine du boulevard, qui porte vaillamment ses 93 ans…

Malgré la canicule, Maria Pacôme a passé un bel été au bord de sa piscine, parmi ses animaux dans sa maison de campagne. C’est là qu’elle s’est retirée, il y a douze ans, loin de Paris et du métier, après un dernier rôle au théâtre où elle avait remplacé Danielle Darrieux au pied levé.

Un métier qui l’a, semble-t-il, oubliée, tandis que ses fans continuent de la vénérer. Nous avons téléphoné à cette grande dame à l’immense vitalité, qui a fêté son anniversaire en juillet…

France Dimanche (F.D.) : Comment allez-vous ?

Maria Pacôme (M.P.) : Je vieillis bien, même si ce n’est pas tout le temps. Je sautille encore pieds nus dans ma maison et mon jardin, vous savez ! J’ai passé l’été seule. J’ai adoré sa chaleur, allongée dans mon hamac et au bord de ma piscine, moi qui suis si paresseuse !

F.D. : Quel a été votre plus beau moment ?

M.P. : Celui où j’ai vu François, mon fils, qui est souvent à l’étranger. Dommage qu’il ait attendu si longtemps pour me faire une petite-fille. Elle s’appelle Lila. Je ne suis devenue grand-mère pour la première fois qu’à 84 ans. C’est un peu tard.

F.D. : Pouvez-vous nous rappeler qui est le père de François ?

M.P. : C’est Maurice Ronet, l’un des plus beaux acteurs français. Nous étions tous les deux très mignons à l’époque, nous étions si jeunes. Je l’ai rencontré à la fin des années quarante et je l’ai épousé en 1950.

F.D. : à quel âge avez-vous débuté ?

M.P. : à 18 ans ! J’ai fait le cours Simon pendant un mois. Dans la même classe que Michèle Morgan et Danièle Delorme. Simon m’a dit : « T’as pas une tête géniale, mais je te garde, sans payer. » Il faut dire que mon père, qui était communiste, avait été déporté à Buchenwald, et que ma famille était très pauvre. J’ai commencé à être connue en 1958, avec Oscar que j’ai joué avec Jean-Paul Belmondo et Pierre Mondy. Pièce que j’ai souvent reprise au théâtre, et même au cinéma, avec Louis de Funès.

F.D. : Justement, vous n’avez pas été invitée à l’inauguration du musée de la Gendarmerie et du Cinéma de Saint-Tropez cet été. Des regrets ?

M.P. : Je préfère qu’on se rappelle des pièces que j’ai écrites plutôt que toutes les conneries que j’ai jouées avec De Funès ! (rire) à commencer par Le gendarme de Saint-Tropez. C’est quand même curieux que l’on se souvienne toujours de moi pour ces comédies à la con et pas pour mon théâtre.

F.D. : C’est vrai que vos textes ont été très appréciés du public et de la critique…

M.P. : Oui ! Quand j’en ai eu marre de toujours interpréter ce rôle de bourgeoise hystérique qu’on me proposait au cinéma, j’ai écrit mes propres pièces de boulevard. Et comme je jouais toujours sans chaussures sur scène, mon public m’a surnommée « ­l’actrice aux pieds nus ». Aujourd’hui encore, je vous réponds les pieds à l’air…

F.D. : Parmi toutes les pièces dans lesquelles vous avez triomphé, vous en avez écrites beaucoup…

M.P. : J’ai écrit la première en 1977 : Apprends-moi, Céline ! J’ai pris la plume quand j’ai découvert que je pouvais faire aussi bien que celles que mes agents m’apportaient (rires). Moi qui suis si flemmarde, j’en ai même écrit une qui s’appelle Éloge de ma paresse. Il y aussi Les seins de Lola, On m’appelle Émilie, Le jardin d’éponine, Et moi, et moi… Si Paris et le métier m’ont oubliée, je peux vous assurer que mes admirateurs et mes spectateurs se souviennent bien de moi.

F.D. : Que répondez-vous à ceux qui vous croient morte ?

M.P. : Dites-leur que vous m’avez jointe au téléphone. Et que je vous ai même promis de vous rencontrer en chair et en os… si vous me trouviez un perroquet !

F.D. : Ah bon, pourquoi un perroquet ?

M.P. : Parce que j’ai eu trop de chagrin à la mort de mon chien Patox, qui a rendu son dernier souffle un matin dans mon jardin. Quand j’ai voulu lui apporter sa gamelle, je ne l’ai plus trouvé. Pauvre vieux Patox ! La mort, même celle des animaux, est la plus grande des injustices. Les miens, je les ai tous eus grâce à la SPA. Mais, depuis la mort de ce labrador, je ne veux plus de chien. En revanche, j’ai toujours un chat magnifique. Maintenant, trouvez-moi vite un perroquet que l’on puisse se parler de nouveau : cette fois, je vous recevrai dans mon hamac au bord de la piscine !

F.D. : Vous faites preuve d’une telle vitalité ! Quel âge avez-vous, si ce n’est pas indiscret ?

M.P. : J’ai 93 ans ! Je les ai fêtés cet été, le 18 juillet…

Cédric Potiron

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