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Maria Pacôme : Son sourire masque ses blessures...

Publié le 28 septembre 2007

C'est sans aucun doute la plus jolie surprise de la rentrée littéraire 2007 ! Car le livre que Maria Pacôme vient de publier est une véritable bouffée d'oxygène.C'est sans aucun doute la plus jolie surprise de la rentrée littéraire 2007 ! Car le livre que Maria Pacôme vient de publier est une véritable bouffée d'oxygène.

Mais si Maria sans Pacôme, paru aux éditions du Cherche Midi, est rédigé avec un sens de l'humour et de l'autodérision irrésistibles, il n'en reste pas moins, à certains moments, une autobiographie totalement bouleversante. Une confession que Maria Pacôme a décidé de faire maintenant, à 84 ans...

Jusqu'à présent, l'actrice n'avait jamais rien révélé de sa jeunesse. Tout juste se contentait-elle d'avouer, évasivement, au f il des interviews : « Ma famille, c'est celle des amis. La famille de sang, je n'en ai pas. Elle ne me convenait pas tellement... J'ai préféré m'en créer une autre !» Des mots lapidaires et intransigeants qui, comme des pirouettes, repoussaient toute autre question sur son enfance.

Une seule fois elle avait admis, du bout des lèvres, dans les colonnes de Ciné Télé Revue : « J'ai connu un drame dans mon existence quand j'étais jeune. Je ne veux plus en parler. »

Parler

Mais aujourd'hui, il semble que cette femme au caractère si fier et entier ait enfin décidé de parler : « Je raconte parfois notre vie comme j'aurais voulu qu'elle soit, mais j'ai la colère en moi, écrit-elle. J'ai la colère en moi. Les beignes pleuvaient sur maman, Robert ( ndlr : son petit frère ) et moi, parce que Monsieur le conseiller municipal communiste ( ndlr : son père ) avait largement dépassé la dose prescrite.

La boisson, c'est l'horreur. Elle transforme un type bien en un parfait salaud. » L'alcoolisme de son père a donc teinté de rouge sang les plus beaux souvenirs de son enfance. Mais ce n'est hélas pas le seul drame que Maria ait connu. Une souffrance encore plus violente l'a touchée : la mort de son petit frère, résistant, fusillé à 19 ans par les Allemands, au Mont Valérien.

« Quand le gardien m'a dit qu'on les amenait au peloton avec des chaînes aux chevilles, quand j'ai entendu ça, j'étais mal, poursuit-elle. Mon petit frère qui avait écrit une si belle lettre d'adieu, courageuse et sans haine, et à qui il n'était même pas permis de mourir fièrement !»

Anéanti lui aussi par cette mort si injuste, le père de Maria s'est alors enfoncé plus profondément encore dans l'alcool. « On s'est retrouvées dans la rue avec maman, poursuivies par ce fou avec un couteau, se souvient-elle dans son livre. Maman, je l'ai forcée à le quitter. Elle travaillait au ministère des Anciens Combattants. J'allais la chercher presque tous les jours. Papa restait là, dans un coin, à l'attendre. Je ne voulais pas qu'elle cède, je ne voulais pas. Lui, il voulait se tuer, il se frappait la tête contre les murs. Alors elle a cédé. »

Traumatisée par ce lourd passé familial, Maria a néanmoins tenté de panser ses plaies et de continuer de vivre. Hélas, les stigmates de cette enfance accablante ne se sont pas atténués avec le temps, loin de là ! « Je suis devenue hypersensible, reconnaît-elle dans l'hebdomadaire Ciné Télé Revue. Tout ce qui est affreux dans ce monde me bouleverse. Avec l'âge, je suis simplement plus triste, parce que je ressens davantage la souffrance. »

Guerres

Alors, certains matins, quand elle se lève et qu'elle entend qu'il y a des guerres dans le monde et toujours des enfants qui meurent de faim, l'actrice pense ne plus pouvoir avoir le courage de supporter davantage de misère : « Mon fils ne me pose plus de questions sur moi, déplore encore Maria Pacôme dans son livre. Peut-être a-t-il peur que je lui dise que, même si j'adore la vie, je trouve que maintenant ça suffit ? Que j'aimerais bien que ça s'arrête ?»

Un aveu à demi-mot, d'autant plus poignant que Maria Pacôme a toujours préféré, aux grands déballages sentimentaux, le rire. Le rire comme un paravent à la souffrance indicible de n'avoir pas eu une belle enfance paisible. Mais qui, parfois, hélas, ne suffit plus à dissimuler sa tristesse.

Anna Hadrien

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