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Marie Myriam : “J'ai eu énormément de chance !”

Publié le 17 juin 2022

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Pour célébrer ses 65 ans et 45 ans de succès, l'artiste nous offre un coffret d'anthologie… Elle se livre en exclusivité.

Il y a 45 ans, le 7 mai 1977, veille de ses 20 ans, Marie Myriam remportait le 22e  concours de l'Eurovision aux couleurs de la France avec son titre devenu mythique L'Oiseau et l'Enfant. Pour honorer l'exceptionnelle performance de cette artiste jamais détrônée depuis près d'un demi-siècle et qui vient de fêter ses 65 printemps, Marianne Mélodie réédite ses 48 plus grandes chansons dans un superbe coffret nostalgie intitulé Anthologie 1977-1983. Pour France Dimanche, cette grande dame de la chanson française nous fait partager ses plus grands souvenirs, de chanteuse mais aussi de femme.


France Dimanche : Que ressentez-vous en regardant dans le rétro de ces 45 ans ?

Marie Myriam : Je me dis que j'ai eu énormément de chance, que j'ai été gâtée. J'ai beaucoup voyagé, j'ai fait mon métier comme je le souhaitais, pouvant m'arrêter pour m'occuper de mes enfants, puis le reprendre.

FD : Êtes-vous nostalgique ?

MM : Pas du tout. Sauf de ne plus avoir mon mari. Trente-cinq ans d'amour, de complicité, de vivre ensemble 24 heures sur 24, ça ne s'oublie pas. On s'aimait tellement. Mes enfants, eux, je les ai adorés petits, mais j'aime les adultes qu'ils sont devenus, ainsi que leurs enfants.

FD : Vous n'avez jamais songé à refaire votre vie ?

MM  : Jusqu'ici non, je n'étais pas disponible. Mais maintenant, oui, peut-être… Et je pense que mes enfants seraient contents de ne plus me savoir seule. Avoir même juste un compagnon de vie, pour partager des choses, échanger des idées, dîner au restaurant, aller au cinéma, voyager…

FD : La disparition de Michel reste le grand drame de votre vie…

MM : Ça a été si brutal ! Le Samu a d'ailleurs reconnu que, même s'il avait fait son infarctus en milieu hospitalier, ils n'auraient pas pu le sauver. C'était la veille de Noël. Les lits étaient faits, les frigos remplis, et puis patatras ! Michel m'a dit qu'il ne se sentait pas bien. J'ai commencé à lui enlever ses chaussures afin qu'il s'allonge pour se reposer, mais c'était déjà fini. En une seconde, vous passez du grand bonheur à l'horreur. Ces minutes passées à lui faire un massage cardiaque en attendant les secours m'ont paru une éternité. Puis, il m'a fallu annoncer la terrible nouvelle aux enfants. Sachant à quel point j'allais leur faire mal, j'en ai été meurtrie au plus profond de mon être. Depuis, je ne fais plus de sapin.

FD : Comment imaginiez-vous votre vie lorsque vous étiez petite fille ?

MM  : Comme bon nombre de ma génération, je rêvais du prince charmant, du même homme pour toute la vie. Sinon, à 15 ans, j'ai eu mon premier passeport qui était, à l'époque, rempli à la main. À cet âge, la case profession était évidemment vierge. J'avais trouvé un stylo de la même couleur et j'avais moi-même ajouté « chanteuse ». Ce qui aurait très bien pu le rendre caduc. Bref, quelques années plus tard, quand j'ai gagné l'Eurovision et que j'ai commencé à voyager, personne ne s'étonnait de le voir inscrit.

FD : Qu'est-ce qui vous a incité à devenir chanteuse ?

MM : Petite, je chantais sans cesse, dans ma salle de bain, car il y avait une résonance particulière. Puis mes parents m'ont offert un orgue, dont j'ai appris à jouer toute seule et avec lequel j'aimais m'accompagner. Enfin, ils m'ont inscrite à des cours de chant. Je chantais à l'époque dans leur restaurant et mon challenge était de faire en sorte que les clients s'arrêtent de manger. Jusqu'au jour où un homme s'est approché de moi et m'a dit : « Mademoiselle, vous avez une voix extraordinaire, je vous emmène à l'Eurovision ! » Je lui ai répondu : « Mais bien sûr, Monsieur, c'est très gentil », en lui indiquant la sortie. Pourtant une semaine après, il était de nouveau là…

FD : Marie Myriam est un pseudo ?

MM : À moitié. En réalité, je m'appelle Myriam Micaëlla, mais comme ça ne sonnait pas assez français, et que Myriam signifie Marie, on a essayé Myriam Marie, puis Marie Myriam. Dans la vie, les gens m'appellent Marie, et ma famille, My.

FD : Croyiez-vous à la victoire en montant sur scène ce 7 mai 1977 ?

MM : Pas du tout. Moi, j'adorais les Anglais. À l'annonce de mon nom, j'ai fondu en larmes, je n'en revenais pas. L'Eurovision existe depuis 1956 et la France a gagné quatre fois avant moi (André Claveau en 1958, Jacqueline Boyer en 1960, Isabelle Aubret en 1962 et Frida Boccara en 1969), mais depuis, plus jamais. Et si chaque année ma maman, 85 ans, prie de toutes ses forces pour que je ne sois pas rem-placée, moi j'aimerais beaucoup passer le flambeau. À chaque fois, je me dis : « Peut-être l'an prochain… »

FD : Vous avez chanté plein de choses et res-ez cependant la chanteuse d'un seul tube…

MM : Mon truc, c'est la scène. Lorsque mon ublic reprend mes chansons et que je vois u'il les connaît toutes, c'est le plus beau es cadeaux ! J'ai eu une chance inouïe de agner l'Eurovision, avec cette chanson-là, qui est un vrai message d'amour et de paix. « Noire la misère, les hommes et la guerre… », un sujet malheureusement toujours d'actualité. Si vous saviez toutes les vidéos que je reçois aujourd'hui encore de gens, d'enfants, même tout petits, chantant L'Oiseau et l'Enfant.

FD : Comment vos enfants ont-ils vécu votre notoriété ?

MM : Le plus naturellement du monde. Petite, ma fille Laureen, qui a aujourd'hui 40 ans, demandait à ses copines : « Ta maman aussi, elle est dans les magazines ? » Pour elle, c'était normal, toutes les mamans chantaient et passaient à la télé. Quant à mon fils Richard, 32 ans, il n'en revenait pas que je connaisse Casimir, son idole quand il était petit, avec lequel je jouais le rôle de Marie Chanson.

FD : Avez-vous gardé contact avec Patrick Sébastien, votre premier fiancé ?

MM : Bien sûr, nous sommes amis et avons toujours énormément d'affection l'un pour l'autre. Il m'a envoyé un gentil message pour mon anniversaire. On n'a pas réussi notre histoire d'amour. Malgré tout, le lien d'amitié qui nous unit encore est très fort. Il sait que je serai toujours là pour lui, et inversement, j'en suis certaine.

FD : Vous avez fêté vos 65 ans ce 8 mai. Le temps qui passe vous angoisse-t-il ?

MM : Non, je l'assume parfaitement. En tout cas, hors de question de me faire faire des piqûres ou autre chirurgie… Et puis, il y a un temps pour tout. Pour être jeune femme, épouse, maman et grand-mère. Eh bien moi, je suis une grand-mère heureuse qu'on l'appelle : « Ma mamie chérie ! » J'aime gâter mes enfants, que ce soit ceux que j'ai eus avec Michel ou ses deux premiers, ainsi que mes six petits-enfants. Les liens du cœur sont parfois aussi forts que ceux du sang.

Caroline BERGER

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