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Marie-Paule Belle : "Françoise, c'était l'amour de ma vie !"

Publié le 20 mars 2020

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Alors que Marie-Paule Belle revient avec un disque, un spectacle et un livre, elle se confie en exclusivité sur l'être qui a illuminé son coeur.

Tout le monde lui dit : « 2020, c'est ton année ! ». Avec une compilation Mes premières années 1969-1976 (chez Marianne Mélodie) qui réunit ses plus vieux tubes, dont certains introuvables aujourd'hui sur Internet ; un grand retour sur scène du 18 au 28 mars, à La Nouvelle Ève à Paris ; et un ouvrage paru chez Plon, Comme si tu étais là, préfacé par Serge Lama, et dans lequel, pour la toute première fois, elle lève le voile, entre humour et vérité, sur son infinie passion.

France Dimanche : Vous habituellement si discrète et si pudique, surtout concernant votre histoire avec Françoise Mallet-Joris, qu'est-ce qui vous a décidé à vous livrer ?

Marie-Paule Belle : Un truc tout bête : un déménagement ! En faisant mes cartons, je suis retombée sur un petit coffret en acajou entouré d'un ruban rouge dans lequel j'avais rangé toutes ses lettres d'amour. Et après les avoir relues, je me suis dit que ce n'était pas possible de garder ça pour moi tellement c'était beau. Tous ses poèmes, ses dessins, ses mots si doux et drôles, car Françoise était quelqu'un d'extrêmement drôle… qu'est-ce qu'on a pu rire ensemble ! J'ai aussi voulu raconter l'incroyable force de notre passion pour montrer à tous ceux qui vivent dans la douleur de cette différence d'aimer quelqu'un du même sexe, ici ou ailleurs, qu'ils ne sont pas à part, ni anormaux, que ce n'est pas une maladie, ni une perversion. Moi, j'aurais pu aimer un homme, mais c'est tombé comme ça. C'est l'intensité de l'amour qui compte !

FD : Pensez-vous qu'il soit aujourd'hui facile d'aimer quelqu'un du même sexe ?

MPB : Vous aimez quelqu'un pour sa personnalité, ses goûts, sa folie, sa façon complètement déjantée de voir le monde, etc., vous l'aimez pour ce qu'il ou elle est, et non parce qu'il est il ou elle. Je ne sais plus qui chantait : « Entre l'amour et l'amitié, il n'y a qu'un lit de différence », mais c'est tellement vrai. Quand je vois que des thérapies de reconversion arrivent en France, mais c'est immonde, impensable ! Et tous ces jeunes qui font leur coming out se font rejeter par leur famille et se retrouvent contraints d'aller dans des refuges. Cette recrudescence intense et haineuse de l'homophobie m'a fait aussi réagir.

FD : Ce sont beaucoup de souvenirs anciens, pourtant en vous lisant, on a le sentiment que vous venez de les vivre…

MPB : J'ai tout revécu en relisant les lettres et je peux vous assurer que ça m'a énormément remuée. Je suis passée du rire aux larmes bien sûr, surtout en repensant aux moments de la rupture, car il y a, à ce sujet-là et aujourd'hui encore, toujours beaucoup de culpabilité. Mais quel bonheur de revivre cet amour si fort, si intense, si exceptionnel… qui m'a apporté toutes les facettes de l'amour. Le maternel d'abord, car je venais de perdre maman ; puis une passion fulgurante qui, après la rupture, s'est muée en amitié amoureuse avec énormément de tendresse… Toute ma vie, Françoise a été là en filigrane. Elle a été mon amour, ma sœur, mon amie, ma confidente, et à la fin de sa vie, presque mon enfant, car j'avais envie de la protéger, qu'elle se sente bien et parte sereine. Même au-delà de la mort, cet amour est très fort et persiste. Je peux vous assurer qu'elle est toujours là, près de moi, tous les jours. D'ailleurs, si elle n'avait pas été là, je n'aurais pas pu écrire ce livre.

FD : Avez-vous eu des moments de découragement, de renoncement ?

MPB : Oh oui, plein ! Je demandais conseil à tous mes amis de cœur, comme Serge Lama, pour savoir si je faisais bien, si on n'allait pas dire que je vendais mon c… ! Quand vous voyez tous ces mauvais esprits, toute cette haine sur les réseaux sociaux, j'avais très peur. Puis j'ai décidé d'y aller avec tout mon cœur. Et ce n'est qu'en dévoilant ses lettres que je pouvais montrer l'intensité de notre amour, et aussi toute sa drôlerie. Je voulais que l'on voie sa vraie personnalité, car Françoise Mallet-Joris de l'académie Goncourt ne pouvait pas être dans les interviews comme elle était dans la vie. Je souhaitais lui rendre cet hommage et sa place dans la littérature. Et (re) donner aussi aux gens l'envie de la lire, parce que c'est une femme écrivain exceptionnelle !

FD : Vous êtes-vous demandé ce qu'elle aurait pensé de votre ouvrage ?

MPB : Je pense que, là où elle est, elle est fière de voir que je suis allée au bout. Après, j'imagine que ça l'aurait peut-être un peu gênée que je dévoile ainsi notre intimité, mais en même temps, comme c'est pour une bonne cause, elle aurait dit « oui ».

FD : Il y a beaucoup de ses lettres, puisqu'elle vous écrivait tous les jours, voire deux fois par jour. Mais aucune de vous…

MPB : Parce que je ne les ai pas retrouvées ! Elles se sont perdues dans les divers déménagements de Françoise. Tout ce qui est de moi pour elle, je n'ai plus rien.

FD : Le jour où vous la rencontrer, vous savez que cette rencontre va bouleverser votre vie ?

MPB : Oui. Je ne savais pas comment, mais j'ai senti que ce jour-là serait un tournant de mon existence.

FD : Vous la quittez pour une histoire de jalousie, vous l'avez regretté…

MPB : Je le regrette encore aujourd'hui ! C'était une connerie de ma part, j'ai tellement culpabilisé. Mais à l'époque, quand elle m'avoue son petit béguin, au lieu de me dire que ce n'est pas grave, que ça ne change rien entre nous ; c'est comme un éclair qui me traverse le corps et me déchire le cœur. J'aurais préféré qu'elle continue à me mentir. En pleurs toutes les deux, on n'a pas pu rester séparées plus de trois jours. On était en manque l'une de l'autre de façon insupportable. Alors on s'est vite retrouvées, faisant renaître par la même occasion cette amitié amoureuse qu'on avait un peu perdue… Anny Duperey m'a écrit après avoir lu le livre : « Je ne connais pas d'histoire d'amour comme celle-ci ! » Je pense qu'avec cet ouvrage, les gens vont me découvrir, même mes plus proches amis.

CD : Y a-t-il des choses que vous regrettez de ne pas avoir dites à Françoise ?

MPB : Je regrette surtout d'être partie. Et peut-être aussi de ne pas lui avoir dit plus souvent et intensément à quel point je l'aimais. Qu'avec le chant, elle était la « chose » essentielle de ma vie. Sans elle, ça n'aurait pas été si fort. C'est grâce à elle que j'ai réussi à être moi-même. Mais il était finalement nécessaire qu'on se sépare, car j'étais tellement subjuguée par sa personnalité, son aura, son charisme, que j'avais tendance à m'effacer. Je suis devenue Marie-Paule Belle après notre séparation, avant j'étais l'interprète des chansons de Françoise Mallet-Joris. Comme je suis née à la chanson après la mort de ma mère…

FD : Pourquoi à la mort de votre maman ?

MPB : Parce que je ne serais pas montée à Paris pour chanter, je serais restée en province. Comme dans tous les milieux bourgeois, j'aurais épousé un médecin ou un avocat, avec trois verres à table le jour du mariage, une horreur, une mort lente pour moi qui étais si rebelle ! [Rire] J'avais l'exemple de l'une de mes tantes qui avait dû élever ses frères à la mort de leur mère, et donc gâché sa vie. Moi, lorsque ma mère est partie, mon petit frère n'avait que 9 ans. Et d'après la tradition corse, matriarcale, religieuse, pratiquante, etc., j'aurais dû faire de même. Mais très égoïstement, j'ai pris la poudre d'escampette. Et lorsque mon petit frère a eu 20 ans, il m'a fait le très beau cadeau de m'écrire une longue lettre pour me dire à quel point j'avais eu raison de partir. J'avais tellement culpabilisé. Pendant dix ans, je n'ai pas osé revenir auprès des miens. Lorsque j'en ai enfin trouvé le courage, on était en pleine période disco avec Sheila qui chantait Spacer en minishort, et ma grand-mère de me faire promettre de ne jamais montrer mes cuisses de la sorte. J'ai toujours tenu parole.

FD : Regrettez-vous de ne pas avoir eu d'enfant ?

MPB : J'ai un peu eu les enfants des autres, ceux de Françoise en l'occurrence, même s'ils étaient déjà grands. Ce n'était pas évident, je leur prenais leur maman… C'est devenu de très belles relations avec la plupart d'entre eux. Sa fille aînée, qui est musicienne et a été une des premières à m'accompagner sur scène, est comme ma petite sœur. Son fils aîné a été le premier à faire ma régie quand je partais sur les routes. C'est ma famille.

À propos de la jaquette de son livre, ci-dessus, la chanteuse nous a confié : « Ce sont les éditions Plon qui m'ont donné cette photo que je ne connaissais pas et j'en suis tombée amoureuse. Je la trouve tellement magnifique, que j'en ai la chair de poule en la regardant. » Ci-contre, avec son grand ami, Serge Lama.

FD : Vous faites aussi votre grand retour sur scène, en mars prochain…

MPB : Oui, je chante du 18 au 28 mars à La Nouvelle Ève, où je vais rendre hommage à Françoise, en interprétant des textes à elle inédits retrouvés là aussi au fond des cartons, dans une chemise sur laquelle était inscrit : « En attente ». Chaque jour, plusieurs artistes feront la surprise au public de venir me rejoindre sur scène. J'ai le trac, mais j'ai hâte !

FD : Si elle avait été encore là, l'auriez-vous épousée ?

MPB : Ce n'était pas du tout indispensable à notre histoire, même si je pense que ça l'aurait rendue très heureuse. Françoise avait déjà été mariée trois fois… Peut-être pour marquer le coup, oui ! Car ça nous aurait inscrites dans la durée et la continuité de notre combat. Mais tout ce que j'ai vécu après elle ne pouvait être que fade. Quand on a connu quelque chose d'une telle force !

Caroline BERGER

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