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Marina Carrère d’Encausse : Le douloureux secret de famille

Publié le 14 février 2020

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© BESTIMAGE Marina Carrère d’Encausse

Marina Carrère d’Encausse a dû composer avec le passé trouble de son grand-père, accusé d’avoir collaboré avec les Nazis.

«J’adorerais interviewer ma mère ! », a avoué Marina Carrère d’Encausse à Télé Loisirs. Un défi qui s’annonce de taille car sa maman, Hélène, l’éminente historienne, grande spécialiste de la Russie, a l’art de contourner les sujets qui fâchent. Pourtant, il y a tant de questions que sa fille, la célèbre animatrice de France 5 aux commandes du Magazine de la santé, aimerait lui poser et qui lui brûlent les lèvres depuis trop longtemps. Mais à 90 ans, cette mère académicienne, si impressionnante, qui cumule les distinctions, la Légion d’honneur notamment, s’est toujours efforcée de masquer un fait historique qui entacherait à coup sûr sa crédibilité. Dans sa biographie officielle sur le site de l’Académie française, il n’est question que de ses origines slaves, héritées d’ancêtres « grands serviteurs de l’Empire » et même de la « Révolution russe »… Une formidable lignée qui impressionne !


Mais gare à ceux qui se risquent à en savoir plus. Car la dame tient à ce que certains faits très gênants concernant son illustre famille restent bien gardés. Marina, élevée dans les non-dits, ne le sait que trop bien. à la maison, il y avait un interdit à ne jamais transgresser : parler d’un ancêtre pour le moins « infréquentable » qui a eu le tord d’entretenir des relations complices avec l’occupant pendant la Seconde Guerre mondiale.

Seul son frère Emmanuel Carrère a osé briser l’omerta il y a quelques années en révélant au grand public ce sujet ô combien tabou dans un livre paru en 2007, intitulé Roman russe. En toute franchise, il y narre le parcours de Georges Zourabichvili, personnage érudit, économiste et philosophe, qui maîtrisait plusieurs langues et qui a travaillé pour les Allemands sous l’Occupation. Mais à la Libération, le père d’Hélène Carrère d’Encausse devra payer le prix fort de ce rapprochement avec le régime nazi. Le grand-père de Marina disparaîtra dans des conditions obscures, « enlevé et probablement tué par les résistants comme collaborateur », indique son frère Emmanuel. Consciente que ce passé trouble et cette soudaine disparition a toujours hanté sa mère au point de se voiler la face pour échapper à la honte, elle n’a jamais osé en parler avec elle et c’est sans doute pour crever l’abcès que l’animatrice rêve aujourd’hui de l’interviewer.

La tâche s’annonce ardue. Car lorsqu’on évoque ce douloureux secret de famille, l’historienne se renferme, comme dernièrement lors d’une interview accordée au journal Libération où elle est revenue sur le livre de son fils qui a fait éclater la vérité au grand jour. « C’est une autofiction, a-t-elle déclaré. Un roman, comme son titre l’indique. Mon fils a embelli la réalité, l’a rendue plus intéressante. Mon père n’a jamais eu de sympathie pour Hitler, il le trouvait vulgaire. Mais il aimait profondément la culture allemande. » Jusqu’à quel point ? Telle est la question…

Valérie EDMOND

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