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Marthe Mercadier et Laurent de Funès : "Laurent est le portrait craché de Louis !"

Publié le 6 avril 2012

Marthe Mercadier a été la première à déceler le génie comique de l'acteur au début des années 50.   Soixante ans plus tard, Marthe Mercadier veut faire connaître le talent du petit-fils. Mercadier et de Funès En vadrouille, c'est le titre clinquant et alléchant d'un spectacle dont la première se déroulera le 24 juin prochain à Carcassonne et qui, tout naturellement, « vadrouillera » ensuite à travers l'Hexagone. Mais c'est aussi, clin d'œil du destin, l'incroyable histoire de la rencontre de Marthe et Laurent, une grand-mère vedette et un petit-fils de star... ->Voir aussi - Marthe Mercadier : La Rolls des actricesMarthe Mercadier a été la première à déceler le génie comique de l'acteur au début des années 50.

France Dimanche (F.D.) : Réunir vos deux noms sur une affiche, c'est du marketing ?

Marthe Mercadier (M.M.) : Arletty pourrait vous répondre : « Est-ce que j'ai une gueule de marketing ? » Moi, le marketing, je ne sais même pas ce que ça veut dire ! Non, c'est juste une des belles histoires de la vie. Soixante ans après le grand-père, j'ai rencontré le môme et j'ai craqué. Point à la ligne. Affaire à suivre [rires] !

Laurent de Funès (L.deF.) : Moi qui, justement, ai fait du marketing et de la communication pendant près de trente ans, je peux vous assurer que cela n'a rien à voir. On est plutôt dans l'affectif et le feeling. On souhaite simplement faire plaisir en se faisant plaisir.

F.D. : Lequel de vous deux a « trouvé » l'autre ?

L.deF. : On s'est rencontrés au Salon du livre de Toulon. Marthe y présentait son ouvrage, Je jubilerai jusqu'à 100 ans !, chez Flammarion, et moi, pour le même éditeur, je représentais mon père Daniel - trop discret de nature pour assurer lui-même sa promotion ! -, qui venait de cosigner un livre avec le journaliste Jean-Jacques Jelot-Blanc, Louis de Funès, l'Oscar du cinéma, sur mon grand-père. Dès que Marthe m'a vu, elle s'est écriée : « C'est Louis, c'est son portrait craché ! » Entre nous, le courant est passé immédiatement.

M.M. : J'étais soufflée ! Et quelques jours plus tard, Laurent m'a invitée à une dédicace, aux côtés des fameux « gendarmes ». Je l'ai observé toute la soirée, puis je lui ai dit : « Je sens un truc en toi, je ne te lâche plus, il faut qu'on fasse quelque chose ensemble. » Voilà, c'était parti.

F.D. : Et c'est quoi, ce quelque chose ?

L.deF. : Un truc entre fiction et réalité, une sorte de coaching en direct... de rencontre intergénérationnelle... Marthe : Soixante ans après avoir lancé son papy, la mamie vous fait découvrir le petit-fils !

F.D. : C'est vraiment vous, Marthe, qui avez découvert Louis ?

M.M. : Disons que je l'ai débusqué ! Car il avait, dix ans plus tôt, passé quelques semaines au cours Simon, puis fait quelques figurations au cinéma grâce à un autre élève du cours, Daniel Gélin, qui était, depuis, devenu une grosse vedette, et l'un de mes meilleurs amis. Un soir, Daniel m'a emmenée dans un club des Champs-Élysées où Louis gagnait sa vie comme pianiste de jazz, et nous avons tellement ri que j'ai obligé la directrice du théâtre du Montparnasse à l'engager pour jouer avec moi La puce à l'oreille. C'était son premier vrai rôle, et c'est là que Colette Brosset et Robert Dhéry l'ont découvert, avant de le recruter dans leur troupe des Branquignols.

L.deF. : Marthe m'a raconté que, le soir de la première, il a tellement fait rire Michèle Morgan qu'on a dû la sortir de la salle, car elle était en train de s'étouffer !

F.D. : Et vous, Laurent, il vous faisait rire votre grand-père ?

L.deF. : Bien sûr, même si ce n'était pas aussi souvent que je l'aurais souhaité. Car, après avoir quitté ma grand-mère, alors que mon père était encore tout petit, sa seconde épouse, Jeanne, régentait beaucoup sa vie, ce qui a rendu les rencontres plus rares.

F.D. : Votre père et vous avez dû en souffrir !

L.deF. : Il y a sûrement une blessure enfouie, mais pas plus que cela, car Louis ne nous a jamais délaissés. Il partageait avec mon père la passion du jazz, de la peinture, de la bonne chère et des bons vins. Quant à moi, il ne manquait jamais de me témoigner son affection. Je me souviendrai toujours de sa fierté quand j'ai été sélectionné pour les championnats de France de patinage de vitesse.

F.D. : Et jusqu'à aujourd'hui, vous n'aviez jamais ressenti l'envie de suivre ses traces ?

L.deF. : J'y ai souvent pensé, mais je n'osais pas. Peut-être, comme disait ma grand-mère, parce que je lui ressemblais trop. Sûrement aussi parce qu'on doute forcément de soi quand on vit dans l'ombre d'un tel géant... Et puis, un jour, il y a eu le déclic. Une troupe de théâtre amateur, qui m'a permis de découvrir les planches, le public, la joie de jouer. Il ne manquait plus que Marthe, le deuxième déclic pour décider de changer de vie.

M.M. : Et quel déclic [rires] ! Il est formidable... Au théâtre du Lucernaire, où il a fait ses premières armes en parfait anonyme, tantôt incarnant Néron, tantôt parodiant son papy, les gens revenaient plusieurs fois pour le voir. Et c'est vrai - n'écoute pas, Laurent ! - qu'il est capable d'apprendre en six mois ce que d'autres intègrent en dix ans. Cela dit, vu qu'il est déjà bon mari et bon père de deux fillettes, il était temps que je le fasse sortir de sa quarantaine !

Alain Morel

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