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Marthe Villalonga : “Je n’ai pas peur de partir”

Publié le 4 août 2018

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Toujours aussi pétillante du haut de ses 86 ans, la volubile comédienne n’en a pas fini de profiter de la vie. Mais Marthe Villalonga a tout prévu au cas où…

Lors d’un petit week-end de détente dans le superbe hôtel Radisson Blu de Djerba, pendant l’Escapade des stars, Marthe Villalonga nous a accordé un entretien exclusif, entre deux séances de thalassothérapie.

France Dimanche  : Est-ce la première fois que vous faites une thalasso ? Que pensez-vous de celle-ci ?

Marthe Villalonga : Ce n’est pas la première fois, mais celle-ci est extraordinaire ! Je n’ai jamais été aussi satisfaite d’une thalasso. Tout le personnel est aux petits soins pour nous, ils sont très présents et prévenants. Les massages sont extrêmement relaxants et agréables. Une chose est sûre, je reviendrai !

FD  : Et Djerba, c’est une première également ?

MV : Oui, en effet. Je suis allée à Tunis à de nombreuses reprises, dont une fois à l’Opéra pour voir Dave chanter, mais je ne connaissais pas Djerba, je n’avais encore jamais eu l’occasion de venir.

FD  : Vous avez arrêté le théâtre il y a un peu plus de deux ans, et maintenant vous vous faites rare.

MV : Depuis longtemps, j’avais dans un coin de ma tête l’envie d’arrêter, pour profiter, égoïstement. J’adore les voyages. Et finalement, c’est arrivé après Ensemble et séparément, que j’ai joué avec Jean Piat. J’ai eu tellement de plaisir à travailler avec lui, ce grand monsieur du théâtre, que je me suis dit que c’était le moment d’arrêter avec panache !

FD  : Vous ne le regrettez pas ?

MV : Non, absolument pas.

FD  : Aujourd’hui, vous n’auriez pas envie de remonter sur scène ?

MV : Non, pas du tout. Le théâtre, c’est quand même un sacré rythme. Depuis, j’ai fait quelques courts-métrages qui étaient tournés en deux ou trois jours, et c’est très bien ainsi. Je suis donc en semi-retraite [Rires].

FD  : Vous vivez entre Paris et le sud de la France. Comment occupez-vous vos journées ?

MV : Parfois, le soir, je vais voir mes amis qui jouent au théâtre, et ça, ça me fait très plaisir, vu que j’ai loupé beaucoup de pièces en étant moi-même sur scène. Les gens du métier savent que j’ai arrêté de jouer, car on m’invite et on me sollicite beaucoup plus. Dernièrement, j’étais conviée au Festival du film canadien de Dieppe et à celui de Carmaux…

FD  : Le Festival des seconds rôles ?

MV : Voilà, c’est ça.

FD  : Seconds rôles que vous avez souvent incarnés ?

MV : Bien sûr ! On commence par rien du tout, au départ. Certains comédiens ne se rendent pas compte qu’on ne peut pas débuter en ayant tout de suite un rôle formidable. Je crois que ce qui est intéressant, c’est d’avoir, à chaque fois, l’occasion de changer, de travailler avec des metteurs en scène différents, qui sont plus ou moins exigeants, et ainsi apprendre le métier, ce qui nous fait souvent passer par des seconds rôles.

FD  : Le film dans lequel vous avez joué en 2015, La dernière leçon, de Pascale Pouzadoux, avec Sandrine Bonnaire, est une très jolie histoire…

MV : Très belle, en effet ! C’est un film où, comme dans la vie, on pleure beaucoup, mais où l’on rit également ! J’ai adoré ces moments que j’appelle des respirations, et pour les gens qui l’ont vu, ils ont ressenti ça. C’est l’histoire d’une femme qui décide du jour et de l’heure de sa mort et dispose enfin de son corps. Ça, ça me plaît énormément parce que, pour moi, le corps, c’est la seule chose dans la vie qui nous appartient vraiment totalement. Lorsque cette maman annonce sa décision à ses proches, certains finiront par l’accepter, comme sa fille, alors que son fils, pas du tout. Il a une rage terrible ! Ce que disait justement Pascale Pouzadoux, c’est qu’il va peut-être mettre un an, voire cinq, avant d’accepter que sa mère ait pris cette décision.

FD  : Le film est tiré du livre de Noëlle Châtelet, la sœur de Lionel Jospin, le fils en question, donc. L’avez-vous rencontré ?

MV : Non, jamais.

FD  : Savez-vous s’il a vu le film ? S’il l’a aimé ?

MV : Je sais qu’ils l’ont vu en famille, en comité privé, entre eux, parce qu’ils voulaient quand même apprécier le résultat. Et ils ont aimé. On a beaucoup parlé avec Noëlle Châtelet, c’est elle qui a donné au départ l’autorisation de faire le film, après avoir bien sûr demandé à ses frères et sœur.

FD  : Ce long-métrage a-t-il été important pour vous quant à votre appréhension de la mort ? La redoutez-vous ?

MV : On est tous obligés d’y passer ! Alors je n’ai pas du tout peur ! Ce n’est pas nous qui décidons. Là, on se parle, mais si ça se trouve, demain, je ne serai plus là. Pourquoi ? Comment ? On ne sait pas. C’est comme les gens qui vous disent : « Ouh la la ! Non, non, non, ne me parle pas de ça, je n’ai pas envie de faire mon testament ! » Pourquoi ? Tu crois que tu vas mourir plus ou moins vite ? C’est ridicule, au contraire, mets tes affaires en ordre, et puis après tu es tranquille.

FD  : Et comme Mireille Jospin, vous pourriez en arriver à décider de mourir ?

MV : Me faire partir ? Je crois que oui ! Pourquoi souffrir quand on sait que c’est fini ? Ne me dites pas qu’un docteur ou un chirurgien dont la propre mère souffre terriblement ne l’aide pas à partir ? Il ne faut pas me raconter d’histoires ! Enfin, je pense qu’il lui facilite les choses d’une certaine façon, j’en suis même convaincue. Tous ne le font pas, bien entendu, mais certains doivent vraiment se poser la question… J’ai une amie que j’avais connue au cours Simon, je l’ai rencontrée un jour, par hasard. Elle voyait souvent les quelques copines que nous avions étant jeunes et qui avaient arrêté le théâtre depuis longtemps. Elles étaient toujours restées en contact. Un jour, l’une d’elles leur dit : « écoutez, j’aimerais bien qu’on fasse un goûter ou un repas le mois prochain. » Elles sont parties à quatre en Suisse et, en réalité, c’était l’au revoir de cette copine, qui n’était pourtant pas très vieille, mais qui était atteinte d’un cancer et ne voulait surtout pas souffrir ! Alors, elles se sont vues ce jour-là et se sont dit au revoir. Il faut le faire, quand même ! Et on a appris le lendemain, ou deux jours après, qu’elle était partie. Chapeau ! Vous savez, il y a des hôpitaux qui sont des mouroirs, il faut bien dire les choses comme elles sont, dans lesquels de nombreuses personnes souffrent énormément.

FD  : Si vous n’avez pas peur de la mort, vous redoutez en revanche la douleur…

MV : Oui ! Je n’ai pas envie de mourir dans des souffrances épouvantables. On voit des gens, des enfants qui ont des cancers, des choses comme ça, c’est terrible !

FD  : Est-ce qu’on peut vous demander votre âge ?

MV : Oh oui, je m’en fous ! Un jour, une dame m’a dit : « Je n’ose pas vous demander votre âge parce que ce n’est pas correct. » Je lui ai répondu : « Mais vous ouvrez n’importe quel journal ou Internet, et vous saurez mon âge ! » Je vais vous le dire tout de suite : en mars dernier, j’ai fêté mes 86 ans. Je n’ai pas envie de partir, mais si je pars, je pars. Ce n’est pas moi qui commande, c’est là-haut.

FD  : Et lorsque là-haut aura décidé, avez-vous pris vos dispositions ?

MV : Oui, ma famille est au courant. Premièrement, je ne veux pas aller au cimetière, je serai incinérée : comme ça, je suis certaine de partir ! Ensuite, on jettera mes cendres dans la mer que j’adore… la Méditerranée, bien sûr !

FD  : Même si vous n’avez pas eu d’enfant, vous sentez-vous quand même entourée ?

MV : J’ai de la famille, des cousins directs. On ne se voit pas forcément souvent, mais nous communiquons régulièrement. J’ai la chance jusqu’à présent d’être en bonne santé, mais je sais que, s’il m’arrivait quoi que ce soit, certains seraient là pour moi. J’ai encore la possibilité, sur un coup de tête, d’appeler une cousine et lui dire « J’arrive ! » pour aller me faire dorloter une petite semaine chez elle ! J’ai également la chance inouïe de pouvoir me payer un voyage sans déranger personne !

FD  : Et pour la suite, tout est réglé ?

MV : Oui. Tout est en ordre, j’ai fait mon testament. Et je veux que ma famille avant tout, et ceux qui en ont besoin, en profitent. Je n’ai pas toujours confiance en toutes ces associations. Alors je préfère choisir ce que je donne et à qui je donne ! Chaque année, je prépare des sacs que je distribue aux gens que je connais et dont je sais qu’ils en auront l’utilité. Moi, j’ai la chance d’avoir un toit, j’ai de quoi manger, alors je peux faire plaisir à ma famille, aux amis et à ceux qui sont dans le besoin.

FD  : Vous donnez des livres, des vêtements ?

MV : Les vêtements, par exemple, je les offre aux personnes qui habitent près de chez moi, à Cannes. Je récupère également, lors des différents tournages, tout un tas d’objets dont personne ne se soucie une fois le film terminé. Vous savez, dans le cinéma, il y a beaucoup de choses neuves qui ne servent qu’une seule fois. Alors moi, aujourd’hui, je préviens carrément la réalisation et je leur demande de ne rien jeter ! Ainsi je peux en faire profiter les autres.

Anthony QUITTOT

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