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Martin Circus : Toujours vivants !

Publié le 26 août 2016

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La terrible disparition de Gérard Blanc en 2009 avait laissés le groupe des Martin Circus meurtris de chagrin. Avec un � nouveau chanteur � à leur tête, les fringants septuagénaires sont bien décidés à continuer de faire leur cirque.

Les longues tignasses des seventies ont laissé place à des coupes courtes, leur couleur a changé, virant au blanc argenté, quant aux tenues, elles n’ont plus la brillance colorée des années disco. Mais l’état d’esprit qui anime les Martin Circus depuis 1969 est toujours là !

« En fin de compte, malgré nos âges et les années qui ont passé, on reste des soixante-huitards un peu anar, et c’est plutôt dans l’air du temps non ? La question primordiale demeure : que font les humains avec les autres humains et que veulent-ils faire de leur planète ? », explique Alain Pewzner, guitariste de la formation depuis 1971.

Cette année-là, Sylvain Pauchard avait aussi rejoint les Martin, accompagné de son chanteur au sein du groupe Balthazar, un certain Gérard Blanc. Si Alain et Sylvain sont encore là, en train de travailler sur d’anciens titres dans un studio parisien, Gérard, lui n’est plus.

Victime d’un malaise cardiaque en octobre 2008, le chanteur à la célèbre moustache, celui qui avait connu le sommet du Top 50 avec son tube Une autre histoire, dans les années 80, était emporté en janvier 2009, plongeant les Martin Circus dans le silence et le deuil. « Ce n’est pas un partenaire de musique qui est parti, c’était notre ami », évoque pudiquement Sylvain.

Les Martin Circus dans les années 70 : René Guérin, Sylvain Pauchard, Alain Pewzner, Gérard Blanc et Bob Brault (de g. à dr.) Archives personnelles
Les Martin Circus dans les années 70 : René Guérin, Sylvain Pauchard, Alain Pewzner, Gérard Blanc et Bob Brault (de g. à dr.) Archives personnelles

Euphorisant

Un ami qu’il a fallu remplacer pour que l’aventure continue. Il y a cinq ans, un jeune chanteur, Tom Bock, a commencé à travailler sur d’anciens morceaux et « ça a accroché ». Cet artiste touche-à-tout apprécie les textes toujours d’actualité du groupe. La voix aussi grave que Gérard l’avait aiguë, il a fait siens les titres des Martin Circus. « Aujourd’hui, les chansons sont formatées pour durer trois ou quatre minutes, à l’époque, ça tripait, s’enthousiasme ce quadra à la belle gueule. J’avais envie d’entrer dans cet univers en le réinterprétant à ma façon, mais de telle sorte que les gens retrouvent les morceaux originels. »

« On est en train de refaire les peintures », précise Alain pour expliquer que le groupe, auquel manquait ce jour-là Félix Sabal Lecco, le batteur, bloqué par des grèves de train, réenregistre ses principaux titres avec de nouveaux arrangements, et surtout, avec ce nouveau chanteur. « Les autres membres m’ont dit : “Sens-toi libre”, et c’est clair que je ne vais pas me laisser pousser les moustaches. De toute façon, je ne sens pas Gérard au-dessus de mon épaule en train de me surveiller », conclut le jeune homme, sourire aux lèvres.

Il n’est qu’à le voir s’approprier le célèbre tube Je m’éclate au Sénégal pour le comprendre. Tandis que les trois musiciens improvisent quelques notes pour les besoins de notre séance photo, ils s’emballent soudain au son des Tam Tam de Dakar et de Ouagadougou. Thomas est sans micro, la guitare n’est pas branchée et Alain a un doigt foulé, mais qu’importe ! Ceux de Sylvain glissent sur les touches du piano et la magie du célèbre morceau investit le studio.

L’occasion pour Sylvain de se remémorer le voyage qui a inspiré cet ovni musical. En 1968, Gérard et lui embarquent à Marseille direction l’Afrique de l’Ouest. Avant même d’arriver à Dakar, faisant étape au Maroc, à Casablanca, en quête de plantes locales aux pouvoirs euphorisants, ils se font fourguer du vulgaire gazon. Plus tard, ils achèteront à prix fort une bouteille de thé, pensant avoir acquis du whisky.

https://www.youtube.com/watch?v=e6kf-ruff2g

D’autres péripéties suivront : camion bloqué à la douane avec tout le matériel, poursuite avec des malfrats dans des ruelles sombres… De quoi inspirer leur grand tube. Il y en aura d’autres. Nul n’a oublié Marylène et Bye Bye Cherry, reprises de célèbres hits des Beach Boys, ou encore Drague Party.

Les filles

C’était au milieu des années 70 et tout était permis. Après l’époque des premiers concerts où il leur fallait monter seuls la scène, en bleu de travail, le temps des succès a apporté au groupe la gloire, l’argent et les filles. « Des gonzesses au concert, des gonzesses à l’hôtel, des gonzesses partout », se souvient Alain avant d’évoquer les nuits parisiennes d’alors, où les artistes faisaient bombance à la Bulle, au Bilboquet, au Gibus ou au Chalet du lac, dancing du bois de Boulogne où le champagne coulait à flots.

Hallyday, Vartan, Sardou ou encore Delpech étaient de la partie, et vers 2 ou 3 h du matin, la piste de danse se transformait en salle de concert le temps de bœufs gigantesques. Une autre époque…

Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui ces fringants septuagénaires à se relancer dans l’aventure ? « Avant tout, le plaisir de se réunir, résument Alain et Sylvain. à nos âges, nos carrières sont faites. On n’a pas besoin d’argent. Mais on a envie de faire des choses nouvelles en gardant en tête l’état d’esprit qui nous animait jadis. »

À les voir dans le studio, complices et blagueurs avec Tom, leur nouveau chanteur, on se dit que les Martin Circus, cinquante ans après, n’ont pas pris une ride.

Cyril Bousquet

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