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Mathilda May : Elle a failli mourir !

Publié le 31 mai 2018

Le crâne fracassé après une chute de cheval, Mathilda May a perdu l’odorat…

Revenant pour la première fois sur ses trente ans de carrière, l’actrice résume en quelques mots son parcours dans V.O., son autobiographie, publiée chez Plon : « à la fois merveilleux, décevant, chaotique et heureux ».

Mais Mathilda May aurait sans aucun doute pu ajouter un adjectif à sa liste :
« dangereux ».

C’est du moins celui qui vient à l’esprit du lecteur des pages consacrées à sa collaboration avec le réalisateur allemand Werner Herzog.

Le cinéaste est réputé pour son tempérament sanguin, comme en témoignent ses empoignades homériques avec son comédien fétiche, le regretté Klaus Kinski, aussi talentueux que caractériel, avec lequel il a failli s’étriper en pleine jungle amazonienne lors des tournages d’Aguirre ou la colère de Dieu et de Fitzcarraldo.

Quant à certains figurants indiens, ils manquèrent de se noyer pour les besoins du scénario et jurèrent de se venger de leur tortionnaire. Bref, on l’aura compris, Herzog a l’art de se faire des amis et un goût prononcé pour les grands espaces sauvages et périlleux.

Prières

Et de ce point de vue, le maestro se montre à la hauteur de sa réputation lorsqu’il propose à Mathilda, déjà récompensée par un César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans Le cri du hibou, de Claude Chabrol, d’être à l’affiche de son prochain film Cerro Torre, le cri de la roche.

Nous sommes en 1991, et le réalisateur semble en avoir assez de la moiteur étouffante des forêts équatoriales.

Cette fois, notre homme a décidé de prendre le frais en plantant ses caméras en Patagonie, au sud de l’Argentine, une zone quasi désertique, coincée entre les glaciers et la frontière chilienne.

Une région comptant plus de têtes de bétail que d’habitants et où il faut hurler pour se faire entendre tant le vent souffle fort.

Après un interminable trajet en minibus, sur une petite route qui traverse pampas verdoyantes et plateaux enneigés, Mathilda arrive enfin au campement, constitué de baraquements en bois, éparpillés autour d’une vieille bâtisse en pierre, qui sert de cantine, de loges maquillage, coiffure et costumes.

La comédienne décrit le réalisateur comme un authentique aventurier, doté d’une soif immodérée pour les défis.

Un portrait assez juste, comme nous avons pu le voir.

Werner Herzog a d’ailleurs décidé de consacrer son film à l’un des sommets de la cordillère de Patagonie, le Cerro Torre, 3 128 mètres, dont l’ascension a longtemps été réputée comme l’une des plus ardues de la planète.

Un endroit comme le cinéaste les adore !

Si cette montagne est la vraie vedette du long-métrage, le film relate la rivalité de deux alpinistes de renommée mondiale, l’un de 45 ans, et l’autre de 25, chacun voulant être le premier à gravir ce mur de granit coiffé d’un dôme de glace.

Mathilda incarne une amie du plus âgé de ces casse-cou.

Très vite, l’actrice française découvre les joies du climat local.

Souvent, il y a trop de vent pour que l’hélicoptère militaire puisse se poser sur le glacier. Et quand il prend l’air, les passagers prient pour ne pas finir fracassés contre les rochers.

Les bourrasques sont si violentes que la jeune femme écrit : « C’étaient les montagnes russes en plein air. On se tenait la main avec Donald Sutherland. On venait de se rencontrer, mais le contexte nous avait vite rapprochés. Terrifiés, on voyait nos existences défiler, persuadés de vivre nos derniers instants. Et on priait. Même moi qui n’étais pas croyante, je priais à fond. »

Si le célèbre acteur, interprétant un journaliste, a rassuré comme il le pouvait sa partenaire, il a toutefois fulminé quand il a fallu continuer à pied, et se hisser jusqu’au glacier.

Là-haut, le matériel s’envolait, on devait creuser un trou pour que les acteurs puissent se coucher et se protéger des titanesques rafales de vent.

Dès que la météo le permettait, tous travaillaient avec de la neige jusqu’à la taille. Et un soir où l’hélico n’a pas pu revenir les chercher, l’équipe a été contrainte de bivouaquer dans une grotte où avaient vécu des pumas (!), sans rien à se mettre sous la dent.

Mathilda, épuisée, a bien cru vivre sa dernière heure.

Mais le pire restait à venir. Un jour, elle refuse d’attendre la navette volante, et préfère rentrer à cheval, pensant qu’il s’agit d’un moyen de transport moins risqué, même au prix de six heures de périple. Escortée par un cavalier argentin de 12 ou 13 ans, elle se fraye un chemin dans la haute montagne.

Soudain, sa selle glisse sur le côté, et Mathilda tombe sur le dos, se fracassant la tête sur une pierre pointue.

L’actrice s’évanouit aussitôt. Quand elle reprend connaissance, elle est couchée à plat ventre, et entend des voix.

Par réflexe, la jeune femme touche son crâne et voit ses doigts rougis de sang, avant de perdre à nouveau connaissance. Elle finit par rouvrir les yeux dans un hôpital désert.

L’actrice y restera une quinzaine de jours avant de rejoindre l’équipe du film, qui n’avait aucun moyen de communiquer avec elle.

Aujourd’hui encore, elle ignore comment son jeune compagnon de voyage a pu la sauver. Et c’est en allumant une cigarette, au bout de quelques heures, que la comédienne découvre que quelque chose ne va pas.

Elle réalise qu’elle a totalement perdu son odorat.

Ce n’est qu’en rentrant à Paris, après différents examens, qu’elle obtiendra un diagnostic complet : lors de sa chute, sa boîte crânienne s’est déplacée, écrasant – sans le sectionner – son nerf olfactif.

Mathilda a subi un choc cérébral qui l’a plongée dans un coma dont elle aurait pu ne jamais revenir. Et il lui faudra une vingtaine d’années pour retrouver l’usage de son nez.

Aujourd’hui, devenue metteur en scène et auteur, elle ne regrette pas cette pause avec le cinéma. Pourtant, si Werner Herzog lui demandait de repartir, dans un volcan ou sous l’eau, cette artiste complète de 53 ans le suivrait sans hésiter.

Preuve que Mathilda n’est vraiment pas rancunière…

Nina COLLOMBE

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