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Maurane : On l’appelait Bouboule !

Publié le 10 avril 2015

Dans ses mémoires, la chanteuse Maurane révèle le� calvaire� qu’elle endure depuis sa petite enfance…

C’est un problème auquel nombre d’entre nous sont ou ont été confrontés. Un problème qui parfois même se transforme en un véritable calvaire. De quoi voulons-nous parler ? De ce petit bourrelet disgracieux, ici… et de cet autre, là… et puis de cette « peau d’orange » intempestive, un peu plus bas…

Bref, nous parlons des kilos en trop, de ceux qui ne rendent pas forcément une femme moins belle ni moins désirable, mais qui peuvent suffire à lui gâcher l’existence, dès lors qu’ils se transforment en obsession et en complexes.

Évidemment, si l’on est une femme célèbre, constamment sous le feu des projecteurs, c’est bien pire, et ce n’est pas la chanteuse Maurane qui prétendra le contraire, elle qui vient de donner à son livre de mémoires un titre à la fois sobre et très explicite : Trop forte ! (éditions Michel Lafon).

Les régimes draconiens, que l’on commence avec l’espérance au cœur et que l’on achève avec le désespoir dans l’âme, elle connaît : elle a fait ça quasiment toute sa vie.

Elle résume parfaitement la chose en une formule, d’ailleurs pleine d’esprit. Quand, à l’issue d’un régime, une de ses amies lui posait la question rituelle : « Alors ? T’as perdu combien ? », elle avait pris l’habitude de répondre du tac au tac : « J’ai perdu deux mois ! »

On ne peut être plus clair ! Mais, derrière l’humour, une douloureuse blessure se dissimule. Et qui remonte à un jour précis de son enfance.

La petite Claudine, le véritable prénom de la future chanteuse Maurane, voue une véritable vénération à sa grand-mère maternelle et marraine, qu’elle appelle Manet, parce que, toute petite, elle ne savait pas prononcer le mot « marraine ».

Or, voilà qu’un jour, inconsciente du mal qu’elle va lui faire, cette femme belle et élégante appelle sa petite-fille Bouboule. Ce sobriquet malencontreux se fiche dans l’âme de la future Maurane, telle une écharde dans la chair.

Et c’est vrai que la petite fille est gourmande… et quelque peu potelée. Mais, jusqu’à ce terrible Bouboule, elle n’en avait aucune conscience : désormais, elle l’a, cette conscience, et ça lui fait très mal. D’autant plus que Manet, croyant bien faire, pensant la stimuler pour surveiller son poids, ne lui épargne aucune réflexion cruelle.

Comme celle-ci, que fait une femme à son mari, à la terrasse d’un café lors d’un été au bord de la mer : « Elle est belle, cette petite, là-bas. Mais quel dommage qu’elle soit si grosse ! » Ravageur, évidemment.

Maurane veste rougePourtant, avant même cet âge crucial qu’est l’adolescence, la croix que porte la fillette va aussi devenir la clé de son avenir. Un phénomène que Maurane résume ainsi : « C’est grâce à ma voix que, enfant, on a cessé de ne voir en moi qu’un corps gras. Maligne, j’occupais encore plus d’espace par les notes que je produisais qu’en me déplaçant ici et là. »

En effet, pour tâcher de surmonter tant bien que mal son complexe, Claudine s’est mise à la guitare et au chant : on sait aujourd’hui que ce fut l’idée la plus féconde de son existence.

Forte

Mais, en attendant la gloire, il faut vivre. Et, surtout, il faut franchir ce cap ô combien délicat : la puberté. On sait ce qui s’y passe, bien sûr. Brusquement, les petites filles voient apparaître, sur et dans leur corps, les attributs de leur féminité naissante. Les petites filles… mais pas Maurane.

Pour elle, obsédée par ses kilos en trop, ces seins qui poussent, ces hanches qui s’élargissent, ces fesses qui s’arrondissent, ce ne sont rien d’autres que des bourrelets supplémentaires, c’est-à-dire une catastrophe ! Et, pour ne rien arranger, sa grand-mère s’obstine à l’appeler Bouboule…

Évidemment, cela ne dure pas, et Maurane, bientôt, réalise qu’elle est devenue une femme. Est-ce plus facile ? Non, au contraire. Car, maintenant, il y a le regard des garçons, et les réflexions qu’on leur imagine, qui multiplient les kilos en trop par dix !

Maurane livreSouvent le problème n’est qu’imaginaire mais, parfois, il est bien réel. Maurane l’a vécu avec celui qu’elle nomme Jean-Pierre et qui, hélas, n’aimait que les femmes minces. Voici ce qu’elle écrit : « Mon corps le rebutait. Il m’aimait, il me le répétait en pleurant, seulement mon corps était de trop. »

Destin cruel ? Oui, en un sens, dans ce cas. Mais aussi destin ironique. Écoutons encore Maurane parler des hommes de sa vie : « J’ai connu un autre homme pour qui je manquais de chair au contraire, je ne lui suffisais pas. »

Trop grosse pour l’un, trop svelte pour l’autre : il y aurait franchement de quoi sombrer dans la déprime et renoncer pour toujours à l’amour, non ?

Eh bien, pas Maurane. Abattue parfois, mais relevée toujours ! Et c’est ce qu’illustre le double sens du titre de son livre. D’un côté, « trop forte » à cause des kilos superflus ; mais de l’autre il y a « trop forte » pour dire la femme exceptionnelle !

Et, en effet, c’est ce qu’est Maurane.

Didier Balbec

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