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Maurice Lamy : "Toulouse-Lautrec c'est moi !"

Publié le 1 juillet 2016

Fasciné depuis 30 ans par Henri de Toulouse-Lautrec, le comédien Maurice Lamy s'est glissé facilement dans la peau du peintre, grâce à leur curieuse ressemblance.

La pièce « La vie de Toulouse-Lautrec » se termine, et Maurice Lamy me reçoit sur la scène du théâtre du Gymnase, tandis que sa sœur Faroudja s’affaire à ranger le décor. Le comédien évoque le peintre infirme et de petite taille, qui fut célèbre pour ses affiches du Moulin Rouge et de la Goulue, sa danseuse vedette...  et qui lui ressemble curieusement.

France Dimanche : Vous vous êtes surtout intéressé à l'homme et moins au peintre. Pourquoi Toulouse-Lautrec ?

Maurice Lamy : J’ai vu un autoportrait de Henri de Toulouse-Lautrec au théâtre de Bruxelles, et j’ai trouvé qu’il me ressemblait étrangement, avec le même regard, le même front. J’ai été subjugué. En rentrant à Paris, je me suis intéressé au personnage, c’était comme une révélation. J’ai pensé, nous sommes vraiment des clones ! A partir de cet instant, je me suis promis qu’un jour, j’écrirais sur lui. J’avais 20 ans, j’en ai 52 aujourd’hui ! A l’époque, je n’étais pas suffisamment mûr, pour m’attaquer à ce personnage historique. J’ai découvert très peu de choses sur lui, à part une analyse picturale, qui ne m’intéressait pas. J’ai donc imaginé le ressenti de cet homme handicapé, vivant dans un monde très bourgeois du 19ème siècle. C’était vraiment un nabot, au milieu de ces gens très bien apprêtés. Il était issu d’une famille aristocratique, troisième fortune de France.

AFFICHE SPECTACLE TOULOUSE LAUTREC MAURICE LAMY
AFFICHE SPECTACLE TOULOUSE LAUTREC MAURICE LAMY

F. D. : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène ce lien qui unissait le peintre à sa mère Adèle ?

M. L. : Quand j’ai vu la photo d’Adèle, cette femme m’a aussitôt touché. Sans connaître sa psychologie, j’ai bien observé sa posture un peu rigide. Adèle, interprétée merveilleusement par Isa Mercure, le protège, le conseille, et lui prouve qu’elle l’aime sans lui dire. Il fallait une comédienne qui puisse vraiment apporter une dimension au personnage, et qui soit à la hauteur de Lautrec, qui est omniprésent. Il a été rejeté par Alphonse son père, passionné de chevaux, parce qu'Henri ne pouvait pas monter un canasson. L’équitation lui était interdite à cause de sa fragilité osseuse. Le calcium ne se fixait pas sur ses os, et il a subi plusieurs fractures du fémur qui ont ralenti sa croissance. Ce qui l’a obligé à se servir d’une canne très jeune. Avec la grande tradition des chasses à courre, qui étaient l’occasion indispensable d’indiquer sa position sociale et de trouver une femme, Alphonse ne supportait pas que son fils ne puisse pas monter à cheval. Alors, j’ai eu envie que le personnage d’Adèle, marque le côté positif, avec son amour, sa tendresse, sa compréhension, et qu’elle soit un soutien indéfectible par rapport au père, qui se moque éperdument des expositions de son fils et de ses tableaux.

"Toulouse-Lautrec buvait de l’absinthe dès le matin, il en est mort d’ailleurs à 37 ans."

F. D. : Sa vie n’a pas été facile ?

M. L. : C'était un être tourmenté, parce qu'il souhaitait s’imposer en tant qu’impressionniste, mais l’homme était également angoissé par sa petite taille, et qu’il avait envie de connaître l’amour. Il buvait de l’absinthe dès le matin, il en est mort d’ailleurs à 37 ans.

F. D. : Votre ressemblance physique est troublante.

M. L. : Nous sommes petits tous les deux, il mesurait 1,52 m et moi 1,56 m. Nos parcours sont identiques, sauf que je me suis marié, et j’ai deux grands enfants. Lautrec et moi avons un physique inhabituel, hors norme, lui a été rejeté par la gent féminine, excepté les prostituées ! Pour ma part, j’ai aussi connu des difficultés avec les femmes à cause de mon physique atypique. Je le ressentais à travers des regards, des remarques. Lautrec a probablement fréquenté l’artiste peintre Suzanne Valadon et la chanteuse Yvette Guilbert. Ce qui est drôle, c’est qu’il est né le 24 novembre 1864, et moi, le 17 novembre 1963. Un siècle après, il revient ! Appelez moi Toulouse-Lautrec ! (Eclats de rires)

Maurice Lamy - La vie de Toulouse-Lautrec
Maurice Lamy - La vie de Toulouse-Lautrec © Sébastien Pontoizeau

F. D. : Vous retracez surtout les dernières années de sa vie...

M. L. : Cette fin est la symbolique de toute la souffrance qu’il a portée, et la difficulté à s’imposer en tant que peintre. Lautrec passait dix heures dans son atelier, c’était obsessionnel ! Mais, il était incompris et peu considéré à son époque. Savez-vous que j’ai rencontré sa parentèle ? Trois personnes sont venues voir la pièce, elles ont été bouleversées. C’était très émouvant quand elles m’ont pris dans leurs bras, et m’ont dit ; « C’est magnifique. Voir enfin une pièce sur lui, c’est tellement inattendu. Vous êtes Lautrec. Vous avez ce regard très coquin, très vif. C’est incroyable, cette ressemblance dans votre jeu. Vous avez un côté espiègle comme lui, et la même profondeur. Merci à vous. »

"J’ai souffert de mon miroir, mais pas de ma famille."

F. D. : La similitude de vos physiques est donc indéniable...

M. L. : Oui, mais ma mère était femme au foyer, et mon père commerçant ! J’ai deux sœurs, dont Faroudja qui m’accompagne, et mes quatre frères sont tous très grands, costauds, et beaux, et zut !

(Faroudja se rapproche de nous : "Je suis née juste avant Maurice, et comme il grandissait moins vite que les autres, pour moi, il a toujours été mon petit frère. Il est d'une merveilleuse humanité. Quand je le regarde, je suis dans cette beauté, celle que l'on va chercher plus loin, profondément... Il m'a appris à regarder autrement. C'est très émouvant de le rencontrer, parce que c'est d'abord son âme que l'on approche, et après, son image.)

Oui, je suis le petit dernier. J’ai dû apprendre à regarder les femmes différemment. Il faut toujours essayer de sublimer les choses. J’ai eu, moi aussi, mes souffrances comme tout le monde, mais pour certains la croix est quelque peu plus lourde à porter. Dieu merci, j’avais des anges qui la portaient avec moi. J’ai souffert de mon miroir, mais pas de ma famille. Ils me laissaient tranquille, parce que j’ai développé un drôle de caractère, je ne me laissais pas faire. Un petit, avec une gueule atypique, c’est très compliqué pour les femmes. Elles peuvent accepter les gros, mais il faut qu'ils soient grands. En général, une femme préfère un homme plus grand qu'elle, même s'il est obèse, chauve, ou alcoolique. C'est comme ça, on vit avec des codes, des images.

Maurice Lamy - La vie de Toulouse-Lautrec
Maurice Lamy - La vie de Toulouse-Lautrec © Sébastien Pontoizeau

F. D. : L’apparence est pourtant importante dans votre métier ?

M. L. : Je viens du cinéma, c’est ma première expérience au théâtre. J’ai débuté en 1983, tourné "Le dernier combat", le premier film de Luc Besson, et "Sac de noeuds" le premier long-métrage de Josiane Balasko, et trois fois avec Jean-Pierre Mocky et Arthur Joffé. Pour son premier long-métrage « Harem », (de Joffé, ndlr) nous étions à Marrakech, avec Nastassja Kinski et Ben Kingsley. J’avais 22 ans et j’avais peur d’être ridicule en donnant la réplique à Ben, qui venait d’obtenir l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle de Gandhi. Il parle un peu français et m’a mis en confiance. Il m’a donné envie de continuer le métier, en me donnant des conseils de jeu. Ce comédien exceptionnel a eu cette patience et cette gentillesse qu’ont les grands. Le soir, il m'a même invité à dîner. En vingt-cinq ans de carrière et trente films, je n’ai pas rencontré beaucoup d’acteurs aussi ouverts, et généreux.

PUB ORANGINA ROUGE AVEC LE COMEDIEN MAURICE LAMY
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F. D. : Dans les années 1980, vous avez également incarné le méchant de la publicité Orangina Rouge ?

M. L. : C'était un vrai plaisir d'acteur. Mais, je n'aime pas tout ce qui est gazeux. J'ai les bulles dans la tête.

Tous les lundis jusqu’au 27 juin, reprises fin 2016 et début 2017. Tournée prévue en province à partir de septembre 2017. Facebook : Toulouse Lautrec, pièce de théâtre.

Recueilli par Anita Buttez

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