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Meryl Streep : “Je suis taillée comme un rugbyman !”

Publié le 5 février 2015

Cette année, Meryl Streep est pour la dix-neuvième fois nommée aux� Oscars�. Nous l’avons rencontrée à Manhattan, où elle vit désormais.

Depuis près de quarante ans, elle triomphe sous les projecteurs. C’est l’une des plus grandes stars de la planète, et pas seulement parce qu’elle détient le record absolu de sélections aux Oscars. Son plus grand talent, c’est d’être 100 % naturelle, comme Meryl nous le prouve dans cet entretien.

France Dimanche (F.D.) : Vous avez souvent interprété des femmes de pouvoir. Est-ce un trait de votre caractère ?

Meryl Streep (M.S) : Si mes enfants pouvaient vous entendre, ils riraient aux éclats ! J’aimerais que l’on me craigne, mais j’ai un énorme défaut, je revendique mon droit à l’humilité et à la discrétion. Vous en connaissez, vous, des femmes de pouvoir qui repassent les vêtements de leurs enfants, font des lessives et cuisinent ?

F.D. : Êtes-vous une mère à poigne ?

M.S. : Mon mari a le bon rôle, celui du papa gâteau. Normal, j’ai trois filles. Elles ont tendance à idéaliser leur père. Quand nous avons acheté notre maison, il y avait des initiales gravées dans un mur de la cuisine, probablement laissées par les anciens propriétaires : DTM. J’ai appris que cela signifiait « Don’t tell mom ! » (« Ne le dis pas à maman »).

F.D. : On ne dira donc rien à maman, mais parlez-nous de vos trois filles…

M.S. : Elles passent leur temps à se reluquer devant leur miroir et s’imaginent, parce qu’elles sont encore jeunes, que la maîtrise de leur apparence leur permettra de contrôler leur vie ! J’ai beau leur répéter « Ce n’est pas parce que vous dépensez 500 dollars pour une nouvelle paire de bottes que vous allez devenir les reines du monde ! », rien n’y fait ! Ça ne m’empêche pas de les aimer à la folie ! Deux d’entre elles sont actrices. La relève est déjà là…

Meryl Streep verticalF.D. : Seriez-vous économe ?

M.S. : Mes parents ont connu la Grande Dépression. Toute leur vie, ils ont refusé de contracter des crédits. Ils ne cessaient de me répéter « Épargne ! », « Fais fructifier ton argent ! », alors que mes filles ne songent qu’à vider leur bas de laine ! Et bien entendu maman et papa sont là pour le repriser !

F.D. : Qu’est-ce qui vous agace le plus dans le cinéma actuel ?

M.S. : Sa violence gratuite. Dans la vie, les gens ne tuent pas comme dans un film de Tarantino, c’est-à-dire pour rien ! Ils ont des mobiles ou croient en avoir. La violence « glamourisée » ne me fait pas marrer.

F.D. : Vous avez fêté vos 65 ans. Vieillir vous effraie-t-il ?

M.S. : Je n’ai pas peur de vieillir. J’attends encore plus de rides et les rôles de grand-mère qui vont avec ! Quant à la chirurgie esthétique, je n’aurai jamais recours à ce type d’artifice. À quoi bon se faire tirer la peau quand on sait qu’on est vieux en dessous ? La seule chose que je redoutais, c’était le gâteau d’anniversaire. Heureusement, il était « light ». Le beurre, le sucre, la crème, c’est bon pour le moral, mais pas pour que j’ai !

F.D. : Et qu’est-ce que vous avez, si ce n’est pas trop indiscret ?

M.S. : Pour l’instant, ça va, ça se maintient ! Mais je sais que si je me laissais aller j’aurais un cul aussi large que Big Apple [le surnom de New York, ndlr] ! [Rires.]

F.D. : Des producteurs ont-ils essayé de vous changer physiquement ?

M.S. : Quand j’étais une jeune actrice, des « affameurs hollywoodiens » ont essayé de me faire perdre quelques kilos. Je n’ai jamais cédé ! J’ai une ossature lourde ! Je suis taillée comme un rugbyman. Si j’avais les attaches de Sharon Stone ça se saurait, et surtout ça se verrait ! Vous m’auriez vu tourner plus de scènes sous la douche !

F.D. : Qu’est-ce qui vous permet d’examiner votre carrière avec la plus grande objectivité ?

M.S. : Quand je joue, je ne me prends pas pour la septième merveille du monde. J’ai d’ailleurs mes filles qui ne manquent pas de me le rappeler régulièrement. Mes frères aussi. Je suis totalement lucide sur mes limites en tant qu’être humain.

F.D. : Revoyez-vous parfois vos films ?

M.S. : Non ! C’est comme si vous demandiez à un plombier s’il retourne sur un chantier voir si ses soudures tiennent.

F.D. : Qu’avez-vous fait des nombreux ­trophées que vous avez glanés ?

M.S. : Ils sont cachés dans un placard parce que mes enfants se fichaient de moi ! Pendant longtemps, ils m’ont dit aussi : « Maman, lorsque tu marches sur un tapis rouge, on a l’impression que tu participes à un défilé canin ! Tu n’as pourtant pas la tête d’un caniche royal ! »

Ses trois filles, Louisa, Grace et Mamie (de gauche à droite) et son mari Don, aident la comédienne à garder les pieds sur terre et à ne jamais se prendre au sérieux.
Ses trois filles, Louisa, Grace et Mamie (de gauche à droite) et son mari Don, aident la comédienne à garder les pieds sur terre et à ne jamais se prendre au sérieux.

F.D. : Est-il vrai que vous rêviez de devenir cantatrice ?

M.S. : Vrai ! Gamine, j’ambitionnais de devenir la Callas blonde ! Le prof de chant me trouvait d’ailleurs tellement douée qu’il ne faisait pas payer mes parents. Malheureusement, je n’ai pas pu ou su persévérer. La musique reste pour moi la plus belle manière de traduire ses émotions.

F.D. : Vous avez quitté Hollywood. Où vivez-vous désormais ?

M.S. : À Manhattan. Nous avons vendu notre ferme pour nous rapprocher de nos enfants. C’est une façon de garder un œil sur eux.

F.D. : On raconte que vous seriez très remontée contre ceux qui ne respectent pas l’environnement ?

M.S. : Les gaspilleurs, les pollueurs, les profiteurs me mettent en rage. Quand je vois quelqu’un rouler seul dans un énorme 4 x 4, j’ai les nerfs à vif ! Pourquoi avoir un si gros véhicule lorsqu’on a un seul cul à déplacer ?

F.D. : Et vous carburez toujours au sancerre ?

M.S. : Et comment ! Quand je bois du sancerre, j’entrevois le paradis !

F.D. : Si vous deviez trouver une épitaphe, vous concernant ?

M.S. : « Elle a fait ce qu’elle a pu » et accessoirement : « Merci d’arroser les fleurs ! »

Recueilli à New York par Frank Rousseau

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