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Michel Berger : Chronique d’une mort annoncée

Publié le 22 mai 2022

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Victime d’un infarctus à 44 ans, l’interprète du “Paradis blanc” aurait, selon son biographe, succombé à trop de pressions.

Cela fera trente ans, le 2 août, qu’a disparu cet immense artiste, victime d’un infarctus à la suite d’un match de tennis dans sa propriété de Ramatuelle (Var), où il passait des vacances en famille. Sa mort précoce, à seulement 44 ans, fut un cataclysme pour son épouse et muse, France Gall, et leurs enfants, Pauline et Raphaël, mais aussi pour ses milliers de fans.


Or, à en croire son ami, le journaliste Yves Bigot, dont l’édition augmentée de la biographie du chanteur vient de paraître au Seuil, il ne s’agirait pas d’un tragique et imprévisible accident. En effet, pour le directeur de TV5 Monde, invité de C à vous, sur France 5, le 28 avril dernier, le cœur de l’interprète du Paradis blanc a lâché parce qu’il était « sous une pression incroyable » !

“L’idée de perdre du temps à se faire soigner, ça ne rentrait pas du tout dans ses plans !”

Ce n’est pas un secret : depuis longtemps Michel Berger savait qu’il souffrait d’une pathologie cardiaque. Pourtant, malgré certains symptômes inquiétants, il n’avait pas pris la peine de consulter un spécialiste, comme l’a raconté Yves Bigot : « Il avait toujours trois ou quatre projets en même temps, plus deux ou trois d’avance. L’idée de perdre du temps à se faire soigner, voire éventuellement d’être arrêté, ça ne rentrait pas du tout dans ses plans. »


Victime de son succès ? En quelque sorte… Auteur, compositeur et interprète prolixe, ce bourreau de travail était, en cet été 1992, au sommet de sa gloire. Il préparait une grande tournée pour défendre Double jeu, son dernier album en duo avec France Gall, sorti en juin. Parallèlement, il touchait presque son rêve le plus fou : « La présentation à Londres, alors qu’il travaillait dessus depuis quasiment vingt ans, de la version anglaise de Starmania. » La veille de sa mort, il avait reçu un appel de Luc Plamondon, avec qui il avait créé le célèbre opéra-rock, lui annonçant une bonne nouvelle : la chanson The World Is Stone, reprise en anglais par Cyndi Lauper, était entrée dans les charts britanniques ! Une source de joie, mais aussi de stress…

D’autant qu’à ce surmenage professionnel s’ajoutaient d’énormes tensions familiales. À commencer par ce drame intime que France et lui vivaient depuis des années : les souffrances de leur fille Pauline, atteinte de mucoviscidose, ce fléau d’origine génétique qui attaque les voies respiratoires et le système digestif, et dont l’issue est fatale, à plus ou moins long terme. Voir chaque jour la maladie gagner du terrain sans rien pouvoir y faire a été une torture pour ces parents aimants. « Il savait qu’elle mourrait bientôt », a ainsi confié Yves Bigot. Sans doute cette épreuve terrible a-t-elle pesé sur le couple qu’il formait avec France depuis 1976 et qui avait l’air si solide. Était-ce un signe ? Dans leur dernier album commun, ne figurait aucune chanson d’amour.

L’enregistrement de Double jeu fut d’ailleurs un enfer. « Pour la première fois, France est coproductrice. Elle lui en fait baver, tout le monde s’accorde pour dire qu’il y avait une mauvaise ambiance pendant l’enregistrement et la promo », a précisé le journaliste au Point. Une fois n’est pas coutume, ces inséparables ne sont pas d’accord. France n’aime pas les dernières compositions de Michel et ne se prive pas de le lui dire.

La vengeance d’une femme trahie ? En effet, son mari la trompe depuis 1991 avec Béatrice Grimm, une top-modèle allemande, ex-maîtresse de Rod Stewart, qui veut se lancer dans la chanson. France est au courant mais, pour préserver les enfants et leur image de couple modèle, elle accepte, partage et souffre en silence. Michel est écartelé.

Il aimerait refaire sa vie avec Béatrice, aux États-Unis ou en Suisse – peu avant son infarctus, il y cherchait des écoles pour Pauline et Raphaël –, mais il reste très attaché à France. Son cœur malade s’est-il arrêté pour ne pas avoir à choisir ? Sous le soleil de cette Provence qu’il aimait tant, il est mort comme il avait vécu : à cent à l’heure…

LC, Lili CHABLIS

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