France Dimanche > Actualités > Michel Delpech : La rechute

Actualités

Michel Delpech : La rechute

Publié le 17 mars 2015

Michel Delpech pensait avoir vaincu son cancer. Hélas, le chanteur a appris fin 2014 qu'il devait reprendre le combat contre la maladie. Avec sa litanie de douleurs, de doutes et de soins en tous genres.

Michel Delpech est un guerrier. En février 2013, l'artiste apprenait qu'il était atteint d'un cancer de la langue et de la gorge, qui menaçait non seulement sa voix, mais aussi sa vie. Le chanteur avait décidé de se battre de toutes ses forces contre la maladie, et pensait avoir remporté la bataille. Las, la bataille n'est pas la guerre. "Il y a deux mois, la douleur s'est réveillée. Au fond de la gorge", écrit Michel dans le prologue de son autobiographie, Vivre !, à paraître le 19 mars aux éditions Plon.

Le cauchemar recommence donc pour le chanteur, qui se croyait, qui se voulait guéri. Le ballet des "cathéters, sondes, perfusions, chimiothérapies, radiothérapies" a repris, incessant. La confiance de l'interprète des Divorcés est de nouveau entamée, lui qui s'était déjà senti au bout du chemin lors de son premier combat contre la maladie.

J'avais oublié de choyer mon corps

En bon épicurien, Michel Delpech ne s'est jamais soucié de son corps. "Trop cérébral", il a fumé, mangé et bu, s'est essayé à quelques drogues, comme dans un monde sans lendemain. "Je me suis souvenu que j'avais un corps dont je ne m'étais probablement pas assez occupé", confesse-t-il. Depuis, le parolier a arrêté de fumer et passe plus de temps à choyer ce corps qu'il a délaissé, maltraité. "Je ne bois plus, je ne fume plus, et les joints ont cessé de me procurer les sensations merveilleuses qu'ils me faisaient autrefois éprouver". Une volte-face nécessaire, pour celui qui porte l'espoir de guérison, sans certitude aucune.

"Rechute". Le mot a largement entamé cet espoir, qu'avait ravivé la rémission. Dans sa lutte, l'artiste peut s'en remettre au professeur Claude Maylin, avec qui il forme "une team gagnante". Dans ce combat, le médecin comme l'entourage comptent beaucoup, participant à l'effet placebo, où "tout joue : l'espoir du malade, et la force de conviction de son médecin, l'optimisme qu'il insuffle, l'envie de guérir et la certitude que ce traitement nous y aidera". Le chanteur peut ainsi compter sur ses nombreux amis qui le soutiennent dans l'épreuve : "J'ai pris l'amour de mes proches de plein fouet quand j'ai été hospitalisé la première fois. Je ne l'avais jamais ressenti avec cette intensité." Il peut également s'appuyer sur sa foi sans faille pour le guider vers le rétablissement, lui qui assure avoir vécu un "choc religieux" lorsqu'il s'est rendu à Jérusalem.

Des pensées noires m'habitent

Alors, comment expliquer cette rechute ? "De la même manière que l'amour m'a aidé à m'en sortir une première fois, les pensées noires qui m'habitent souvent ont tenu un rôle dans ma chute, et dans ma rechute", estime le natif de Courbevoie, sujet à de fréquentes dépressions. Heureusement, au cœur de la période la plus noire, il a pu compter sur sa femme, "l'amour de sa vie", qui l'a accompagné dans chacune des étapes de l'épreuve, pour surmonter ses interrogations les plus sombres.

Celles-ci, nombreuses et profondes, concernent le sens de la vie. "Est-ce que je m'aime assez pour aimer la vie ?", s'interroge le compositeur, désarçonné par l'épreuve. À la lecture de son introspection, on comprend que Michel n'est peut-être pas un incorrigible optimiste, mais sa grande force est de se nourrir des embûches qui jalonnent son parcours : "La maladie ne m'a pas laissé d'autre choix que d'apprendre à dompter mon impatience".

Le chanteur a compris que s'il arrivait à rechanter un jour, cela passerait par de nombreuses étape et beaucoup d'exercices, afin que sa gorge puisse retrouver de sa souplesse. "Je ne suis pas certain de pouvoir à nouveau chanter", craint le compositeur. Seul le temps pourra conforter l'artiste... La patience est devenue son nouveau credo, lui qui, avant l'épreuve, s'irritait dès que quelque chose allait contre ses attentes ! "Patience face aux régressions inévitables, face aux déceptions inhérentes aux traitements. Patience quand un jour je semble tiré d'affaire, et que le lendemain, je régresse. Patience parce que je ne me sens pas dans mon meilleur état, que je me fatigue très vite, et que je songe aux ruines au fond de ma gorge", énumère l'interprète du Chasseur, qui redoute son côté mélancolique.

La dépression, cette altération de la volonté

L'apprentissage de cette lenteur à laquelle il n'est pas habitué l'a rendu "paralysé par des dépressions à plusieurs reprises". "J'ai perdu goût à tout, et je me suis retrouvé, comme il y a quelques années, avec cette vilaine maladie qu'on appelle la dépression", évoque l'acteur. Décrivant une "altération de la volonté", qui "emmure l'individu", Michel semble quelque peu rétif à l'idée d'aborder de nouveau ce mal profond qui le ronge depuis des années. Mais il a appris à le combattre. "J'ai envie de vivre. Et surtout, je n'ai pas envie de mourir. Tant que j'étais en bonne santé, j'étais persuadé que je n'avais pas peur de la mort. En réalité, j'ai peur."

La maladie, s'il fallait lui trouver un côté positif, a permis à Michel de comprendre à quel point il tenait à la vie. Surtout depuis sa rechute : "Depuis que mon chemin m'a ramené dans cet hôpital, je suis, cette fois, prêt à me battre. À y aller. Je n'ai pas encore envie d'abdiquer. J'aborde ce nouveau combat avec de bonnes cartouches à ma ceinture, et curieusement, je sais déjà que je vais gagner" Un cri lancé comme un espoir. Celui de vivre !

Raphaël Marchal

Michel Delpech
Michel Delpech "Vivre !" chez Plon

À découvrir