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Michel Drucker : ​​​​​​​“Je dois tout mon bonheur à Claude François !”

Publié le 9 mars 2018

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Ils ont grandi et aimé ensemble. Michel Drucker, son ami, se souvient comme si c’était hier du bon temps passé à côté de Claude François.

On ne peut pas parler de Claude François sans penser à Michel Drucker. En ce quarantième anniversaire de la fin tragique du célèbre chanteur, le 11 mars prochain, nous sommes allés rencontrer celui qui a évolué à ses côtés, sur les plateaux de télévision, à la radio ou en privé, chez l’un comme chez l’autre. Plus que des collègues de travail, ils étaient de véritables amis…

Pour France Dimanche, l’animateur préféré des Français nous livre ses souvenirs de celui qui fut l’idole de toute une génération.

Rendez-vous est pris dans un de ses bureaux parisiens. Devant ces photos qui ont marqué leur parcours commun, Michel s’arrête longuement sur celle, en noir et blanc, qui en marque la fin : les obsèques de la star, le 15 mars 1978.

Quatre décennies plus tard, l’émotion demeure toujours palpable. Au bout de longues secondes, l’animateur reprend ses esprits. Sa chienne Isia est sagement allongée à ses pieds. L’interview peut commencer.


France Dimanche : Claude François nous a quittés il y a quarante ans déjà.
Et vous semblez toujours aussi ému en voyant ces photos…

Michel Drucker : C’est vrai. On ne s’y fait jamais complètement. Claude est une partie intégrante de ma carrière, de ma vie. J’ai déjà dit tant de choses à son sujet. Je continue d’ailleurs à parler de lui tous les soirs quand je suis sur scène. Je ne pouvais pas ne pas évoquer celui que je considère comme un ami dans mon spectacle. Je passe sur un écran géant une photo de lui au côté de ma femme. C’était en 1972, pour l’émission Avec le cœur. C’était la première fois qu’une star du music-hall faisait appel à un jeune journaliste – ce que j’étais – pour s’associer à lui. Il me disait que le duo du petit blond et du petit brun allait cartonner. Jusque-là, il n’y avait que des duos homme-femme. Hélas, cette émission n’aura pas duré parce qu’il était très pris et qu’il est décédé peu de temps après… On avait pourtant prévu d’en faire d’autres. Claude voulait que l’on présente et produise ensemble ce genre de programme de divertissement, inspiré de ce qui se faisait déjà aux États-Unis, mêlant sketches et chansons. C’était une révolution pour le public français ! Cette émission est d’autant plus marquante pour moi que c’est à l’occasion de son enregistrement que j’ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse. C’est en effet Claude qui m’a présenté Dany [Saval, ndlr] dont il était très amoureux. Il lui faisait la cour depuis un certain temps, et c’est finalement moi qui l’ai épousée. Quand il a compris que je l’avais « doublé », il a un peu accusé le coup. Lui qui était une idole ne s’attendait pas à ce qu’un gars comme moi, simple journaliste sportif, puisse séduire une actrice comme elle. Un des rares râteaux que Claude ait pris dans sa vie, c’est à cause de moi ! [Rires] Mais il ne m’en a pas voulu longtemps. On en a même beaucoup ri par la suite.

FD : Vous souvenez-vous de votre toute première rencontre ?

MD : Ce devait être en 1965, quand je faisais mes débuts en tant qu’animateur de variétés après avoir été journaliste sportif. J’avais 22 ans, et lui à peine plus. Nous étions encore débutants tous les deux. Lui avait déjà sorti Belles ! Belles ! Belles ! mais n’était pas encore la grande star qu’il est devenu plus tard. Nous avons grandi ensemble. Hélas, on a parfois tendance à oublier que sa carrière aura été très courte. Courte mais si intense ! Quand on y pense, c’est dingue d’avoir autant marqué l’histoire de la chanson en à peine quinze ans. Johnny, Sardou, Lama et tous les autres auront eu plus de temps pour s’imposer. Et, quarante ans après sa disparition, Claude reste toujours aussi présent dans le cœur des Français et continue de vendre des disques. C’est incroyable !

FD : Comment expliquez-vous qu’il soit entré dans la légende ?

MD : Tous les ans, il ne faisait pas moins de 200 galas et sortait deux ou trois disques qui rencontraient tous un immense succès. Rares sont ceux qui peuvent s’enorgueillir d’en avoir fait autant. Le fait qu’il soit mort aussi tôt a contribué à la construction de son mythe. Il est parti jeune, beau, riche et au sommet de la gloire. Nous n’avons pas eu le temps de voir sa carrière ralentir, comme cela a pu être le cas d’autres grands artistes encore vivants aujourd’hui. Cela dit, quand je dis « riche », ce n’est pas tout à fait exact. On s’est aperçu que Claude était loin d’être un bon gestionnaire. Il faut savoir qu’il est parti en laissant derrière lui beaucoup de dettes. Tout comme Johnny Hallyday, Claude a vécu sans compter. Il ne pensait qu’à la scène.

FD : Son hygiène de vie plutôt stricte paraissait assez semblable à la vôtre.
Est-ce cela qui vous a également séduit chez lui ?

MD : Nous avions en effet tous les deux une vie assez saine, mais pas du tout le même rythme. Claude se couchait extrêmement tard dans la nuit et se réveillait souvent dans l’après-midi. C’était d’ailleurs assez problématique pour se voir en dehors du travail. Les rares fois où il m’a invité au moulin de Dannemois, il dormait encore. Il demandait à tous ses copains de venir chez lui passer une journée ou deux, mais gardait son rythme de sommeil et se levait, comme d’habitude, en plein après-midi. Si bien que ceux qui devaient rentrer à Paris assez tôt le dimanche ne le voyaient même pas. Un jour, il m’a reproché de ne jamais venir là-bas. Je lui ai répondu : « Je te signale que je suis déjà venu deux fois et qu’on ne s’y est même pas croisés ! » Pour le voir, il fallait dormir sur place.

FD : Qu’est-ce qui lui a plu chez vous ?

MD : Je pense qu’il devait apprécier mon côté sportif. Et puis j’étais le seul jeune à l’époque qui présentait des émissions de variété tout en étant journaliste sportif le week-end. Claude adorait le sport, particulièrement l’athlétisme. Il courait très vite. Et sur scène, c’était un véritable marathonien. Il était en outre méticuleux et voulait tout contrôler. Quand on a préparé ensemble l’émission Avec le cœur, il a tenu à tout prix à refaire ma garde-robe. Il voulait que je change mon « look de reporter sportif du dimanche ». Il m’a donc emmené chez son tailleur pour me commander un smoking sur-mesure. Il est même venu aux essayages et s’est mis à genoux pour mesurer la hauteur de mes jambes. J’ai d’ailleurs toujours gardé ce costume, tout comme j’ai encore en ma possession un micro qu’il avait fait venir exprès des États-Unis pour cette émission. Un modèle plus moderne, très long et très fin pour ne pas masquer le visage, le même qu’avaient Dean Martin et Frank Sinatra dans les shows américains. Il avait poussé le vice jusqu’à exiger qu’on change le câble noir en blanc pour qu’il soit encore plus discret. Il vérifiait tout. La seule chose, hélas, qu’il n’a pas vérifiée, c’était le circuit électrique de sa salle de bains. Sinon, il serait encore là aujourd’hui…

FD : Nous venons récemment d’apprendre l’existence d’une fille cachée de Claude François. Étiez-vous déjà au courant ?

MD : Je le savais, ses fils le savaient. Ce n’était donc pas un scoop pour nous. J’ai tellement entendu de choses concernant sa vie débridée. Aussi bien Claude que Johnny ont toujours été de grands séducteurs. On ne fait pas ce genre de carrière si on ne veut pas séduire.

FD : Existait-il une réelle rivalité entre eux deux ?

MD : Un jour, en 1978, dans l’émission de radio La grande parade, sur RTL, je demande à Claude de chanter une chanson de Johnny (Les portes du pénitencier). Ça l’emmerdait vraiment. Il y avait une telle rivalité entre eux. Ils étaient jaloux l’un de l’autre. Johnny était une star énorme avec un physique incroyable, et Claude vendait beaucoup de disques. Il aurait rêvé d’avoir la voix et le physique de Johnny. Donc ils s’envoyaient certes des piques, mais se respectaient quand même beaucoup.

FD : La photo de vous posant une gerbe de fleurs sur sa tombe semble vous toucher particulièrement…

MD : Je me souviens de ne pas avoir pu assister à la cérémonie religieuse parce que j’étais en direct sur RTL au même moment. Nous faisions un duplex, et j’étais resté en studio. Je suis venu plus tard me recueillir sur sa tombe. Je suis retourné plusieurs fois à Dannemois, notamment durant le tournage du film Cloclo, sorti en 2012. L’acteur Jérémie Renier y est exceptionnel. La seule chose que je regrette dans ce long-métrage, c’est qu’on ne perçoit pas assez que Claude avait beaucoup d’humour. On riait souvent ensemble…

FD : Avec le recul, pensez-vous qu’il aurait aimé vieillir ?

MD : Je ne crois pas. Il serait pourtant en assez bonne santé car c’était un athlète : il ne fumait pas, ne buvait pas et mangeait très peu. Jamais il n’aurait osé mettre sa carrière en danger à cause d’une vie dissolue. Professionnellement, il serait à mon avis encore au top aujourd’hui. Je ne suis pas sûr qu’il ferait de la scène, mais j’imagine qu’il serait sans doute en train de produire d’autres artistes. Je le verrais bien s’occuper, par exemple, d’un garçon comme M. Pokora. Vu qu’il a toujours été en avance sur tout le monde, nul doute qu’il serait à la pointe de la modernité, à la tête de divers sites internet et expert en réseaux sociaux. Il communiquerait comme personne avec ses innombrables fans. Ça fait bizarre de se dire qu’il n’aurait aujourd’hui que 79 ans…

Philippe CALLEWAERT