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Michel Drucker : Je pense à mon frère Jean et à nos parents à chaque instant

Publié le 5 mai 2006

Pour France Dimanche, Michel Drucker revient sur sa superbe carrière jalonnée de succès mais aussi de larmes.Pour France Dimanche, Michel Drucker revient sur sa superbe carrière jalonnée de succès mais aussi de larmes.

Il fait le bonheur des téléspectateurs depuis six ans, sur France 2, grâce à son émission Vivement Dimanche. Homme d'expérience s'il en est, avec ses quarante ans de télévision, Michel Drucker avoue cependant que l'anxiété est restée son moteur quotidien...

Pour France Dimanche, ce monument du petit écran, avec ses airs d'éternel adolescent, évoque avec pudeur et délicatesse, son métier, son frère Jean, trop tôt disparu, sa nièce Marie, et la nouvelle mission que l'on vient de lui confier au sein de France Télévisions...

->Voir aussi - Michel Drucker : Il perd son fidèle complice

France Dimanche (F.D.) : Vivement Dimanche est un véritable succès depuis six ans. Vous arrive-t-il d'éprouver de la lassitude?

Michel Drucker (M.D.) : Ce rendez-vous dominical est avant tout convivial, chaleureux et détendu, ce qui est à mettre au crédit de toute l'équipe qui m'entoure. À chaque émission nouvelle, le désir et la passion sont omniprésents chez moi. Le plus beau moment de ma vie professionnelle, et mon plus grand stress aussi, c'est lorsque j'entends le générique de Vivement Dimanche et que j'entre sur le plateau...

F.D. : Deux artistes refusent toujours vos invitations... En connaissez-vous les raisons et peut-on savoir leurs noms?

M.D. : Il s'agit de deux femmes exceptionnelles, aux parcours complètement différents, à savoir Catherine Deneuve et Marie Laforêt. La raison de leur refus est compréhensible : elles ne veulent pas revoir le film de leur vie à l'écran, ne pas se revoir à leurs débuts, il y a quelques années. Mais je ne désespère pas de les convaincre un jour...

F.D. : Parmi toutes celles et ceux qui sont venus à Vivement Dimanche, quelle est la personnalité qui vous a le plus marqué et que vous êtes le plus fier d'avoir reçu?

M.D. : L'amiral Philippe de Gaulle. 81 ans et j'avais l'impression de voir son père, le général, devant moi! La ressemblance, tant physique que dans la manière de s'exprimer, était incroyable.

F.D. : En plus de Vivement Dimanche, vous voilà chargé d'une nouvelle mission par la présidence de votre chaîne...

M.D. : Oui, j'entre pour la première fois dans le staff du service public, pour partager les ambitions de la nouvelle direction de France Télévisions, autour de Patrick de Carolis et de Patrice Duhamel. On m'a nommé conseiller, en charge de découvrir de jeunes talents.
Comme vous le rappeliez tout à l'heure, cela a toujours été ma passion. Je vais donc continuer à écumer les cafés-théâtres et à zapper sur toutes les chaînes du câble... Ma vie, c'est mon métier!

F.D. : Nombreux sont ceux qui vous doivent beaucoup, dans le métier. C'est le cas de beaucoup d'humoristes et comiques, qui, sans vous, n'auraient pas fait la carrière qu'on connaît. Si certains sont frappés d'amnésie, d'autres ne vous ont jamais oublié. C'est plutôt flatteur, non?

M.D. : Ce que vous oubliez de dire, c'est qu'ils avaient du talent. Et que sans le talent, devant une salle pleine, on n'est rien... Il est vrai qu'avec ma coproductrice Françoise Coquet, nous avons cru à des jeunes comme Laurence Ferrari, Benjamin Castaldi, Laurent Gerra, Nicolas Canteloup... Parler de Laurent ou de Nicolas est pour moi l'occasion de me souvenir d'un autre artiste, pas très grand par la taille, mais immense par le talent, Thierry Le Luron. Je me rappelle notre premier contact, le 21 janvier 1969. Il m'avait écrit une lettre, ainsi qu'à Jacques Courtois, célèbre ventriloque de l'époque, très touchante. Thierry avait 16 ans, il voulait faire du music-hall et excellait dans l'imitation. Cette lettre, je l'ai encadrée dans mon bureau. Dès ce moment-là, nous sommes devenus amis et complices ! Quel talent il avait!

F.D. : Il y a trois ans, vous avez eu la douleur de perdre votre frère Jean. Une des périodes les plus tristes de votre vie. Peut-on se remettre d'un tel drame?

M.D. : (long silence...) Vous savez, on ne se remet pas d'un tel drame! Jean était plus qu'un frère! Ensemble, nous partagions tout. On se téléphonait plusieurs fois par semaine et on se voyait très régulièrement. Nous dînions notamment tous les dimanches ensemble. Quant à sa disparition, dramatique car soudaine, elle a été tragique, bien évidemment, et le choc insurmontable.

F.D. : En quelques mots, comment ce drame est-il survenu?

M.D. : Nous étions tous réunis, en famille, pour Pâques 2003, en Provence. Un de ces moments exquis où chacun se sent bien autour de celles et ceux qu'il aime. Et puis, le 18 avril 2003, Jean a fait une crise d'asthme. Les secours, arrivés très vite, n'ont malheureusement rien pu faire pour le ramener à la vie. Mon frère représentait tout pour moi. Je pense à lui, ainsi qu'à mes parents, à chaque instant...

F.D. : Cette épreuve a-telle changé votre vision de l'existence?

M.D. : Après ce drame, je me suis posé mille fois la question suivante : comment sourire à l'antenne comme si rien ne s'était passé? Et puis je m'en suis sorti grâce à mon entourage, ma femme Dany, ma fille Stéphanie. Depuis ce triste jour, j'ai pris du recul et je vois la vie autrement. Je vais vous faire une confidence : j'ai appris à dire non, ce qui est nouveau pour moi! Et j'arrive désormais à le faire comprendre, le plus calmement du monde, à ceux qui m'ont toujours cru naïf... Mais je ne suis dupe de rien. Vous avez vu ces photos dans mon bureau? Dany Saval, Marie (ma nièce qui présente le journal du soir sur France 3), Léa (mon autre nièce comédienne), mes chers parents, et Jean. J'ai besoin de les savoir près de moi. Et finalement, là est l'essentiel...

F.D. : Vous êtes très fier de Marie, votre nièce, fille de votre regretté frère...

M.D. : Oui, c'est vrai. Je ne manque jamais de la regarder présenter son journal, le soir sur France 3. Elle se débrouille plutôt bien, non ? À travers elle, je revois Jean. Quelle ressemblance frappante! Le plus sincèrement du monde, je prédis à Marie une belle et longue carrière à la télévision, et je pense qu'elle obtiendra le succès auquel elle est en droit d'aspirer. Elle est jeune, passionnée par son travail et s'investit au maximum dans tout ce qu'elle fait. De là où se trouve mon cher et tendre frère, il doit être très heureux de sa réussite.

F.D. : Lors de la dernière cérémonie des Molières, diffusée sur France 2, un hommage lui a été rendu...

M.D. : Oui, et cela m'a beaucoup touché. Peu de personnes savent que Jean est à l'origine de la création et de la diffusion des Molières sur France 2. À l'époque, en 1986, mon frère était président d'Antenne 2. Jacqueline Cartier (à l'époque journaliste à France Soir), Georges Cravenne et moi-même avons été les bons interlocuteurs pour le convaincre de créer cet événement théâtral à la télévision... Vingt ans après, les Molières existent toujours.

Bernard Moncel

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