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Michel Drucker nous raconte les nuits secrètes de Thierry Le Luron

Publié le 29 novembre 2011

Le 13 novembre 1986, la France apprenait la disparition de Thierry Le Luron. À 34 ans, l'inimitable imitateur tirait sa référence, après de longs mois de lutte contre la maladie. La "hyène", comme il l'appelait avec ironie... Michel Drucker, qui l'a vu démarrer le débutant et triompher la vedette, nous a accordé une interview exclusive pour évoquer son ami de toujours. Michel revient sur les coulisses d'une vie à l'occasion du 25e anniversaire de la mort de Thierry.

France Dimanche (F.D.) : Michel, merci d'avoir accepté de nous recevoir entre deux rendez-vous

Michel Drucker (M.D.) : Il était tout à fait normal de parler de Thierry et son talent exceptionnel Et puis, je connais bien votre hebdomadaire ! Vos lecteurs et les téléspectateurs de "Vivement Dimanche“ sont les mêmes.

F.D. : Dans votre bureau, de nombreuses photos sont accrochées au mur, ainsi qu'une lettre écrite par le jeune Thierry.

Michel Drucker par Jérôme Mars

M.D. : C'est une lettre qu'il m'avait écrite en 1969. Il me faisait part de ses talents d'imitateurs, de Dalida à Serge Lama en passant par Giscard d'Estaing, et voulait passer dans l'émission "Télé Dimanche" où des artistes étaient soumis au vote des téléspectateurs. Thierry qui, au départ, se destinait à une carrière de chanteur d'opérette, a fait exploser le standard. Dès lors, et jusqu'au dernier jour, nous ne nous sommes quasiment pas quittés.

F.D. : Votre amitié a été sans faille, malgré certains débordements.

M.D. : Oh oui, vous faites référence à un "Champs Elysées" ou Thierry, sans m'en aviser, s'est mis à parodier la chanson de Gilbert Bécaud, rebaptisée L'emmerdant, c'est la rose... La gauche venait d'arriver au pouvoir, vous vous rendez compte ! Le public présent ce soir-là venait du département du Nord, acquis à Pierre Mauroy. Je n'ai pas été viré, mais je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. C'était ça Thierry ! Capable de se lancer des défis et de mettre en danger les autres.

F.D. : Votre complicité faisait plaisir à voir, mais peu de gens savent que, peu avant sa disparition, vous ne vous êtes pas quittés pendant les deux mois de la tournée d'été d'Europe 1.

M.D. : C'était l'époque des tournées des plages et où, chaque soir, les artistes se produisaient devant dix à quinze mille personnes. Un spectacle gratuit. Avec Thierry, nous sommes partis le 1er juillet de Perros-Guirec, sa ville natale, dans les Côtes d'Armor. De la Bretagne à la Méditerranée, en passant par les plages de l'Atlantique, nous avons passé soixante soirées ensemble, nous retrouvant à l'hôtel une fois le spectacle terminé. Mon rôle consistait juste à présenter le spectacle : en première partie, Stone et Charden, suivi de Chantal Gallia. Puis, Thierry pour la seconde partie. Et là, imitant Alice Sapritch, il me faisait monter sur scène pour l'interviewer. Les trois premiers soirs, cela durait dix minutes, au bout de huit jours, vingt minutes et, après quinze jours, une demi-heure ! Il ne connaissait aucune limite dans ses délires !

F.D. : Sur scène, il respirait la joie et le bonheur de vivre. Une fois la représentation terminée, était-ce le même homme ?

M.D. : Thierry était un être jovial et heureux. Néanmoins, il y avait chez lui une part de solitude et une angoisse flagrante. Par moments, il y avait de la tristesse dans son regard. Tout comme Yves Mourousi, il ne dormait que quelques heures et vivait à 200 à l'heure. Tous deux avaient en commun la passion des folles nuits parisiennes. Alors, en province, une fois le spectacle terminé, Thierry s'habillait en cuir et écumait, au guidon de sa moto, les bars et les boîtes. Moi qui me couchait tôt et me levait tôt, je le voyais arriver le matin à l'hôtel. Mais je peux vous assurer que pour la représentation du soir, Thierry était en super forme. Quelle énergie !

F.D. : La maladie l'a frappée rapidement. Après cette tournée, vous êtes-vous revus ?

M.D. : Non. Thierry était trop faible pour parler. Nous échangions tous des petits mots. Je lui remontais le moral, du moins j'essayai, et il me faisait répondre qu'il avait terriblement mal.

F.D. : Comment considériez-vous Thierry, au-delà de l'artiste qu'il était ?

M.D. : Comme mon petit frère ! Il faisait partie de ma famille. J'ai eu beaucoup de chagrin à sa mort. Depuis, tous les jours, je pense à lui et relis la lettre qu'il m'avait écrite en 1969.

F.D. : Quelques mois après sa mort, vous vous êtes retrouvé dans une situation étrange ?

M.D. : Oui, et je pense qu'il n'y a pas de hasard dans la vie. Figurez vous que, environ six mois après sa disparition, j'ai passé un chek up à la clinique du Belvédère à Boulogne. On m'a attribué sa chambre où je suis resté en observation 48 heures. De là où il se trouvait, je suis persuadé que Thierry a voulu m'envoyer un message d'espoir et d'encouragement. Nous avons ainsi, chacun à notre manière, communiquer ensemble pendant ses deux jours...

Interview : Bernard Moncel

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« Il me manque beaucoup »
Jean Vergnes, directeur du Don Camillo, rue des Saints Pères, à Paris.
« Thierry n'a jamais oublié que c'est chez moi qu'il a fait ses premiers pas sur une scène de cabaret. Et jusqu'à la fin, il a tenu à me manifester son amitié à mon égard. Ainsi, très souvent, pour les réveillons du 31 décembre, il passait chez nous pour donner son premier spectacle de l'année... Je n'oublierai jamais cette marque d'élégance. De là où il se trouve, que Thierry sache qu'il me manque beaucoup. »

« Il ne méritait pas d'être abandonné de la sorte »
Jacques Collard, qui dirigeait l'Espace Cardin, avenue Gabriel.
«Je me souviens des tablées gigantesques autour de Thierry. Il venait souvent dîner et souper. Bien sûr, il y avait auprès de lui ses vrais amis. Mais, par la suite, de trop nombreux pique-assiettes se joignaient à eux. Et il réglait l'addition sans compter. C'est ainsi que certains ont profité de ses largesses... Par la suite, en 1986, lorsque les rumeurs ont commencé de circuler sur l'état de santé de Thierry dans le tout Paris, je l'ai vu dîner tout seul à l'Espace. Tous l'avaient abandonné... Il ne laissait rien paraître, mais moi qui le connaissais bien, je savais qu'il en était terriblement affecté. J'ai souvent considéré ces gens-là comme des véritables charognards. L'image de cet homme seul à table, adulé quelques semaines auparavant, m'a terriblement choqué. Thierry ne méritait pas d'être abandonné de la sorte.»

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