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Michel Fugain : Marqué à vie par la prison !

Publié le 12 juin 2015

  Le fondateur du Big Bazar, Michel Fugain, a traversé bien des� épreuves�. Elles ont même commencé dès sa naissance…Le fondateur du Big Bazar, Michel Fugain, a traversé bien des� épreuves�. Elles ont même commencé dès sa naissance…

« Chante la vie chante, comme si tu devais mourir demain… » Ces paroles du célèbre tube de Michel Fugain résument son approche de la vie, son optimisme. Mais il serait largement erroné de ne voir en lui, fondateur du Big Bazar, qu’un apôtre du « pouvoir des fleurs ». Sous ses dehors joviaux se cache un homme révolté, un homme de combat, dont le caractère bien trempé ne doit rien au hasard…

Il y a six ans disparaissait à Grenoble une grande figure de la Résistance. À 89 ans, Pierre Fugain, le père de Michel, tirait sa révérence, emporté par un AVC, au profond désespoir de ses compagnons de lutte. Mais s’il en est que sa mort a frappé de plein fouet, c’est bien sûr son fils.

D’abord, parce qu’on ne voit pas partir son père sans subir un cruel déchirement, ensuite et peut-être surtout, parce que les origines et le parcours du chanteur sont intimement liés à cette figure exceptionnelle. L’artiste ne doit d’ailleurs la vie qu’à un incroyable concours de circonstances…

Rebelle, bagarreur, Pierre Fugain embrasse dans l’entre-deux-guerres les idées communistes. Syndicaliste, contestataire, il publie un journal au lycée et se fait renvoyer de son poste de surveillant obtenu après son bac à cause de ses engagements. Membre des Jeunesses communistes, responsable parmi les étudiants et les jeunes des collectes pour le Frente Popular, il décide d’aller se battre aux côtés des républicains espagnols, mais sera arrêté à Toulouse.

Destination Grenoble, où il va faire sa vie. À 20 ans, en pleine guerre, le jeune homme est mobilisé. Prisonnier, il s’évade du train qui l’emporte vers un stalag allemand. Dès son retour dans les Alpes, le rebelle va poursuivre son action contre le régime de Vichy. Arrêté le 24 mai 1941 pour propagande communiste par la police pétainiste, incarcéré à la prison Saint-Joseph, il est transféré le 25 juin à Fort-Barraux, où il va rencontrer d’autres prisonniers de l’État français. Mais pas seulement…

Située à 40 km de Grenoble, dans le Haut Grésivaudan, sur la route de Chambéry, cette fortification de la fin du xvie siècle devient à partir de juillet 1940, un « centre de séjour surveillé ». Là sont internés des « Français indésirables » : communistes, résistants, syndicalistes, Juifs, délinquants économiques et de droit commun. Là, dans cette vaste bâtisse grise, perdue aux confins du Dauphiné, va se tramer une incroyable histoire…

Permission

En dépit de ses nombreuses activités, Fugain père a trouvé le temps de conquérir le cœur d’une charmante demoiselle. En août 1942, alors que les rafles de Juifs se succèdent dans les villes iséroises et qu’il croupit depuis plus d’un an dans sa prison, sa fiancée lui rend visite.

A-t-il bénéficié d’un incroyable laxisme de ses geôliers ? Leur a-t-il faussé compagnie quelques instants ? L’histoire ne le dit pas. Ce qu’elle raconte en revanche, c’est que la vie de Michel Fugain va débuter là, ainsi qu’il le résumait voici quelques années à Thierry Ardisson : « Mon père était communiste sous Pétain, donc il refusait un certain nombre de choses et il a été mis en cabane. Emprisonné à Fort-Barraux. Et un jour où il avait le droit de visite, j’ai été conçu. Voilà. »

Ce que ne nous dit pas non plus Michel, c’est que son géniteur profitera neuf mois plus tard d’une permission, accordée pour la naissance de son rejeton, pour se faire la belle ! Il ne retournera jamais au Fort-Barraux et exercera longuement comme médecin après-guerre, venant en aide aux plus démunis, les soignants parfois gratuitement.

Un héros de la guerre devenu un homme de bien. Commandeur de la Légion d’honneur, médaillé de la Résistance, une place de Grenoble porte son nom. Quant à Michel, il est fier de cet héritage paternel. « J’ai été élevé dans une culture résistante aux mauvaises idées, aux mauvaises évolutions. Je reste vigilant », expliquait-il à Ardisson.

La conception peu ordinaire de Michel Fugain trouvera un écho dans les années de son enfance. Lui dont la vie a été intimement liée au milieu carcéral va en effet se retrouver pensionnaire au célèbre lycée Champollion. Or, si l’établissement est devenu on ne peut plus ouvert, ce n’était pas le cas à l’époque. « Vous avez vécu onze ans de bagne ? » lui demande Ardisson.

« Il y avait des barreaux à Champollion, ils n’ont sauté qu’en 68. J’ai eu l’impression d’être derrière les barreaux durant toute mon enfance », lui répond le chanteur, dont on comprend mieux, à la lueur de cet étonnant passé, pourquoi Michel Fugain est devenu un chantre de la liberté… « Fais comme l’oiseau ! »

Christian Morales

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