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Michel Galabru : Arrêté pour avoir lu "France Dimanche"

Publié le 14 octobre 2011

À près de 89 ans, le truculent comédien Michel Galabru publie ses mémoires. Parmi les nombreuses et savoureuses anecdotes, il est question de notre magazine, d'un chien transi d'amour et de l'effet qu'il produit sur la gent masculine.

Loin des starlettes qui confient leurs souvenirs dès 25 ans, Michel Galabru aura pris son temps pour raconter sa vie ! Ce n'est qu'aujourd'hui, à près de 89 ans (il les aura le 27 octobre), qu'il publie Je ne sais pas dire non !, savoureuse compilation de ses exploits. Et, pour quelqu'un qui affirme ne pas avoir de mémoire, il est plutôt loquace !

Au fil de ces 300 pages, on découvre un Galabru tendre, timide, émouvant, loin du fort en gueule à la faconde méridionale qui nous fait tant rire. On découvre aussi qu'il est un lecteur assidu de France Dimanche, ce qui, il y a quelques années, lui a valu une drôle de mésaventure...

Nous sommes en mai 1968 et le comédien est enfin devenu une vedette grâce à l'incroyable triomphe, quatre ans plus tôt, du Gendarme de Saint-Tropez. Loin de l'agitation étudiante parisienne, Michel tourne un nouveau film « dans la campagne nîmoise, dans un bled complètement paumé où il ne se passait rien de rien », écrit-il.

->Voir aussi - Michel Galabru : Son bouleversant testament

Tentation

Chaque soir, il descend donc à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard, la ville la plus proche, « histoire de respirer un peu un air civilisé ». Il ne va pas être déçu ! Il faut dire qu'à l'époque, c'est un homme marié et qu'il préfère s'éloigner prudemment de la tentation... « Certains comblaient leur ennui au pieu, se souvient-il. Moi, c'est avec ma femme que je ne voulais pas d'ennuis. »

Amateur de notre magazine, il l'achète donc et commence à arpenter les rues de la ville gardoise, plongé dans sa lecture. France Dimanche grand ouvert, il s'arrête même sur un muret à l'ombre d'un olivier.

C'est alors que surgissent deux gendarmes : « Bonjour monsieur. Est-ce qu'on peut savoir ce que vous faites là ? » Notre prestigieux lecteur commet alors l'erreur de répondre vivement : « Eh bé, vous le voyez bien : je lis mon journal. C'est interdit ? » Ni une, ni deux, les pandores décident alors de l'embarquer ! « Monsieur, n'ayez pas peur, nous allons vous faire monter dans la voiture. Restez calme. »

Quelques minutes plus tard, notre homme se retrouve à la gendarmerie de Pont-Saint-Esprit, soumis à un interrogatoire en règle : nom, prénom, âge, profession... Il en est sauvé, grâce au... Gendarme, quand un autre policier arrive et reconnaît le fameux adjudant Gerber ! Relâché aussitôt, il a même droit aux excuses de la Gendarmerie nationale qui paraissent le lendemain dans la presse locale !

Est-ce la lecture de notre hebdomadaire qui lui a valu cette mésaventure ? Peut-être. Souvenez-vous que l'anecdote remonte au mois de mai 1968, une période où les autorités étaient sur les dents.

En parlant de dents - ou plutôt de crocs - il est un personnage à qui l'artiste rend un hommage inattendu dans ses mémoires : son chien, le regretté Cookie. Il lui consacre un chapitre entier baptisé « Cookie, chien fidèle ».

Recueilli par sa femme Claude, ce caniche bâtard tombe amoureux de son nouveau maître et lui saute immédiatement dans les bras. « Il avait reconnu le chef de meute », écrit-il. Pendant des années, lui et son clan riront des facéties de ce quadrupède qui n'hésitait pas à sauter sur scène en pleine représentation ! Un soir, notre baladin s'en tire avec talent. Après avoir éjecté l'intrus, il déclare : « Ça fera toujours un cabot de moins sur scène ! »

Mais les interventions de Cookie sont parfois plus gênantes. Le caniche a un trait de caractère très étonnant : il est raciste. Lors d'une scène où Michel est frappé par un autre comédien « légèrement basané », Cookie surgit et le mord ! « Une autre fois, il s'est mis à aboyer contre un homme noir, sans raison. » Et d'ajouter : « J'étais comme un con, moi, avec mon chien raciste ».

Des années plus tard, il le pleurera pourtant douloureusement. Au point de déclarer en 2004 dans L'Express : « La dernière fois que j'ai pleuré, c'est quand mon chien Cookie est mort. »

Michel Galabru livreMais on ne fait pas que pleurer dans Je ne sais pas dire non ! , on rit aussi énormément. Notamment quand on découvre son incroyable succès auprès de la gent masculine. « Lorsque j'étais jeune, je plaisais beaucoup aux hommes. Et pas à n'importe lesquels. » Ainsi raconte-t-il comment, alors qu'il était interné dans un camp disciplinaire pendant la Seconde Guerre mondiale, il est parvenu à résister à « la gourmandise d'hommes très virils qui n'entendent pas se priver de jouir. Je m'en sors en faisant rire la compagnie ». Bien évidemment !

Charme

Six à sept ans plus tard, le jeune Galabru a 28 ans et constate à nouveau que son charme opère sur les garçons. Pensionnaire à la Comédie-Française, il est littéralement harcelé sexuellement par un de ses illustres sociétaires ! « Les homos se trouvaient en grand nombre dans la troupe », révèle-t-il.

Parmi eux, son soupirant qui joue le rôle-titre de Cyrano de Bergerac. Se souvenant qu'il l'a croisé quelques années auparavant sur son lieu de vacances, il profite de la représentation pour donner une tape sur le derrière de Galabru en lui murmurant : « Tu sais que tu m'as excité, toi, au lac du Bourget ! »

« Pendant des années, par la suite, il m'a poursuivi de ses assiduités, et j'en étais bien embarrassé, se souvient-il. Il passait derrière moi et me mettait la main au cul. Je réagissais comme une femme effarouchée, ohouhou ! Je n'osais pas l'envoyer sur les roses, c'était inimaginable. »

Un soir, alors qu'ils jouent à Strasbourg, son harceleur lui glisse : « Laisse la porte de ta chambre ouverte, et ta carrière est faite ! » « Il aimait les physiques de routier, conclut l'objet de son désir. Ma vigoureuse mollesse le séduisait. » L'homme de théâtre ne dit pas si c'est à cause de lui qu'il finira par quitter la Comédie-Française en 1957.

Des anecdotes comme celles-ci, cette autobiographie en regorge. Bien que très reconnaissant à son public, celui qui a reçu le César du meilleur acteur 1977 explique qu'il a surtout écrit ses mémoires pour ses trois enfants et ses quatre petits-enfants. Ils peuvent être fiers de lui...

Benoît Franquebalme

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