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Michel Legrand : Ce fils caché qu’il a abandonné !

Publié le 10 mars 2019

Peu avant sa mort, Michel Legrand, déjà père par quatre fois, évoquait sans détour cet enfant qu’il refusait de reconnaître.

En 1952, Michel Legrand a 20 ans, et bien qu’il pratique une bonne douzaine d’instruments, il cherche encore sa voie. L’année précédente, il a composé des arrangements pour l’orchestre de son père, Raymond Legrand, qui l’a introduit dans l’univers des variétés. Commence alors une carrière d’accompagnateur et d’arrangeur pour les artistes les plus en vue du moment, comme Henri Salvador ou Barbara.

Un jour, au cours de ses pérégrinations dans les studios d’enregistrement parisiens, il croise Lucie Dolène, une ravissante chanteuse. Coup de foudre. Séduit, le musicien lui compose une chanson sur mesure, Les galipettes. Une ritournelle qui va directement propulser la jeune femme vers un répertoire dédié aux enfants puisqu’elle deviendra célèbre, peu de temps après, pour son interprétation d’Un jour mon prince viendra, version française de la chanson du dessin animé Blanche-Neige et les sept nains.

Michel, déjà papa d’une petite fille, Dominique, est aussi un redoutable séducteur qui papillonne de femme en femme au gré de ses coups de cœur. Mais cette fois-ci, il tombe totalement sous le charme de cette artiste aux faux airs d’ingénue. La belle Lucie fait en effet tourner bien des têtes… Quand elle lui annonce brusquement qu’elle le quitte pour un autre, il tombe des nues. 

Il l’évoquera bien plus tard, en 2012, dans le magazine Platine. Soixante ans après, il semblait toujours aussi ému par ce grand chagrin d’amour : « Un jour que j’étais fou amoureux, [Lucie] me quitte en me disant : “Je suis enceinte de Robert Lamoureux”, que je connaissais bien. Je m’en vais, fou de rage, déçu, en larmes. »


Trois ans plus tard, en 1955, le compositeur reçoit une reconnaissance internationale avec son album I Love Paris, vendu à 8 millions d’exemplaires. Il s’est tourné vers le jazz et s’apprête à collaborer avec les maîtres du genre, comme Miles Davis, John Coltrane ou encore Bill Evans.

Absorbé par son travail, il a presque réussi à tourner la page. Mais il est loin de se douter de la nouvelle révélation que va lui faire celle qui l’a déjà tant meurtri. « Quand l’enfant est né, elle a vu qu’il me ressemblait, avait-il confié, toujours à Platine. Là, je lui ai dit que je ne voulais ni le connaître, ni le reconnaître, ni rien du tout… »

Olivier, l’enfant en question, n’a alors que 2 ans et va grandir loin de son vrai père, mais non sans amour. Sa maman, Lucie, séparée de Robert Lamoureux, s’est fixée aux côtés de Jean Constantin, un autre musicien talentueux, à qui l’on doit les paroles de la mythique chanson d’Édith Piaf, Mon manège à moi. Celui-ci ira même jusqu’à donner son nom au petit garçon.

Mais dans ce milieu, les rumeurs vont vite. Olivier Constantin s’est tourné lui aussi vers la chanson et la musique, tout d’abord comme choriste puis comme interprète de génériques de séries télé ou de doublages de dessins animés. Et personne n’ignore sa véritable filiation.

C’est bien après avoir eu trois autres enfants après Dominique – deux garçons, Benjamin et Hervé, ainsi qu’une fille, Eugénie, avec Christine Bouchard, épousée en 1958 – que Michel Legrand a enfin fait la connaissance d’Olivier. Mais la relation avec celui qu’il qualifiait de « jeune homme charmant » est demeurée superficielle. « On s’est parlé, il accepte d’ailleurs très bien que je ne veuille ni le recueillir ni l’accueillir… Il connaît mes raisons. Il en souffre sans doute un peu », reconnaissait-il.

Olivier, lui, a parfois eu du mal à taire l’identité de son illustre papa, ce qui avait le don d’agacer l’intéressé. « Il se présente comme mon fils quelquefois… Ça, ce n’est pas très bien… », regrettait Michel.

Olivier aura-t-il part à l’héritage ? Sans test ADN, bien difficile de prouver, en effet, en dépit de la ressemblance physique, qu’il est bien le fils du génial musicien. Sur cette question, Michel Legrand était, à l’époque de cette incroyable interview, catégorique, affirmant qu’il n’aurait droit à rien, avant de nuancer : « Une fois que je serai bouffé par les vers, ça m’est égal »…

Olivier, encore sous le choc, regrette de ne pas avoir pu tisser des liens d’affection avec son père. « Il aura passé sa vie à faire comme si je n’existais pas. Face à son mépris, j’ai longtemps été en colère. Ces derniers temps, je me suis dit qu’il fallait que la vérité éclate au grand jour. Et j’avais entamé des démarches pour une recherche de paternité pour le forcer à me reconnaître. Mais peut-être m’a-t-il, dans un ultime élan de tendresse, couché sur son testament… »

Véronique DUBOIS

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