France Dimanche > Actualités > Michel Legrand : Un amour fou à l’unisson !

Actualités

Michel Legrand : Un amour fou à l’unisson !

Publié le 5 février 2019

Cinquante ans après son coup de foudrepour Macha Méril, Michel Legrand retombe dans ses bras et l’épouse… à 82 ans. Ils n’auront connu que cinq ans de bonheur.

Quand on pense aux musiques qu’il a écrites, le doute n’est pas permis. Il y circule un romantisme fou, une fraîcheur d’amoureux, et aussi une quête éperdue de bonheur. Toutes ces choses qui semblent avoir nourri les magnifiques mélodies que Michel Legrand a composées au long de sa vie. Il y en a tellement qu’on ne peut les citer toutes, mais songez aux Parapluies de Cherbourg (1964), aux Demoiselles de Rochefort (1967), à Peau d’âne (1970), à Un été 42 (1971)… Quand on les fredonne, il s’en dégage de la passion, du désir, la vie même, on a envie de sortir de chez soi et de rencontrer la personne qu’on aimera pour toujours…

Cette personne, Michel Legrand avait finalement eu la chance de la croiser : Macha Méril. Leur histoire est aussi sublime que les films musicaux de Jacques Demy dont il a écrit les musiques. Les deux artistes s’étaient rencontrés en 1964, sous le soleil de Rio, lors d’un festival de cinéma. Il était venu avec Les parapluies de Cherbourg sous le bras. Elle, pour présenter un film de Michel Deville, Adorable menteuse.

Ce jour-là, de mensonge il ne peut être question. Les deux jeunes gens – il a 32 ans, elle, 24 – tombent sous le charme l’un de l’autre… mais chacun a ses attaches. Lui est marié, elle, déjà en couple. Ils ne pourront cependant pas lutter contre l’alchimie qui les pousse l’un vers l’autre. Alors qu’ils se retrouvent tous les deux dans une cave pour écouter de la bossa-nova, « Michel m’a pris la main, avait confié Macha Méril. Encore aujourd’hui, je serais incapable de vous décrire ce que j’ai ressenti. J’avais l’impression qu’il était mon moi bis. Notre amour a été fulgurant, mais chaste. » Des baisers scelleront ce moment hors du temps, leur laissant à tous les deux un goût magique que, sans le savoir, ils voudront de toutes leurs forces retrouver.

Sans doute Michel trouvait-il dans la musique la consolation de cette passion perdue. Comme il avait pu voir très tôt en elle la possibilité d’échapper à un monde dans lequel il n’était pas chez lui. Peut-être le divorce de ses parents, lorsqu’il n’avait que 3 ans, avait-il nourri son mal de vivre : « L’ennui, c’est ce que je retiens de mes premières années. Je n’aimais ni le monde des enfants, tyrannique, ni celui des adultes, où l’on me parlait comme à un chien : “Mange ta soupe ! Va au lit !” », avait-il raconté.

Son père, chef d’orchestre et compositeur réputé, a quitté la maison. Il ne le reverra qu’à ses 17 ans. C’est avec le piano qu’il a laissé que Michel trouve à qui parler. Sa mère, dont le frère est aussi chef d’orchestre, comprend vite combien cet instrument est important pour son fils et lui fait donner des leçons. Puis ce sera le conservatoire – la classe de Nadia Boulanger, entre autres –, les prix, les médailles pour cet élève surdoué à qui tout semble si simple, mais qui travaille « à en pleurer ». C’est ce talent et cette sensibilité qui le feront composer et jouer pour les plus grands : Boris Vian, Aznavour, Nougaro, Piaf, Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans, Sinatra ou Ella Fitzgerald… Il sera trois fois oscarisé : en 1969, pour la chanson Les moulins de mon cœur ; en 1972, pour la musique d’Un été 42 et, en 1984, pour celle de Yentl… Mondialement reconnu, ce génie reste pourtant boudé par la France qui ne le récompense pas même d’un César, bien qu’il ait été nominé trois fois. Il en était d’ailleurs peiné.

A l’époque, le jeune homme estime n’avoir pas de temps à perdre avec l’amour, car il veut tout donner à la musique, à la composition. Mais il découvre vite qu’il s’est trompé, et que ce après quoi il court, c’est précisément après ça, l’amour. Il épouse d’abord Christine Bouchard, mannequin chez un grand couturier. Son témoin est Maurice Chevalier… Quelques décennies plus tard, après dix ans de réflexion, ce sera Isabelle Rondon.  

Macha aussi, de son côté, épouse, aime, vit sa vie. Mais aucun des deux n’a oublié l’éblouissement de Rio… « Il m’a dit qu’il continuait à penser à moi, mais moi, plus pragmatique, j’avais mis une pierre sur mon cœur pour ne pas repenser à cette année 1964 », avait expliqué Macha.

Et puis, début 2014, le destin s’en mêle. Michel se décide à aller applaudir Macha au théâtre. à cette époque, la comédienne vit seule depuis trois ans et connaît « une très belle vie de femme seule »… Michel aussi est libre, et quand il la revoit, c’est l’évidence ! « Les retrouvailles ont été fulgurantes. Cet amour avait brillé tout doucement pendant cinquante ans sans jamais s’éteindre », a encore confié Macha.

Les deux « toujours amoureux » dînent ensemble, avec toute la troupe. Puis, après le repas, le musicien prend la main de sa muse, et lui dit : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »


Maintenant, et pour tout le temps qui viendra, ils vont s’aimer. Entièrement et passionnément. à 82 et 74 ans, Michel et Macha passent leur première nuit ensemble. Au matin, il lui dit : « Macha, cette fois-ci, je t’épouse. » La cérémonie a lieu en la cathédrale orthodoxe russe Saint-Alexandre-Nevsky, rue Daru à Paris, le 18 septembre 2014.

« Mon mariage avec Michel Legrand est un mariage d’amour. Cet amour en soi ne sert à rien. Il n’est pas lié au désir d’avoir des enfants, de construire une famille, de satisfaire ses parents, d’acquérir une situation sociale, etc. Tout ça nous l’avons déjà. Non, nos raisons sont purement intimes », avait-elle détaillé.

C’est dans les bras de cette femme qu’il aimait tant qu’il s’est éteint, dans la nuit du 25 au 26 janvier, après avoir contracté une septicémie.

Le 28 septembre dernier, il avait encore une fois déclaré l’intensité de son amour à Macha, lors de l’émission Le divan de Marc-Olivier Fogiel, sur France 3. « Ma vie commence seulement maintenant. C’est plus beau que tout. Auparavant, je pensais toujours au lendemain, au surlendemain, à la veille, à l’avant-veille… Aujourd’hui, j’ai découvert, grâce à Macha, comment on vit. Pas chaque minute, mais chaque millième de seconde, chaque parole, chaque regard, chaque sourire. Je t’aime mon amour, pour toujours », avait-il dit, amoureux fou.

Adieu Michel Legrand ! Votre disparition va laisser un vide immense. Mais votre musique fera encore longtemps tourner les moulins de nos cœurs.

Laurence PARIS

À découvrir