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Michel Piccoli : L'homme qui magnifiait les actrices !

Publié le 4 juin 2020

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© BESTIMAGE Michel Piccoli avec Romy Schneider

Michel Piccoli aura tourné avec les plus grandes icônes françaises. Des stars qu'il s'est appliqué à rendre plus belles, avec une immense générosité.

Celui qui incarna toute sa vie des mâles, des vrais, restera gravé dans nos cœurs et dans nos âmes pour l'éternité grâce à des films de légende. Comment en effet oublier cet homme tout en complexité qui interpréta, à partir de 1963 grâce à Godard, Sautet et d'autres, la nouvelle virilité. Pygmalion et macho, mais aussi tendre et passionné, il n'aura eu de cesse tout au long de sa carrière de magnifier des actrices, de les révéler à leur talent et à leur beauté. Tout commence donc en 1963 avec Le Mépris de Jean-Luc Godard où il forme un couple mythique avec Brigitte Bardot.


Né à Paris le 27 décembre 1925 dans une famille de musiciens – papa est violoniste, maman pianiste –, l'acteur a attendu longtemps son heure de gloire. Même s'il a décidé à 18 ans de devenir comédien et s'est inscrit au Cours Simon, il ronge son frein en attendant le rôle qui va lui apporter la consécration. Dans ce film franco-italien tourné, entre autres, sur l'île de Capri et adapté d'un roman d'Alberto Moravia, BB, transfigurée face à cet immense acteur, prouve qu'elle n'est pas qu'un sex-symbol.

L'acteur reviendra plus tard sur les qualités de l'actrice volcanique en des termes très élogieux : « Ce n'était pas une diva prête à faire tous les caprices auxquels on aurait pu s'attendre. J'ai été ébloui par son innocence et sa spontanéité. Elle était très disciplinée dans son travail. Elle était à l'heure. Elle connaissait son texte. Elle était de bonne humeur. » Brigitte Bardot n'a rien oublié de leur complicité. « Il avait du talent de l'humour et il aimait mes fesses », a d'ailleurs réagi l'intéressée à l'annonce de sa mort, dans un communiqué adressé à l'AFP qui en dit long sur leur amitié tout en second degré. « Nous avons interprété Le Mépris, mais partagé une grande estime réciproque », poursuit-elle très attristée. Il y aura un avant et un après Godard pour l'acteur aux sourcils broussailleux et au crâne dégarni qui, dès lors, va balader sa dégaine de séducteur énigmatique dans des chefs-d'œuvre du 7e art, envoûtant les femmes de sa belle voix grave. Un personnage trouble qui va jouer de son charme si particulier dans des films où il ne cesse de magnifier ses partenaires féminines avec une infinie générosité.

Parmi toutes ces créatures sublimes, il y en a une qui brille encore plus que toutes les autres pour Michel : la divine Romy Schneider. Dès 1966, ce don Juan nouvelle vague va enchaîner les tournages aux côtés de celle qui fut dans une autre vie Sissi impératrice. La Voleuse, Les Choses de la vie, Max et les Ferrailleurs, Le Trio infernal, Mado et La Passante du Sans-Souci, six films au total dans lesquels Michel et Romy vont rire, pleurer, s'aimer et se déchirer jusqu'à confondre la fiction et la réalité.

Dans Les Choses de la vie de Sautet, Romy est lumineuse et bouleversante livrant une performance inoubliable. En amazone sur le vélo de Michel Piccoli lors d'une scène d'anthologie, l'actrice semble remettre sa vie entre les mains de l'homme. Devenue à son contact une icône, elle lui vouera une reconnaissance éternelle. En 2015, Michel révélera même ce que tout le monde pressentait. Oui ! Ces deux-là se sont aimés d'une grande passion. « Elle et moi avons eu la faiblesse de nous laisser aller à des gestes pas toujours très honnêtes », écrira dans ses mémoires l'acteur avec beaucoup de pudeur.

Qui a oublié le début des Choses de la vie ? Ces tonneaux de la voiture de l'accidenté le plus célèbre du cinéma, qui repasseront cinq fois, dix fois, au cours du film au ralenti, à mesure que cet architecte se remémore son existence, écartelé entre Romy Schneider, sa maîtresse, et sa femme Lea Massari. Dans la vraie vie, Michel n'aura pas pu résister à Romy… « Je l'appelais la schleu en raison de ses origines allemandes… Je la “désolennelisais”, parce que ce n'était pas seulement une star. […] Je lui disais : “Tu es moche aujourd'hui, mal maquillée”. Ça la rassurait que je lui parle ainsi », se remémorait-il. Il l'amusait, lui donnait confiance en elle.

Homme mûr et rassurant face à la caméra de Claude Sautet, le magnétique Michel Piccoli avait mis de côté ces personnages troubles qu'il incarnait avec délectation chez Luis Bunuel avec Le Journal d'une femme de chambre, Belle de jour, ou encore Le Charme discret de la bourgeoisie.

Dans les huit chefs-d'œuvre tournés sous la direction du cinéaste italien, l'acteur se régale « à jouer l'extravagance ou les délires les plus troubles », comme il le fera plus tard sous la direction de Marco Ferreri dans La Grande Bouffe. Qu'il serre contre lui Jeanne Moreau ou Catherine Deneuve au cours de scènes au charme vénéneux, il joue sans complexe les mâles aux instincts presque primaires, donnant à ces dames le beau rôle en victime consentante.

Changement d'ambiance. En 1975, dans Sept Morts sur ordonnance de Jacques Rouffio, c'est à Marina Vlady que le docteur Pierre Losseray dispense avec ses airs de ne pas y toucher ses conseils avisés. Et ça marche ! La douce Marina, dans le rôle ingrat de l'épouse de ce notable de province n'a jamais été aussi sexy.

Car Michel avait ce don : il savait rendre les actrices immensément belles et désirables !

Valérie EDMOND

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