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Michel Sardou : “Débranchez-moi !”

Publié le 14 décembre 2019

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© BESTIMAGE Michel Sardou

A 72 ans, Michel Sardou, qui accumule les problèmes de santé, délivre un message bien inquiétant…

Depuis son annonce, le 8 décembre 2016, au journal télévisé de TF1, de ses adieux à la chanson, Michel Sardou est loin d’avoir chômé…  Après La dernière danse, une tournée de remerciements au public qui lui était resté fidèle depuis cinquante ans, le chanteur a donc tiré sa révérence… mais seulement à la chanson ! La star n’a en effet pas quitté la scène pour autant, puisque, après avoir fait un carton en jouant dans Représailles, une pièce d’Éric Assous dont il partageait l’affiche avec Marie-Anne Chazel, il s’est jeté avec bonheur dans un texte de Sacha Guitry intitulé N’écoutez pas, Mesdames ! une comédie grinçante aux dialogues jubilatoires présentée depuis septembre dernier au théâtre de la Michodière, à Paris…

Lui qui, au moment de tourner le dos à sa carrière de chanteur, expliquait en 2016 au micro de RTL : « Je ne suis pas le genre de mec à tomber en sanglots quand je quitte quelque chose », a donc toutes les raisons de se réjouir de sa nouvelle carrière… Mais, comme à son habitude, ce bourru au cœur tendre, qui laisse plus souvent qu’à son tour parler son côté sombre, ne peut s’empêcher d’imaginer l’ultime moment où le rideau devra pour toujours tomber.


Victime de plusieurs soucis de santé ces dernières années, dont un grave problème de voix qui l’avait obligé à annuler certaines dates de concert, l’auteur de La maladie d’amour sent bien qu’à son âge, même si son esprit fonctionne parfaitement, le physique ne suit pas toujours : « J’ai mal aux jambes », expliquait-il d’ailleurs il y a peu dans la matinale de RTL. Et d’ajouter tristement face à l’évidence : « Je vois le temps passer à travers mes rôles. »

De là à songer à cette étape ultime de l’existence où il devra rendre son dernier souffle, il n’y a qu’un pas, que le comédien a franchi il y a quelque temps en évoquant, dans 19 h le dimanche, l’émission de Laurent Delahousse, sur France 2, le douloureux sujet de l’euthanasie… Un thème complexe, difficile et même tabou qu’il avait déjà traité avec brio dans l’un de ses titres, intitulé Qui m’aime me tue : « Il y a une chanson sur la fin de vie – je ne veux pas dire l’euthanasie, parce que ce n’est pas vraiment ça, a-t-il confié au journaliste de France Télévisions. C’est l’histoire d’un homme qui veut avoir le choix, qui sait qu’il est foutu, qu’il ne reviendra pas. » De fait, ce texte extrait de son album Le choix du fou, sorti en 2017, est poignant. Jugez plutôt : « Qui m’aime me tue/Qui m’aime me tue/Aimer est au-dessus des lois/Qui me tuera ?/Qui viendra m’offrir pour toujours/La plus belle histoire d’amour ?/Ce que j’étais, je ne le suis plus/Qui m’aime me tue. »

Une véritable supplique formulée par un être en pleine souffrance… Cette épreuve, Michel l’a lui-même vécue, comme il l’a aussi confié à notre confrère de France 2, en novembre 2017 : « J’ai connu ça, j’ai été proche de gens qui vivent ça, déclarait-il alors très ému. Il ne reviendra pas, on va le maintenir en vie, mais quoi ? On va le faire respirer avec des tubes partout ? Pourquoi ? » Une opinion sans doute renforcée par le fait que le chanteur a dû, à plusieurs reprises, accompagner une personne de son entourage vers la fin de son voyage. Peu après cet entretien, d’ailleurs, Johnny rendait les armes devant son cancer des poumons, et ce décès, après des mois de lutte âpre et douloureuse, avait beaucoup affecté Sardou.

Michel n’avait d’ailleurs pas manqué, également dans l’émission de Delahousse, de saluer l’immense courage du rockeur qui se battait bec et ongles face à l’infâme maladie. Plus récemment encore, en décembre 2018, à peine un an après le décès de la star du rock, c’était au tour de Bruno Schillaci, le chauffeur et garde du corps du Taulier, de capituler dans d’atroces souffrances, brutalement emporté par le même mal que son patron ! Cet homme de 50 ans, l’auteur des Ricains et des Bals populaires le connaissait bien et le considérait même comme son propre frère…

Confirmant ce qu’il chantait dans les bouleversantes paroles de Qui m’aime me tue, véritable plaidoyer pour l’euthanasie, Sardou a aussi affirmé dans 19 h le dimanche : « Il faut que l’homme choisisse, ce n’est pas aux médecins de le faire. Quand on entre à l’hôpital, on remplit un papier, ça m’est arrivé plusieurs fois, ce n’est pas grave, mais quand même, il peut se passer quelque chose. »

Ce « quelque chose », il faut bien avouer que nous le redoutons tous dès que nous passons la porte d’un établissement de santé, et laissons les femmes et les hommes en blanc prendre soin de nous guérir… ou pas ! Pour Michel Sardou, la décision à prendre lorsque viendra le moment de partir pour toujours est parfaitement claire. Et cela, le comédien au caractère bien trempé le signifie très précisément au personnel qui l’accueille chaque fois qu’il a le malheur de séjourner à l’hôpital : « Je remplis un papier où je marque : “Débranchez-moi” », a-t-il en effet encore confié.

Mais pour l’heure, rassurez-vous, sur les planches du théâtre de la Michodière, aux côtés de Nicole Croisille, il n’est certainement pas question de « débrancher » celui qui semble se régaler de son nouveau métier devant un public ravi qui ne cesse d’en redemander !

Clara MARGAUX

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