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Michel Voletti : “à Hollywood, j’étais le Français de service !”

Publié le 16 octobre 2015

D’“Arabesque” à “Dallas”, souvenirs d’un comédien Michel Voletti qui a donné la réplique aux plus � grands acteurs�.

Il joue avec Delphine Depardieu, Marie Tirmont et Jérémie Duvall dans Un deux trois… soleil au théâtre Le Ranelagh, jusqu’au 28 novembre. Une pièce qu’il a aussi mise en scène. à cette occasion, Michel Voletti revient sur les quarante ans d’une carrière atypique qui l’a conduit outre-Atlantique.

Il a joué dans les séries cultes comme Dallas, Magnum, Arabesque, Clair de Lune ou encore MacGyver. Mais ce passionné de théâtre est aussi monté sur scène avec les pensionnaires de l’Actors Studio et de l’Independent Shakespeare Company.

Rencontre avec un comédien épris de liberté.

France Dimanche (F.D.) : Vous mettez en scène le texte d’une jeune auteure ?

Michel Voletti (M.V.) : Il y a sept ans, Christelle George m’a laissé son manuscrit. Il traite de la culpabilité d’une femme, fâchée avec sa famille, qui fait le choix d’abréger les souffrances de sa mère. Le ton n’est pas lourd, mais positif. Il ne s’agit pas de prendre partie pour ou contre l’euthanasie.

F.D. : Avez-vous eu à prendre ce type de décision ?

M.V. : Non. Ma mère vivait dans son monde. Quand je venais la voir, elle me demandait : « Pourquoi tu me hantes ? Tu es mort. » Elle a retrouvé ses esprits en maison de retraite où elle a refusé de manger. Le médecin m’a alors convoqué pour m’annoncer qu’elle n’en avait plus que pour un mois. Le lendemain, elle était décédée.

F.D. : Vous avez longtemps travaillé aux États-Unis…

M.V. : J’y ai en effet travaillé douze ans, puis je suis revenu au pays parce que les Américains se gardent les beaux rôles. Ils voulaient que je joue le Français de service.

F.D. : Vous avez refusé ce rôle ?

M.V. : Non, j’ai adoré jouer le commissaire de police français dans Arabesque et donner la réplique à Angela Lansbury. Comme je m’exprime en anglais sans accent, la production m’a donné des cours pour que je parle à la manière de Maurice Chevalier !

F.D. : Qu’est-ce qui vous a décidé à vous expatrier ?

M.V. : À 17 ans, je suis tombé amoureux d’une danseuse américaine. Je l’ai rencontrée sur la plage de Nice. Quand elle est rentrée à Washington, je l’ai suivie.

Voletti afficheF.D. : Vous êtes d’une famille de comédiens ?

M.V. : Pas du tout. Mon père, ingénieur des travaux publics, venait d’une famille aisée qui possédait une rue entière à Cannes. Comme mes parents ont divorcé, j’ai été élevé par ma mère, vendeuse, qui ne voulait pas que je devienne chanteur (c’était mon rêve) et encore moins comédien. Je jouais la comédie à la maison de la culture de Nice et faisais partie de la chorale de l’église. J’avais une belle voix, le curé m’avait proposé de concourir pour intégrer le groupe des Petits chanteurs à la croix de bois. Un jour, mon parrain a eu l’opportunité de me faire passer une audition pour le rôle principal dans Les quatre cents coups de François Truffaut. Ma mère le lui a fermement interdit en déclarant : « Mon fils ne fera pas de cinéma ! » Cela m’a encouragé !

F.D. : Aux États-Unis, vous avez joué avec les plus grands acteurs !

M.V. : Je voulais absolument travailler sous la direction de Paul Mazursky qui cherchait un coiffeur gay pour Le clochard de Beverly Hills. C’était en 1986. Mon agent américain refusait de me présenter pour ce rôle. Alors j’y suis allé à sa place, me faisant passer pour lui, et j’ai décroché une audition. J’avais tellement envie de tourner avec Richard Dreyfuss et Nick Nolte que je me suis mis à fond dans la peau du personnage. Cheveux blonds décolorés, j’avais l’air d’une vraie « folle ». Mazursky m’a donné la réplique et a décidé que j’aurais le rôle.

F.D. : Vous figuriez au générique de Dallas

M.V. : J’ai tourné trois épisodes. À mon arrivée aux États-Unis, j’ai joué le rôle d’un serveur français dans une scène avec JR. Par la suite, j’ai incarné un journaliste d’investigation, face à Barbara Carrera.

F.D. : On vous a vu dans Clair de Lune

M.V. : Je tournais jour et nuit sur Dallas et Clair de Lune, simultanément. Bruce Willis était comédien débutant, il continuait à travailler dans des bars en même temps. Il était aussi sympathique dans la vie que son personnage dans la série. Il racontait des blagues tout le temps. C’était déjà un vrai grand !

F.D. : Vous avez vite gagné votre vie ?

M.V. : Après mon service militaire, j’ai suivi François Florent [fondateur du cours Florent, ndlr] à Paris. Les trois premières semaines, j’ai dormi dans ma 4L. Puis j’y suis revenu en 1989, après mon séjour aux états-Unis. J’ai joué au théâtre, j’ai fait du cinéma et de la télévision. Et j’ai détenu 50 % des parts de l’Akthéon Théâtre pendant dix ans.

F.D. : Vous êtes un homme heureux ?

M.V. : Surtout un homme libre !

Dominique Préhu

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