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Michèle Morgan : Elle aurait eu 100 ans cette année

Publié le 21 mars 2020

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Michèle Morgan, qui avait "les plus beaux yeux du cinéma", dixit Jean Gabin, a marqué le siècle dernier par sa prestance et ses rôles inoubliables.

« S'intéresser à beaucoup de choses, être entourée de gens que l'on aime est le secret de ma longévité », avait avoué la dame au regard myosotis au Journal du dimanche en 2010. Une phrase qui en dit long sur la manière dont elle avait mené sa vie.

Née à Neuilly-sur-Seine le 29 février 1920, elle est alors Simone-Renée Roussel, l'aînée d'une fratrie de quatre. Elle a 9 ans, lorsque son père se retrouve au chômage et que la famille s'installe à Dieppe. Elle y découvre le cinéma, rêve face à Jean Harlow, Marlène Dietrich et Greta Garbo dont elle admire les belles tenues au point de demander à sa mère de lui en confectionner des semblables. Elle saisit sa chance un été sur la plage et obtient le deuxième prix d'un concours de photogénie. Quelque temps plus tard, elle « monte à Paris » et s'installe chez sa grand-mère à Neuilly-sur-Seine afin de concrétiser son projet.

Très vite, elle se retrouve aux côtés de Danielle Darrieux dans Mam'zelle Mozart. « Avec votre physique et vos quinze ans, il est impossible de ne pas réussir », lui aurait dit le réalisateur Yvan Noé. Elle se perfectionne alors au cours de René Simon et se choisit un nom qui fait chic : Michèle Morgan.

DES DÉBUTS PROMETTEURS

La jeune femme est vite remarquée. C'est ainsi que Marc Allégret lui offre son premier grand rôle dans Gribouille (1937). Jean Gabin incite Marcel Carné à lui faire passer un essai à la fin duquel l'acteur lui dit : « Avec ces yeux-là, vous devez voyager beaucoup et en embarquer pas mal. » Elle qui l'admirait, comme toutes les jeunes filles de sa génération, se retrouve à ses côtés et doit même l'embrasser dans Quais des brumes (1938) après la célèbre réplique : « T'as de beaux yeux tu sais ! » Le début d'une belle histoire d'amour.

Le couple iconique tournera ensemble Le Récif de corail (1939), puis Remorques de Jean Grémillon en 1941, avant de fuir, cette même année, la Seconde Guerre mondiale pour les États-Unis. Leur relation n'y survivra pas…

L'ÉCHEC AMÉRICAIN

Les paillettes d'Hollywood déçoivent l'actrice française qui n'y obtient que des rôles relativement médiocres. Un producteur lui demande même un jour de rembourrer son soutien-gorge !

Le 15 septembre 1942, elle rencontre le beau Bill Marshall qui l'épouse et donne naissance à son unique enfant, Mike, né le 13 décembre 1944. Mais elle ne se retrouve pas dans cette vie aux côtés d'un mari trop jaloux et d'une belle-famille étouffante. Elle reprend sa liberté et rentre en France même si Bill retient son petit garçon.

LE SOMMET DE LA GLOIRE

La roue de la fortune tourne à nouveau. Elle obtient le rôle principal dans La Symphonie pastorale de Jean Delannoy (1946), d'après le roman d'André Gide et obtient le prix d'interprétation féminine du premier Festival de Cannes.

Elle est de retour au sommet du box-office ! Michèle refait la une des magazines et enchaîne les rôles. À Rome en 1949, sur le tournage de Fabiola d'Alessandro Blasetti, elle rencontre Henri Vidal qu'elle épouse en 1950. Mais l'acteur est prisonnier de la drogue et malgré les cures de désintoxication, les substances vont l'emporter le 10 décembre 1959, quelques jours après le décès de Gérard Philippe – qui avait aussi été le partenaire de Michèle Morgan dans Les Grandes Manœuvres (1955) de René Clair.

UN COMPAGNON POUR LA VIE

Sur le tournage du Miroir à deux faces d'André Cayatte en 1958, elle sympathise avec Gérard Oury qui joue un second rôle. Ils s'étaient déjà croisés dans La Belle que voilà (1949) de Jean-Paul Le Chanois (scénario de Françoise Giroud) où il lui donnait un premier baiser – sans imaginer alors qu'il allait devenir son compagnon pour les cinquante années à venir.

Michèle aime son humour, sa manière de travailler et de voir la vie. Cette fois, ni mariage ni foyer commun : « Nous n'aimons pas la cohabitation. Nous pensons qu'elle n'est pas favorable à la compréhension, à l'amour », explique-t-elle dans l'émission Tête d'affiche. Une vision moderne qui fit leur bonheur.

CLAP DE FIN

À la fin des années 50, sa carrière est freinée par la naissance de la Nouvelle Vague qui renouvelle les castings et ne fait pas appel à elle. Elle ne tournera alors qu'une poignée de films dont le Landru de Claude Chabrol (1963) et Le Chat et la Souris de Claude Lelouch (1975). Plus quelques téléfilms, tel Des gens si bien élevés (1997), dont le scénario est écrit par Danièle Thompson, la fille de Gérard Oury.

En 1996, elle est la marraine du Festival de Cannes et reçoit un Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière. Élue dix fois par le public « actrice française la plus populaire », elle se retire officiellement en janvier 2001.

C'est l'époque où sa petite-fille Sarah Marshall, actrice et mannequin qui a hérité de ses yeux étonnants, fait la une des magazines à cause de son histoire d'amour destructrice. Après deux ans de contact rompu, les deux femmes se retrouvent et la plus jeune réussit à sortir de l'enfer de la drogue. De celle qu'elle appelait sa « Mimi », elle garde « la rigueur, la patience, le goût pour le travail et la force du pardon », confie-t-elle à Madame Figaro en 2010.

Après avoir enterré Gérard Oury en 2006, elle passe ses dernières années entourées des siens. Puis « dans sa 97e  année, les plus beaux yeux du cinéma se sont fermés définitivement ce matin, mardi 20 décembre », annonce sa famille. Grâce à une dérogation du grand rabbin, elle a pu rejoindre son amour dans le caveau familial du carré juif du cimetière du Montparnasse.

Celle qui espérait vivre jusqu'à 120 ans n'aura finalement pas atteint les 100 ans, mais elle aura marqué le siècle de façon certaine.

Pierre-Antoine BRIONNE

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